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VOIX » REÇUES PAR TOUT LE CORPS

et c’est le même mot qui est prononcé par une voix du dehors, par le parasite abdominal, et par le sujet lui-même. Créateur de voix et de paroles auxquelles il n’impose qu’une règle : lui être étrangères, il ne s'arrête plus, et une fois posé le fait central : — l’appareil phonatoire du sujet émet les propos des voix —, celles-ci, intérieures ou extérieures, pourront être extrêmement variées, et intéresser de tout autres appareils que celui de la parole, l’abdomen ou le cerveau. Voici deux exemples de cette liberté.

M W.., quarante-huit ans, présente un délire hallucinatoire de persécution subaigu. Deux agents la tourmentent, l’un à l’oreille droite, l’autre à l’oreille gauche, pour la faire parler. Ils lui disent d’ailleurs tous les deux et ensemble, les mêmes choses : « Parle donc! » … « Y es-tu allée? » … « Au commissariat du 3 » … « On te fera chanter » … « Tu la chanteras.. La Sarapa ». — Ces paroles d'agents ne sont pas seulement dans ses oreilles. Elles sont dans sa bouche. « Ils me ramènent les paroles dans la bouche »... Deux parlent, à droite et à gauche, et le troisième me ramène les paroles dans la bouche... Les deux téléphonent et je suis obligée de serrer les dents pour ne pas parler... Je crache de pleins mouchoirs de salive. — Ce qui lui parvient par l’oreille est très laconique. « Ils disent : parle donc; jamais plus long que ça. Des réponses incitent même à réduire l’élément auditif à quelques acou-

phènes élémentaires : « Les oreilles me sifflent; alors je comprends qu’ils cherchent ma parole »; « ça moussonne; alors ça donne à comprendre : parle donc, ou, tu as de l’argent » ..… «de

n’entends pas comme quand vous parlez... Je sens un bruit et je comprends ».

Mais l'oreille de M W.. est loin d’être le seul terrain d'attaque des voix. On lui lance des paroles « par en bas ». Elle ressent une douleur, et, aussitôt, un mot surgit dans sa bouche, qu’elle doit vite fermer pour ne pas dire ce qu’ils veulent lui faire dire.

Sa bouche n’est pas seulement émettrice, elle est réceptrice, et les paroles y pénètrent, sous forme de poudre, ou de poison, que les agents lui lancent dès qu’elle commet l’imprudence d’entr'ouvrir les lèvres et de desserrer les dents. Questionnée sur cette étrangeté : un poison parlant, elle précise qu’elle n'entend pas et ne prononce pas les paroles ainsi introduites en elle ; elle les sent dans sa bouche, et on arrive assez aisément à lui faire dire qu’elles rappellent les lettres figurées par... certaines pâtes alimentaires. Mais ce n’est là qu’une explication très secondaire, et une façon de parler.

Elle reçoit enfin des paroles par toute sa surface cutanée, grâce à l'électricité. Les courants, lui fait-on dire, dessinent

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