NÉGATION DE LA € VOIX
auditive est très nette, et qui s’empressent pourtant d’opposer leur comportement verbal à leur mimique hallucinatoire ; ils la méprisent, elle ne signifie rien, ils savent qu'ils parlent; et les paroles étrangères, émises ou transmises par eux, leur parviennent ils ne savent comment.
Me V..%, femme de quarante ans, vit, depuis des années, dans un énorme délire de persécution et de grandeur. Elle est poursuivie par un certain nombre de personnes, qu’elle nomme, et défendue par la police (!). Toutes les nuits, on la torture, on la viole, on la guillotine et on lui remet n’importe quelle tête. Sa mère n’est pas sa mère, elle est sa propre fille, elle est Eve, mère de Dieu, et elle s’est incarnée en une foule de grands personnages féminins. Ses explications sont péremptoires et bourrées de néologismes.
Elle raconte les plus belles hallucinations auditives nocturnes, mais que se passe-t-il le jour, et devant l’observateur ? A chaque instant, la conversation est interrompue; la malade tourne la tête, elle écoute, sa voix change, elle prononce quelques paroles, le plus souvent inintelligibles, et revient à la question. Vientelle d’avoir une hallucination auditive ? On serait d'autant plus disposé à le croire, qu'aux premiers mots sur ce qui vient de se passer, elle ne manque guère de répondre : « C’est Me M... qui parle}. Ce n’est pas moi qui ait dit ça, c’est l’abbé G... », etc.
Mais si j'essaie de lui faire dire expressément qu’elle a entendu une voix étrangère lui parler, elle proteste, et m’apprend, et me répète, que ses persécuteurs agglutinent leurs cervelles à la sienne et parlent par sa bouche. « Quand je leur pose une question, je n’ai qu'à écouter, et ils répondent par ma voix... Je reconnais leur voix dans ma bouche » . « Certes non, je ne sens rien, ils sont trop malins, mais je m’en aperçois bien » . Mais pourquoi vous tournez-vous vers le mur et écoutez-vous comme s'ils étaient dans la cour ? « Ah! je ne sais pas, c’est machinal » ..… « Hier, j'ai battu Madame... (une autre malade) et on m'a camisolée; c'était l’abbé.… qui m'avait agglutiné sa cervelle, et jai cru que c'était moi qui étais en colère tant sa cervelle était agglutinée.. Et il parlait, 1l parlait; par ma bouche, pour faire croire que c’était moi ».
Le système délirant a pris iei une forme originale, On n’y trouve plus trace d'éléments hallucinatoires sensoriels ; l’objet est toujours une parole réellement prononcée, un acte réellement accompli; l’agent matériel, la bouche qui prononce, le bras qui agit est bien son bras, sa bouche; mais le cerveau actif n’est pas son cerveau, c’est celui d’un
JACE D 223.