NÉGATION DU MONOLOGUE
Le refus de la paternité des impulsions verbales conduit alors l’halluciné bien au delà de tous les buts déjà atteints, telle l'attribution à quelque étranger installé en lui des mots qui sortent de son larynx. Il va nier ses mouvements, et faire de ses propres paroles la réception même de voix extérieures, des hallucinations auditives. Il écoute, il nous transmet délibérément les mots des « voix », il leur répond, et nous découvrons que les questions, menaces, insultes, compliments, ordres des voix, c’est le malade qui les a dits.
Il n’en convient pas. Il ne parle pas. On ne parle pas en lui. Il écoute, entend, reçoit des paroles, et c’est tout. Au moment même où nous le voyons proférer menaces, insultes, questions et ordres, il nie être émetteur, même passif ; il reçoit. Nous prétendons qu’il parle; il écoute.
Ces malades, hallucinés de l’ouïe lorsqu'ils nous racontent leurs « voix », et monologueurs lorsque nous les observons dans l’exercice de leur maladie, ces acouphones sont très nombreux, et tous Les infirmiers savent que maint halluciné de l’ouïe, quand il écoute ses « voix » avec la plus vive attention, dit parfois tout haut, et sans avoir l’air de s’en douter, ce qu’il prétend entendre.
Ces malades vont plus ou moins loin dans la voie des aveux, généralement très loin; et ceux qui nient irréductiblement leur activité phonatoire au profit de leurs hallucinations auditives sont exceptionnels.
Au début, tous, pendant qu’ils émettent visiblement les propos de la voix étrangère, externe ou interne, ont en commun une forme de négation de leur activité motrice : ils ont l'attitude d’hallucinés de l’ouïe, ils écoutent. Les Monologueurs ont le comportement mimique d’'hallucinés de l’ouïe; maïs, en écoutant, ils parlent, et leurs propos sont précisément ceux des voix, non les réponses de l’apparent halluciné. Or celui-ci, très souvent, avec une déconcertante facilité, va abandonner la thèse de la perception auditive, renoncer à ses voir, les nier même, pour reconnaître que sa voix, possédée, contrainte ou libre, est bien l’être physique de la voix étrangère.
M°° Q... recevait ses impulsions verbales par les mains et les pieds. Voici maintenant des malades dont l'attitude