NÉGATION INCERTAINE
nous affirme qu’Ils n’ont pas cessé de parler. Il y a là du délire d’hallucinations, la prétention d’être constamment hallucinée.
Mais ce n’est pas tout; M'® Y.. n’a pas besoin d’un élément sensoriel effectif pour édifier une idée délirante à contenu sensoriel. Exemple : les gendarmes lui ont mis un « bracelet » qui leur permet de savoir tout ce qu’elle pense, un bracelet tout à fait banal. Mais elle ne l’a jamais vu, elle ignore en quel point de son corps il est placé, elle n’a jamais rien senti de particulier, et tout cela lui paraît fort simple ; au moment où on l’a prise pour la conduire ici, sa sœur a parlé de bracelet, Voilà une idée délirante à contenu sensoriel et à la formation de laquelle l’élément sensoriel n'a pris qu'une part insaisissable.
L'élément moteur joue un grand rôle chez M1e Y.…..
« On me coupe la parole » .… « On me fait rire malgré moi ». Il lui arrive en effet d’éclater de rire sans raison apparente. « C’est plus fort que moi... je ne suis pas gaie... on me force à rire... sans rien me dire... je vous demande pardon... ».
« Ils voudraient me faire chanter ; ils ne me préviennent pas, comme une machine ».
« Ils me font parler très souvent; ils me forcent la voix » « Les mots qu’ils disent, quelquefois ils me les font répéter... Quand je pense quelque chose, ils me le font répéter, quelquefois ».
« J'ai cru longtemps que c'était moi qui disais ce que je pensais ».
Après ces probabilités : prétention à être constamment hallucinée, pauvreté ou nullité de l’élément sensoriel nécessaire (le bracelet), importance de l’élément moteur, voici enfin des déclarations formelles, telles qu’elles sont venues nous surprendre, après un mois d'observation discrète. « Ce n'est pas une voix. Je ne saurais pas dire ce que c’est ». « C’est pourtant quelqu'un qui parle; je ne sais pas expliquer ». « On entend comme si on entendait ». — Mais ça fait du bruit ? « Non, aucun... c’est une voix qu’on entend ». — Un chuchotement, comme ça ? « Ce n’est que par la pensée ». — ? __ « Je ne peux pas reconnaître la voix, ce n’est que par la pensée ». — ? — « Je ne sais pas d’où ça vient, c’est dans la tête ». — ? — « Vous l’entendez comme moi ».