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LA PERCEPTION : ÉTAT FAIBLE

il n’y a là exactement rien de contraire à la nature sensorielle de l’hallucination. La post-image d’une fleur, bien éclairée, sur fond sombre, n’est souvent qu’une tache obscure, une silhouette grise et plate. Quand une image virtuelle s’efface derrière une glace ou une vitre, la couleur et le relief disparaissent avant le contour. Le brouillard noie les couleurs et le relief avant les formes. Il y a des états pathologiques de la perception, qui s'appellent l’astéréopsie, l’achromatopsie, où la couleur et le relief ne sont plus perçus, mais où résiste la perception de la forme, du contour rempli, de la distinction entre un objet et le reste du continu visuel. Que les dissociations permises à l’image virtuelle, à l’image consécutive et à la perception normale s’observent aussi dans l’hallucination, il y a peut-être là une surprise, mais c’est plutôt à l’halluciné qu’elle est agréable, en multipliant les sympathies, les liens et Les identités entre Les visions et les objets, en lui montrant que les lacunes, les insuffisances, les défaillances et les évanouissements de ses apparitions leur sont communs avec ses perceptions les plus lourdement véridiques.

Le conflit entre les critiques et la foi de l’halluciné se poursuit sur tous les terrains, Nous intéressant surtout à cette lutte nous étudierons successivement, de préférence avec des observations personnelles et des auto-observations : l'hallucination qui prétend parasiter la perception normale, dans la lecture par exemple et l'illusion du correcteur; l’hallucination liée à des excitations sensorielles actuelles, chez les amputés, dans l’audition colorée, dans les images consécutives; et l’hallucination aussi libérée que possible de perceptions « réelles » actuelles. Elle nous occupera chez le normal, dans les états toxi infectieux, dans les intoxications volontaires, chez les malades enfin qui tendent à monopoliser l’hallucination auditive verbale. C’est à leur propos que la lutte sera la plus vive,

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En faisant de l’hallucination une perception, on ne travaille pas toujours à accroître son étrangeté, ou à faire d’elle un mystère particulier. En disant : l’hallucination est une perception, certains pouvaient même croire qu’ils la ramenaient sur terre. Ils réduisaient au moins ses singularités à celles, plus familières, de la perception; et, surtout, ils nous invitaient à regarder ce que la perception a d'hallucinatoire,

Que l’hallucination soit ou non une perception, il ne peut pas être mauvais de la chercher d’abord dans la perception normale ; non pas, pas du tout, pour montrer dans celle-ci sa grosse part de mémoire, images, croyances, jugements, raisonnements, — programme considérable — mais, tout au contraire, pour trouver, dans certaines perceptions fausses d’objets présents, dans certaines illusions inséparables de la perception normale, illusions générales, accessibles à tous à l’état normal, des phénomènes sensoriels aussi dégagés que possible de mémoire, d'imagination et de jugements, des phénomènes grossièrement esthésiques, et pourtant sans leur objet. Ces esthésies sans objet nous montreront en elles une première forme de l’hallucination et nous paraîtront parentes de l’hallucination classique.

Ces faits sont à l’étude depuis qu’un homme ou un animal a vu son image dans l’eau et a cherché à la saisir, depuis qu’on connaît ces perceptions, magiquement réelles, si mal nommées images virtuelles.

Avec la théorie de l’énergie spécifique des nerfs, le domaine commun à l’hallucination et à la perception est

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