MONOLOGUE AVOUÉ MAIS REFUSÉ
Invité à écouter sans remuer les lèvres, il se prête à lexpérience, maintient ses lèvres du doigt et, dans ces conditions, n’a jamais d’hallucinations; l’immobilisation volontaire de l’appareil phonatoire a toujours coïncidé avec le silence des Voix. On ne peut aller plus loin et conclure imprudemment que la mise en jeu de l'appareil phonatoire est un concomitant nécessaire de l’hallucination.
HALLUCINATIONS PSYCHO-MOTRICES, — On lui a supprimé la parole, il est muet, on parle dans sa gorge.
« C’est eux qui me parlent dans la gorge : ils sont quatre; c’est le préfet qui m’a coupé la parole ».
« Oh! il y en a beaucoup qui croient que je parle; mais je sais bien que je suis muet comme un mur ».
« Qui est-ce qui parle dans ma gorge ? » Le malade écoute en remuant les lèvres. « C’est Raveneau ». — Mais non! c’est vous. « Non, non, non. Il répond à la question que vous dites ». — Et quand vous toussez ? « Ça c’est différent; c’est bien moi qui tousse ». .… « Je veux avoir la parole; il y à onze paroles à couper ; elles sont pointées ». -— Attitude auditive... mouvements des lèvres... « Je te dis que je te rembourserai les 56,50... Vous entendez, c’est dans ma gorge qu’il vient de parler ». — Ces derniers mots, c’est bien vous qui venez de les dire? « Non, non, c’est eux qui disent tout ». — Comment vous appelez-vous ? « B... Joseph ». — Eh bien, qui a dit ça? « C’est moi, par la pensée ». — Par la parole? « Oh! non! » et le malade sourit de mon entêtement. — C’est bien vous pourtant qui m’expliquez ça? « Oui ». -— C’est bien vous? « Oui, c’est eux... C’est eux qui parlent et c’est moi qui le dis... Ils disent ce que je veux comme si je parlais... Ça me sort de la gorge. C’est bien moi, c’est eux qui parlent dans ma bouche; c’est comme quand je vous ai dit les vingt noms d’arbres, ils me les disent et moi je les connais, alors ça va tout seul ».
A. f... a donc pleinement conscience des mouvements de son appareil phonatoire ; il sait que ce sont ses organes qui articulent les mots, mais il attribue leur fonctionnement à la présence et à l’action de certains individus dans sa gorge; il y a là une idée délirante, une interprétation et non une hallucination : l’objet dont l’absence fait l’hallucination, cet objet, la parole, est ici présent et correctement perçu; il n’est que mal interprété; et il ne serait encore que mal interprété si le malade s’avisait de nier que « la voix » cachée dans sa gorge se servit de son larynx à lui.