LE BESOIN D'HALLUCINATIONS
AcoUPHRÉNIE. — Cette conviction qu'il entend des voix et que tels individus parlent dans sa gorge, cette idée délirante a une vigoureuse tendance à l’extension. A. 7... ne se borne pas à attribuer aux voix extérieures ou intérieures les seules paroles contradictoires à l’ordinaire de sa pensée, impulsives, automatiques; il en viendra à ne plus distinguer entre lui-même, avec ses pensées et ses paroles, et les étrangers qui parlent à ses oreilles ou en lui ; il ne présente bientôt plus de « dualité intellectuelle », de « dédoublement de la personnalité » ; il attribue alors à ses voix ses réponses les plus sensées, ses propos les plus cohérents à son moi, toutes ses paroles, toutes ses images verbales, la totalité de son langage. Cet aliéné bavard est « muet comme un mur » (idée de négation), tout ce qu’il dit ou pense est dit par « Raveneau », « Hermeneau », « Hennequin », etc., 1l prétend à une hallucination constante et totale, il fait un délire d’hallucinations. Il n’éprouve d’ailleurs pas le moindre sentiment d'influence, de possession, d’automatisme ; tout son délire est verbal.
I] pourrait, sans cesser d’appartenir à la même famille de malades, aller plus ou moins loin qu’il n’est allé dans ce délire. Allant plus loin, il pourrait ne pas se borner à soutenir qu'on parle avec sa bouche, mais nier que cette voix étrangère se réalise avec ses organes à lui, nier les mouvements de ses lèvres que constate l’observateur. Quand on soutient que la réponse « je m'appelle Joseph » est le fait d’un nommé Hermeneau qu’on héberge dans la bouche, pourquoi ne soutiendrait-on pas qu’on n’a ébauché aucun mouvement de la langue ou des lèvres ? Il pourrait aller moins loin, et dire, comme tant d’autres, qu’il parle sous la dictée de ses voix, tout extérieures. — D'où trois degrés de faits : 1° le malade répond lui-même, sous la dictée des voix; 2° la voix répond elle-même, mais avec l'appareil phonatoire du malade; 3° la voix parle seule et le malade est le témoin, l’auditeur impuissant et, prétend-il, immobile et muet, de ses propos. On voit tel chronique soutenir tour à tour l’une quelconque de ces thèses; l’essentiel, ce qu’il y a de constant, paraît être alors, pour lui, de trouver l'explication de ses impulsions verbales ; il s’ensuit une idée délirante qui est la prétention d’être l’objet de communica-