UBIQUITÉ DE LA VOIX
tions verbales ; quant à l’élément hallucinatoire, il est épisodique et petit.
Et quelle idée se faire de ces prétendus hallucinés quand les propos des voix, loin d’être seulement ceux qui surprennent le malade, ceux que l’aliéniste qualifiera d’automatiques, sont aussi les plus normaux, les plus attendus, les plus adéquats aux questions posées, les plus personnels, les mieux immergés dans le courant des pensées du sujet ? Si l’on ne veut pas aller jusqu’au bout et nier ici un élément hallucinatoire présent ou passé, au moins me semble-t-il impossible de ne pas conclure que l’hallucination alléguée, le délire d’hallucinations, l’acouphrénie, déborde infiniment l’hallucination réellement perçue.
Pendant qu’il écoute, A. Z... remue les lèvres; 1l émet les paroles qui constituent son hallucination auditive. Une dernière fois, ses paroles sont celle de la voix extérieure, elles n’en représentent pas la répétition.
La même scène hallucinatoire est une combinaison d’hallucinations auditives et d’ « hallucinations » psychomotrices ; les deux espèces, ici, ne font qu’une.
Enfin, la « voix » est en même temps hors du corps et dans la gorge de l’intéressé. La voix qu’il écoute, si attentif, la tête à gauche, et dont il montre le point de départ (« le porte-voix »), cette voix est en même temps dans sa gorge : « Le soir, quand je rentrais de la fête, je l’entendais comme s’il avait été là, à côté, comme ça » ; et le malade se lève, fait quelques pas et désigne sur le sol à sa droite, un point qui le suivrait ; « il me disait toutes sortes de choses, c'était dans ma gorge, comme maintenant »; « oui, c'était bien là » (à droite et à terre).
Chaque fois que j'ai voulu distinguer les hallucinations auditives des « hallucinations » psycho-motrices, je me suis heurté à la même confusion; et cette confusion paraît exister dans la pensée comme dans les expressions du malade; nous ne sommes pas en face d’un texte mutilé ou d’une explication elliptique, mais de jugements confus et peut-être contradictoires.
Ce malade est d’ailleurs coutumier (fait banal) d’idées délirantes très précises et très obscures.