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LA & VOIX » NEUTRALISE LE MONOLOGUE

perception si claire, ce souvenir si vif. C’est ainsi que beaucoup de délirants aigus auront pu avoir des monologues et non des hallucinations, sans pouvoir jamais découvrir qu'ils n’ont pas entendu de voix.

D. V.., un de ces délirants aigus, a eu la chance de découvrir son monologue avant sa disparition. Aussi apporte-t-1l au commentateur un récit plus complet de son aventure. Mais combien de guéris seront incapables de comprendre le clinicien : il s’entête à leur imputer des impulsions verbales dont ils n’ont jamais eu conscience, et il doute d’hallucinations auditives dont ils gardent le souvenir impérieux ?

D. V.., enfin, ayant été guéri de tous ses troubles psychiques le jour où 1l a découvert son monologue, nous ne savons pas si celui-ci, non perçu pour lui-même, entraînait l'illusion d’une voix extérieure, ou s’1l était —- neutralisé par elle — le compagnon d’une hallucination auditive verbale, de même contenu que lui et pourtant spécifiquement différente.

M W.. qui a d'emblée raconté qu’elle éprouvait à la fois des « voix » et des impulsions verbales, à vu aussi disparaître les premières au profit des secondes; et maintenant, grâce aux mots qu’elle a peine à ne pas proférer, elle fait un langage avec ses sensations génitales, cutanées, buccales, ou ses bourdonnements d’oreille; mais nous ne savons pas si au début, les hallucinations auditives verbales n'étaient pas aussi inexistantes qu'à la fin, les « voix » n'étant déjà que le résultat d’un jugement sur la combinaison bourdonnement d’oreilles — monologue.

Ainsi, beaucoup de monologueurs ont l’air d’avoir des hallucinations auditives, au point, à la limite, de s'affirmer muets et de soutenir qu’ils entendent perpétuellement des voix, Beaucoup pourtant veulent bien reconnaître que leurs impulsions motrices verbales débordent largement leur passivité auditive, quelques-uns même renoncent tout à fait à l’hallucination auditive, aux voix, et —- mieux encore — les nient.

Ces derniers, comme les autres, disent recevoir du dehors les paroles qu’ils se sentent contraints d'émettre. Il arrive qu’ils les reçoivent directement dans l’appareil phonatoire, et la réception se confond alors avec l’émission, Ils les reçoivent aussi bien dans l’épigastre, et on s’est peut-être trop hâté de voir dans « une voix », ou « une pensée » abdominale ou épigastrique, simplement et toujours une manière spéciale de parler, un acte phonatoire du sujet, une forme d’impulsion verbale motrice. D’autres enfin de ces bavards sans hallucinations auditives reçoivent les voix par des organes inattendus ici : par la peau, les membres, le vagin, sous forme de poisons qu’on leur lance dans la bouche, etc, Ces sensations cutanées, muqueuses, viscérales, sont pour eux des mots, aussi bien que, pour le normal, les formes visuelles ou auditives qu’on appelle mots; ou, moins mystérieusement, ces malades sentent, entre les mots qu’ils imaginent ou prononcent, et telles sensations cutanées ou autres, une association étroite, aussi étroite que celle qu’a obtenue le normal quand il ne discerne plus un mot de son sens.

Quand ils ont des monologues, quand, inconscients de l’autonomie de leur automatisme, ils se font instruments d'autrui, veulent être des automates agis, et sentent que leurs impulsions verbales viennent du dehors, ces malades sont donc très capables de ne pas alléguer d’hallucinations auditives. Et ils ont d'autant plus de mérite à user d’une réception verbale parotique qu'ils ont tous, au moins tous les miens, le comportement de l’hallucination auditive.

Mais, dans ce domaine, la variété est infinie, et on, peut se demander s’il ne faut pas descendre à l’individu pour trouver l’espèce.

Voici en effet un dernier psycho-moteur; un persécuté chronique. Comme les précédents, il a les attitudes, la mimique et le « vous les entendez ? » d’un halluciné de Vouïe, il subit et sent des impulsions motrices verbales, et il les attribue à une parole étrangère extérieure. Mais, cette voix extérieure, qu’il perçoit et dont il est l’écho, il ne l'entend pas. Et cependant, nous allons le voir, son

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