Qui n’a pu préciser
484 SPÉCIFICITÉ DES PSEUDESTHÉSIES
retrouve plus les propos divins qu’en état de rêverie, passivement et par fragments. Différence qualitative entre la voix intérieure et les inspirations divines à forme verbale.
« Admettre des hallucinations sans apparence objective », disait Michéa, dès 1849, dans son Délire des Sens « des paroles sans bruit... c’est vouloir tout embrouiller ». Les descriptions des mystiques, des malades et de leurs observateurs sont pourtant décisives : il existe des visions et des voix étrangères, extérieures, objectives, propices aux délires les plus projectifs, rebelles à tous les efforts de critique et de réduction ; et ces choses, inévitablement nommées voix et visions, ne sont pourtant ni vues ni entendues. Voix et visions, objets, perceptions comme les hallucinations sensorielles, elles en sont absolument différentes puisqu’elles ne sont pas entendues, pas vues. Identifiées par cette dernière qualité, plutôt positive que négative, aux intuitions, inspirations et images plus ou moins vives, elles en restent pourtant infiniment distantes puisqu'elles sont des apparitions et des voix. Voix, ce sont des perceptions; étrangères à l’ouïe, ce sont des images; ce sont des images perçues ou des perceptions eidétiques, et tous ceux qui les ont éprouvées, dans leurs fièvres, rêves et rêveries, défendront leur spécificité contre qui voudrait en faire des interprétations, des images noétiques, ou, au contraire, des perceptions, esthésiques mais « faibles ».
Au cours des chapitres précédents, la bataille pour ou contre l’hallucination auditive verbale a subi des fluctuations compliquées. Avant de les résumer, il faut assister à une dernière épreuve des « Voix ».
Nous nous sommes parfois demandé si l’halluciné, gratifié de spectacles sensoriels « idiotropiques », indicibles, ne leur donnait pas faute de mieux les noms des objets familiers ; et on se rappelle que les opsiphonies ont paru vouloir supporter qu’on les comprenne ainsi. Il s'agirait ici de quelque chose de tout différent : à l’origine du comportement hallucinatoire, il n’y aurait ni hallucination, n1 perception idiotropique, ni phosphène ou métesthésie, ni illusion ; il y aurait « des troubles de l’activité psychique supérieure » !, troubles inconnus de l’expérience psychique commune, rebelles à nos concepts et à la traduction verbale officielle, mais ne disposant pas de meilleurs symboles; troubles que le sujet s'efforce pourtant d'exprimer, et qu’il exprime enfin, tout à fait inexactement, mais tout naturellement, et par un mécanisme à décrire, en disant « J'entends ».
Le premier qui ait posé le problème sous cette forme originale, et qui ait subordonné le mystère de l’hallucination à un mystère plus général, a été, je crois, M. Blondel.
Il a présenté à la Société de Psychiatrie, le 21 avril 1910 ?, sous le titre « Paranoïa et Hallucinations », une persécutée