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PARANOÏA : PAS D'HALLUCINATIONS

chronique au délire très ample, très actif, assez pauvre pourtant. Elle n’était pas démente et avait pu, à soixante ans, apprendre un nouveau métier. « Ses troubles psycho-sensoriels offraient une apparence paradoxale, des contradictions internes, étaient irréductibles à nos modes normaux de sentir et de penser, trahissaient une remarquable indifférence pour les repères habituels de nos représentations objectives, montraient des associations étranges entre des unités sensorielles habituellement indépendantes ».

C’étaient de gros mots qui tombaïient tout petits, tout petits comme des grains de sable.

Le 26 janvier dernier, elle a vu N... couché très profondément sous son lit, et ce qu’elle avait à l’œil est tombé. Elle habite au quatrième. Nous lui demandons à quel étage était N.… « Ça m'est égal l’étage », répond-elle.

À... lui jette des choses dans les yeux, elle tire, ça éclate et c’est « putain, vache ».

N... vient aux oreilles, il parle, elle secoue la tête « par sa volonté », et il lui semble qu’il « tombe loin ». Elle croit voir alors un « derrière vide », « pas en chair et en os », une « culotte vide ».

« Si, continue M. Blondel, dans les états d’affaiblissement définitif ou momentané des facultés intellectuelles, on est en droit d'admettre que les hallucinations dépendent, comme le veulent les théories courantes, de l’entrée en activité automatique des centres psycho-sensoriels, ici, les données cliniques nous interdisent d’invoquer le même processus ; le trouble morbide est autre, le fond mental n’est pas le même. La conclusion est d'importance, La paranoïa, dont le caractère essentiel est de compromettre uniquement les facultés intellectuelles supérieures, semble incompatible avec les hallucinations, telles qu’on les conçoit ordinairement; mais elle pourrait ne plus l’être avec des hallucinations relevant d’un autre mécanisme. Or, puisque l'interprétation délirante est un des symptômes fondamentaux de la paranoïa, on peut se demander si certaines hallucinations ne sont pas une forme extrême de l’interprétation délirante ».

« Aux principes sur lesquels se fondent, pour une époque donnée, l’interprétation des représentations et leur objectivation même, le paranoïaque, de par sa constitution

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anatomo-physiologique anormale, est gradueilement amené à en opposer d’autres. Mais, contraint à traduire ses conceptions du monde et des choses en un langage qui n’a pas été taillé à leur mesure, moins son esprit aura d’ingéniosité et de culture, plus sa structure mentale sera différente du type normal, plus ses interprétations, en leur expression et en leur fond, se rapprocheront des hallucinations jusqu’à se fondre cliniquement avec elles ».

« Est-1l besoin de rappeler que, classiquement, les délires systématisés débutent par une période d’inquiétude, de rumination, antérieure à l’apparition de tout phénomène hallucinatoire, au cours de laquelle le malade sent ses rapports avec le monde extérieur se modifier, êtres et choses changer de dispositions à son égard ? Qu'est-ce à dire, sinon que l’hallucination résulte ici d’un trouble de l’activité psychique supérieure, n’est que ce trouble luimême porté à son paroxysme ? De même, il est entré dans la pratique courante des psychiatres d'analyser soigneusement les troubles psycho-sensoriels que paraissent présenter les paranoïaques, et de les ramener, le cas échéant, à de simples interprétations. Seuls sont tenus pour hallucinatoires les troubles psycho-sensoriels pour lesquels semblable réduction est impossible, Mais une telle irréductibilité ne tiendrait-elle pas plutôt à l'infirmité de nos moyens d'analyse psychologique qu'à une réelle différence de nature ? Il nous suffit, en tout cas, qu’il soit généralement admis que les interprétations, en certaines circonstances, peuvent simuler les hallucinations ».

« Sous le terme univoque d’hallucinations, nous groupons au moins deux ordres de symptômes en réalité fort différents au point de vue clinique et étiologique. Certaines hallucinations, qu’on rencontre associées à un état définitif ou momentané d’affaiblissement intellectuel, relèvent d’un processus tout automatique et tiennent à une excitation directe des centres psycho-sensoriels : elles mériteraient d’être dites hallucinations passives. D’autres hallucinations, compatibles avec l'intégrité des facultés supérieures, supposent, pour leur production, l'intervention de l’activité mentale tout entière : on serait en droit de les désigner sous le nom d’hallucinations actives ».

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