L'AUDITION COLORÉE
« naturel »; quand le son de la trompette est orange il convient qu'il en soit ainsi, et quand il est bleu, ce n’est ni moins surprenant ni moins convenable: les lois, disait Leibniz, les lois éthico-logiques de l'univers le veulent ainsi, et 1l est sage que le motif de Siegfried comporte une spirale jaune. Il n’y a là ni arbitraire ni caprice.
Douées toutes de ces qualités, les synesthésies se hiérarchisent, La toux du voisin nous fait voir un éclair, telle excitation du facial nous fait entendre un bruit de ferraille (p. 101), et le son de la flûte remplit la nuit de lueurs. Non moins esthésiques sont les synopsies complexes, et quand un sujet d'Anschütz dessine de fabuleux Noir et Blanc ou des féeries colorées, il ne nous fournit aucun prétexte pour dédoubler ses visions en sensations élémentaires et complications imaginatives. Il peut n’y avoir pas plus de mémoire dans ses fouillis hallucinatoires que dans la perception sensorielle inépuisable et instantanée d’un feuillage ou d’une chevelure. Ces synopsies complexes, faites avec les couleurs, lignes et modelés de notre seule expérience possible, mais génératrices d’objets inconnus, ne seraient pourtant pas les plus hautes synopsies ; et celles-ci pourraient figurer, nous l’avons vu avec Urbantschitch, des objets de l’expérience visuelle commune, dans toute leur naïve matérialité.
Dans cette hiérarchie des opsiphonies, « élémentaires », « figurées », « idiotropiques » et « mimétiques » on à voulu poser, entre les deux derniers groupes, une limite aux prétentions de l’halluciné. On lui a dit : « les neurones visuels peuvent en effet, sous l’action des sons et de l’appareil auditif, nous fournir des perceptions de couleur, de figures, de relief; et ces perceptions vont de la plus simple lueur au modelé le plus fouillé. Maïs cette projection des dédales corticaux donne uniquement des objets étrangers à l’expérience commune, indicibles. Quand le sujet parle d’opsiphonies reproduisant des choses familières, il se trompe, il ne traduit pas ce qu’il voit. Il a vu des dessins compliqués et ineffables, mais ses hallucinations s’arrêtent là. Quand il prétend voir un visage, il délire, il surcharge ses perceptions d’interprétations, sa prétendue vision n’est que paragnosie devant les dificultés du perçu, incapacité de