I. C. : ILLUSION NÉGATIVE
directeur, le sujet réussit à perdre toute conscience des images, même centrales, de l’œil dévié et dominé, Et quand on conteste la neutralisation des images fournies par la macula déviée, c'est pour répartir la neutralisation entre les deux yeux, ce qui montre encore mieux la subtilité et l'étendue de la puissance d’inhibition et d'exclusion de l'esprit, quand il s’agit d'éviter les perceptions doubles, mixtes, mêlées, confuses, et d'obtenir ou de maintenir une image nette et déterminée, de supprimer la perception gênante au profit de la perception préférée.
Cette puissance intervient volontiers dans la lecture. — Je lis : « Un grand inventeur vient d’entrer dans sa quatrevingtième année ». Je me dis qu'on aurait pu le nommer, et je passe. Quelques instants après, le hasard me ramène à la phrase, et je vois « Le grand inventeur Edison... ». Je n’avais vu ni « Edison » ni une lacune. — Ayant sous les yeux Acta Üæsaris pacis causa, je ne vois pas Acta et je ratiocine sur Üæsaris. Quel est le sens ? Probablement « Les actes de César en vue de la paix ». Mais je ne vois toujours pas Acta et J'admets l’ellipse lorsque, à gauche du mot magique et de sa majuscule, apparaît soudain, premier mot de la ligne, Acta.
« Divisibilité », « Shéhérazade », « nous recommencerons », « Nabuchodonosor » sont des dessins qu’on perçoit avant d'en voir les détails, et l’on peut plus ou moins défigurer ces formes avant qu’elles deviennent méconnaissables. Surchargées au-dessous de leur limite de résistanee, déformées en deçà de leur limite de transfiguration, mutilées sans que leur physionomie personnelle soit détruite, c’est encore elles qui sont d’abord perçues, et ce n’est qu'au regard critique qu'apparaissent les additions, les soustractions, les déformations; ce qui a été ajouté n’a pas été vu et on n’a vu ni la soustraction ni le fantôme de ce qui a été soustrait. On ne voit pas l’absence d’une lettre; on ne voit pas non plus cette lettre. Qu'on lise plus, moins ou autre chose que ce qui est écrit, c’est, toujours, parce qu'on ne voit pas assez, et l'illusion esthésique n’est jamais positive.
On peut même soutenir que l'intervention d'images, projetées ou non, hallucinatoires ou non, serait plutôt