‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 98 sur 422 · THÉORIE CARTÉSIENNE · texte numérisé non relu

THÉORIE CARTÉSIENNE

partes descendebant. Quod procul dubio non contigisset, Si doloris sensus sive, ut loquitur, sensatio extra cerebrum perageretur ?. :

« Aucune partie du corps ne peut être mue par une partie un peu éloignée qu’elle ne le puisse être aussi de la même sorte par chacune des parties qui sont entre deux. Comme, par exemple, dans la corde ABCD qui est toute tendue, si l’on vient à tirer et remuer la dernière partie D, la première À, ne sera pas remuée d’une autre façon, qu’on la pourrait aussi faire mouvoir si on tirait une des parties moyennes B ou C, et que la dernière D demeurât cependant immobile. Et en même façon, quand je ressens de la douleur au pied, la Physique m’apprend que ce sentiment se communique par le moyen de nerfs dispersés dans le pied, qui se trouvant étendus comme des cordes depuis là jusqu’au cerveau, lorsqu'ils sont tirés dans le pied, tirent aussi en même temps l’endroit du cerveau d’où ils viennent et auquel ils aboutissent, et y excitent un certain mouvement, que la nature a institué pour faire sentir de la douleur à l’esprit comme si cette douleur était dans le pied. Mais parce que ces nerfs doivent passer par la jambe, par la cuisse, par les reins, par le dos et par le col, pour s’étendre depuis le pied jusqu’au cerveau, 1l peut arriver qu’encore bien que leurs extrémités qui sont dans le pied ne soient point remuées, mais seulement quelques-unes de leurs parties qui passent par les reins ou par le col, cela néanmoins excite les mêmes mouvements dans le cerveau qui pourraient y être excités par une blessure reçue dans le pied, ensuite de quoi il sera nécessaire que l’esprit ressente dans le pied la même douleur que s’il y avait reçu une blessure. Et il faut juger le semblable de toutes les autres perceptions de nos sens.

Enfin je remarque que, puisque de tous les mouvements qui se font dans la partie du cerveau dont l'esprit reçoit immédiatement l’impression, chacun ne cause qu’un certain sentiment, on ne peut rien en cela souhaïter ni imaginer de mieux, sinon que ce mouvement fasse ressentir à l’esprit, entre tous les sentiments qu’il est capable de causer, celui qui est le plus propre et le plus ordinairement utile à la conservation du corps humain, lorsqu'il est en pleine santé. Or l'expérience nous fait connaître que tous nos sentiments sont tels... Ainsi, lorsque les nerfs du pied sont remués fortement, leur mouvement... fait sentir de la douleur, comme étant dans le pied, par laquelle l’esprit est averti et excité à faire son possible pour en chasser la cause, comme... nuisible au pied. Il est vrai que Dieu pouvait établir la nature de l’homme de telle sorte que ce même mouvement fit sentir tout autre chose à l'esprit, par exemple qu’il se fit sentir soi-même, ou en tant qu’il est dans le cerveau, ou en tant qu’il est dans le pied, ou en tant qu’il est

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