‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 99 sur 422 · L'I. A. : PERCEPTION IMMÉDIATE ET CORRECTE · texte numérisé non relu

L'I. A. : PERCEPTION IMMÉDIATE ET CORRECTE

en quelqu’autre endroit entre le pied et le cerveau, ou quelqu’autre chose... maïs rien de tout cela n’eût aussi bien contribué à la conservation du corps que ce qu’il lui fait sentir.

.… Mais la nature de l’homme... ne peut qu’elle ne soit quelquefois trompeuse. Car s’il y à quelque cause qui excite, non dans le pied, maïs en quelqu’une des parties du nerf qui est tendu depuis le pied jusqu’au cerveau, ou même dans le cerveau, le même mouvement qui se fait ordinairement quand le pied est mal disposé, ou sentira de la douleur comme si elle était dans le pied, et le sens sera naturellement trompé; parce qu’un même mouvement dans le cerveau ne pouvant causer à l'esprit qu'un même sentiment, et ce sentiment étant beaucoup plus souvent excité par une cause qui blesse le pied, que par une autre qui soit ailleurs, il est bien plus raisonnable qu’il porte à l’esprit la douleur du pied que celle d'aucune autre partie » 3,

Dans la quatrième partie des Principes enfin, en 1644, 1l reprend son observation dela jeune fille amputée de la main, et qu! « ne laissait pas, ce qui est remarquable, d’avoir diverses douleurs qu’elle pensait être dans la main qu’elle n’avait plus, et de se plaindre de ce qu’elle sentait tantôt en j’un de ses doigts et tantôt en l’autre. De quoi on ne saurait donner d'autre raison, sinon que les nerfs de sa main, qui finissaient alors vers le coude, y étaient mus en la même façon qu’ils auraient dû être auparavant dans les extrémités de ses doigts pour faire avoir à l’âme dans le cerveau le sentiment de semblables douleurs { ».

Taine et les théoriciens de l'énergie spécifique des nerfs ne seront pas plus nets; mais la théorie Cartésienne a, chez Descartes, une particularité. Tout en disant : « il faut juger le semblable de toutes les perceptions de nos sens » Descartes ne parle pas de sensations tactiles ou motrices, mais seulement de sensations « affectives » : « la douleur » et, dans un autre exemple, la soif. Ses amputés se bornent à souffrir de leur main absente; et si l'illusion des amputés se réduisait ainsi à des sensations « affectives », on pourrait dire avec Bergson : les excitations du moignon donnent au sujet des sensations anormales, généralement pénibles; sensations parfois vives, mais vagues, confuses et mal localisées. Les souvenirs visuels, tactiles et moteurs de la

Page 1