NOUS PERCEVONS TOUT L'UNIVERS
prendre tant d’ellipses pour des cercles et accorder deux anses à Saturne %, sont les agents de notre oubli de la perception pure, spontanée, interne, et de notre foi en une perception extérieure née de l’objet et confondue avec lui.
La Perception miroir de l’univers. — L’Inconscient psychologique.
Toute perception, dans son harmonie avec l’objet, englobe l'univers entier.
Lors du fiat unique, chaque chose est venue à l’être compte tenu de toutes les autres; en créant une chose, Dieu les a considérées toutes, et dans chaque monade, chaque perception, chaque fait, il y a quelque chose du tout. Chaque monade, dans son isolement et son irréductible originalité, sera un microcosme et une vue de l’univers. « Dieu regarde toutes les faces du monde de toutes les manières possibles ; et le résultat de chaque vue de l’univers comme regardé d’un certain endroit, est une substance, si Dieu juge bon de la créer. » L'univers n’est fait que de monades, et chacune en étant une vue, il est en quelque façon autant de fois multiplié qu'il y a de substances 5,
En termes d’imagination, l’univers est, comme un océan, tout d’une pièce ®. Chaque mouvement étend ses effets à l'infini, chaque point subit à tout instant sa part de l’action de tous les autres et leur partage la sienne. Enfin, natura substantiæ est ut ex uno intelligi possint omnia. Omnia : tous ses états, tout l’univers.
La monade est un miroir perpétuel de l’univers, nous le percevons en tout instant tout entier.
Nous croyons cependant n’en percevoir qu’une parcelle, nous croyons même que la perception est souvent nulle : dans le sommeil, la mort. C’est ici que la « petite perception », l’inconscient psychologique sauve l’harmonie perpétuelle entre l’état de la monade et l'Univers tout entier, la perception constante de tout par tout.
Les Cartésiens ont bien vu que l’âme pense toujours, mais ils ont cru à tort qu’elle s'aperçoit de toutes ses pensées, que toute perception est consciente et que rien de spirituel n’est virtuel 61. En réalité, si la substance représente l’univers, c’est avec où sans connaissance, avec ou sans conscience &, Spectateurs d’un objet infini, nous ne le percevons tout entier que
58. Ibid. — 59. D. M., XIV, IX. — 60. Théod., VI, 107. — 61. Pr. de la Nat. et de la Gr., 4; à Rémond, III, 657; sur les pr. de vie... VI, 543: N. E., V, 45. — 62. D. M., 35.