L'HALLUCINATION MAL
satisfait Dieu machiniste et Dieu père, le physicien et le moraliste, la nature et la grâce. C’est le monde le meilleur, où tout est pour le mieux; et Dieu, pour le faire, tient compte des possibles et des compossibles. De leur fait il arrive qu'un mal partiel et momentané soit condition sine qua non du meilleur total. Ce mal est alors permis. Isolé, il est néfaste; condition sine qua non du meilleur, il est désirable 41,
Telle est l’hallucination, et nous n’avons de souvenirs qu'au prix de ce mal : la libération occasionnelle de souvenirs-sensations naissantes, ou l'interprétation précipitée de souvenirs comme objets présents.
D'ordinaire simple suite de notre inévitable imperfection, l'hallucination peut être envisagée comme mal de coulpe ou mal de peine, Dans ce cas, le moraliste et le physicien, l'étudiant de concert, se rappelleront que tout mal de coulpe porte sa peine en lui en vertu de la structure mécanique des choses : l’ivrognerie déclenche automatiquement la soif et le goût de l’alcool, le fruit défendu était un poison, et toute erreur entraîne à la fois la récidive et le châtiment #; la recherche des visions libérera les hallucinations et entraînera la démence.
C’est encore en suivant la direction marquée par les lois éthico-logiques de notre âme que le psychologue retrouvera les visions prophétiques ou simplement monitrices, en admettant qu’elles existent. « Si les Cévenols sont prophètes, c'est conforme à mon système. Le présent est gros de l’avenir. Il peut y avoir des globes où la prophétie est ordinaire et où les chiens sentent le gibier à mille lieues. Quant à nos prophètes, on peut gager — sinon jurer — qu'ils ne le sont pas » $. Il se peut enfin que l’hallucination, grâce ou châtiment, survienne dégagée de ses liens habituels avec les sensations et les souvenirs, les objets et le cerveau. Dans un monde soumis à nos lois naturelles, cette forme pure de l’hallucination ne surviendra pas naturellement, mais ne sera pas impossible. Les lois de ce monde
41. Théod., passim.…, 117, 239, par ex. Dieu choisit le meilleur, nonobstant le mal qui se trouve nécessairement enveloppé dans une création. Non quaeratur an Adamus sit peccaturus, sed an Adamus peccaturus ad existentiam sit admittendus; Spécimen, VII, 311. — 42 Mon. SON SERV, 170; Théod., VI, 165, 180-181. — 43. A Coste, 19, XII, 1707.