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L'HALLUCINATION CONDITION DU MEILLEUR

sensations serait à la fois encombrante et de capacité faible ; or ce qui existe, ce qui prévaut dans la monde le meilleur, c'est la série maxime capax, per quam plurimum oritur cogitabilitatis #, non celle qui permet de sentir le plus, mais celle qui permet de penser davantage, de quitter matière et sensation, ces idées confuses, pour nous élever aux idées distinctes, au-dessus de notre condition corporelle, vers la société des esprits.

Peut-être nous plaindrons-nous de l’apparence d’abstraction de nos souvenirs et de l’évanouissement du monde de nos sensations ? Il appartient aux tentatives de culture des tendances hallucinogènes de nous montrer s’il est bon de tendre à des souvenirs qui aient les charmes de la sensation et la commodité de signes, ou s’il faut au contraire rechercher des souvenirs de plus en plus ténus, distincts et dépouillés. Pour l’instant, des sensations bien distinguées, des souvenirs-hallucinations utiles, et une pensée active semblent incompatibles; et aucune opportunité ne nous engage à tenter d’actualiser nos possibilités de rêve, de lever les obstacles qui les bloquent dans l’inconscient.

Stérile, trompeuse, scandale de l’harmonie préétablie, l’hallucination existe, nous invitant tour à tour à voir dans l’image une sensation naissante ou dans une vision une interprétation. Comment ce phénomène paradoxal et fâcheux est-il possible dans le monde le meilleur ?

Les lois psychiques sont éthico-logiques ®, dans chaque phénomène psychique, surtout s’il est morbide, il y a un élément moral; et une philosophie leibnizienne doit étudier l’hallucination-imperfection, mal de peine ou de eoulpe, et, peut-être, l’hallucination et la vision-récompense, grâce, miracle.

Nous ne pouvons pas entrer dans cette voie et il faut se borner à ceci : Dieu ne crée pas tout et il trouve en lui les possibilités toutes faites #, Quand il décide de créer, les possibles qui viennent à l’être font nécessairement un monde où l’imperfection est la moindre, où le plus de réalité s’unit avec le plus de simplicité, un univers qui

38. VII, 290. — 39. Et les lois de la matière physico-mécaniques : à Rémond, III, 657. — 40. À Jaquelot, VI, 559.

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