‹ Études sur l'hallucinationChapitre 168 sur 366 · LE CENTRE « IMAGINATIF » EST MOTEUR · texte numérisé non relu

LE CENTRE « IMAGINATIF » EST MOTEUR

dans les centres dits sensoriels 4, A cette fin existent des centres, dits imaginatifs, symétriques des organes des sens par rapport aux centres sensoriels et liés à ceux-ci par une voie centrale 5 symétrique des nerfs. L’œil est lié au centre optique ou cuneus par le nerf optique, la bandelette, le corps genouillé et la voie génu-corticale. Au-dessus du cuneus, au-dessus de ce centre sensoriel, il existe un centre et une voie symétriques du tractus œil cuneus. Ce centre est le pli courbe, sorte « d'œil mental » !6, cette voie est le faisceau transversal du lobe occipital, et toute la physiologie du pli courbe se réduit à ceci : subir, comme un œil mental, l’action de l’esprit, du souvenir psychique, sorte d'objet virtuel 7; agir sur le cuneus et déclencher le schème. Cela fait, les souvenirs s’actualisent.

Mais si le pli courbe est lésé, la mise en jeu du centre visuel et du schème par le dedans, par le haut, par le symétrique cortical de l’œil, est impossible; et bien que le schème puisse être conservé, bien qu'il puisse être activé par les objets, bien que le sujet puisse copier, il y aura cécité verbale.

Cette agnosie a done, elle aussi, une pathogénie motrice et voici pourquoi tous les souvenirs impuissants sont visuels ou auditifs, sont ceux d’un sens déterminé et non d’un système moteur : chaque sens et chaque qualité perçue symbolise un genre d’action différent, et chaque qualité fait agir mon corps en y actionnant un appareil particulier qu’on appelle un sens #. Les souvenirs procèdent comme les qualités, et ils actionnent dans le cerveau les appareils que la perception a elle-même mis en jeu pour agir. Voilà pourquoi les souvenirs abolis sont visuels, auditifs « et moteurs » l.

Je ne connais pas de recherches scientifiques directement inspirées par cette théorie; aussi n’a-t-on pas de faits qui lui soient favorables. Pour les classiques, l’objet provoque

14. 111, 139. — 15. 139. — 16. 138. — 17. 137-141. Bergson ne s'explique jamais sur ce point et semble présenter comme allant de soi cette action du souvenir pur, du psychique pur, de l’objet virtuel, sur le pli courbe. Quant à l'existence de deux centres : perceptif et imaginatif, il y revient, toujours pour l’admettre, dans l'Energie spirituelle (148) : « on peut perdre ses souvenirs visuels sans cesser de voir. Comment serait-ce possible si la perception et la mémoire intéressaient le même centre? » Bergson est

décidément très localisateur. — 18. 38-39. — 19. Bergson sera donc à compter parmi les partisans des images motrices.

Page 1