‹ Études sur l'hallucinationChapitre 195 sur 366 · SAINTE THÉRÈSE ET LES PSYCHIATRES · texte numérisé non relu

SAINTE THÉRÈSE ET LES PSYCHIATRES

« Ne perdez pas votre temps avec les femmes, plus spécialement avec les Carmélites », conseillait, en Espagne, en 1578, un Visiteur Apostolique !. Thérèse de Jésus, alors toute à ses entreprises et à ses tribulations, assurée d’une gloire durable et d’une rapide canonisation, comprenait cependant fort bien la réflexion de l’Inspecteur. Elle confiait même à son ami le plus cher : « Souffrez, mon fils, que je vous donne un conseil; méfiez-vous des femmes, des religieuses. elles imaginent cent mauvaises raisons qu’elles trouvent admirables » 2.

Elle n’inspirait pas ces soupçons. Elle n'avait rien d’un « phénomène », elle décevait les curieux Ÿ, et une prieure « s’écriait : « Dieu soit loué de nous avoir fait connaître une telle sainte... elle mange, elle dort, elle parle, elle agit comme tout le monde; et pourtant c’est une sainte, son esprit est bien celui du Sauveur. Comme lui, elle n’effraie personne et console tous les cœurs ». Cet hommage de Franciscaine à Carmélite rejoint le mot du P. Hernandez : « On m'avait dit que c'était une femme ; c’est un homme, et des plus hommes que j'aie rencontrés »5.

Quel compliment pour une visionnaire, extatique, hystérique, larmoyante 6, superstitieuse 7, coureuse 8, dissimulée, désobéissante *, suspecte jusqu’au bout à un de ses plus saints amis (0, volontiers en vedette ou dans des postures de masochiste 1, enfermée dans une atmosphère de miracles À, toujours en guerre avec son ordre, lui enlevant des sœurs pour en peupler ses couvents #, fondatrice mais

1. Baruzi, Jean de la Croix, p. 91. — 2. Au Père Gratien, 1582. — 3, Hist. de sainte Thérèse, par une Carmélite, t. I, p. 378. — 4. Ibid., p. 379. — 5. 1bid., p. 393. — 6. « J'avais le don des larmes », Vie, IV. — 7. Elle délivre un prêtre d’une maîtresse, en obtenant de lui qu'il jette à l’eau la petite idole de cuivre que cette femme lui faisait porter. Vie, V. — 8. Mot du nonce en 1578, Hist., II, 180. — 9. Fondation de Saint-Joseph malgré les supérieurs et à leur insu. La condamnation de 1576 pour

désobéissance. — 10. Don François de Salcedo. — 11. Profession de Marie d’Avila, Hist.,, I, 301. Fêtes de la fondation de Séville, Hist. II, 140. Prouesses d’obéissance et d’humilité. — 12. Guérir des malades, délivrer

des âmes du Purgatoire, résurrection du petit Gonzalve, Hist., I, 230. — 13. Fondations de Saint-Joseph et de Medina del Campo.

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