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L'HYSTÉRIE

Sans description définitive, même prochaine, de l'hystérie, on peut se mettre d'accord sur quelques symptômes : convulsions, catalepsies, somnambulismes, paralysies, contractures, anesthésies, suggestibilité, pathomimie, mythomanie, aboulie, distraction, rétrécissement du champ de la conscience, fragmentation de la personnalité.

Ces symptômes acceptés comme caractéristiques, sainte Thérèse fut-elle hystérique chronique et, à ce titre, mystique et visionnaire ? Si elle ne fut pas constitutionnellement, généralement et toujours hystérique, eut-elle des phases d’hystérie fréquentes et durables, et ses états mystiques leur appartiennent-ils ? À défaut d’époques hystériques essentielles à sa vie religieuse, a-t-elle présenté des phénomènes hystériques isolés et sans portée, modifications accidentelles et superficielles de sa vie psychique, sans relation avec sa vie religieuse et ses visions ? Doit-on enfin déclarer non névropathiques les faits en discussion et en faire des symptômes occasionnels d’affections viscérales, complications neurologiques sans doute, mais sans causes, effets ou concomitants psychiques intéressants ?

D'abord, tous les stigmates mentaux devront être éli-

17. On admet généralement que l’auto-observation de sainte Thérèse est une observation bien prise.

184 LA SUGGESTIBILITÉ

minés. Dans ses dépressions, Thérèse a présenté, comme tout le monde, du rétrécissement du champ de la conscience, de la distraction, de l’aboulie. Exemple : dans ses « sécheresses », il lui arrivait d’être douloureusement incapable de comprendre ce qu’elle lisait, fût-ce quelque texte espagnol fort simple. Qui ne voit qu’il s’agit là d’un symptôme de psychasthénie au sens restreint et vulgaire, de dépression, de fatigue ? Dans ces mêmes sécheresses, elle subissait une sorte de mentisme avec défilé kaléidoscopique d'images, et jamais son activité extérieure ou sa pensée n’en a été sérieusement affectée.

Il suffit de nommer pour les écarter la pathomimie et la mythomanie, Elle a cependant un mot là-dessus : la communion ou l’extase enlèvent parfois, « comme avec la main », « des maux très intenses qu’il aurait été impossible de feindre » 18. C’est tout, et elle ne montre ou ne cache rien qui trahisse le mensonge, l’exagération, la délusion ou l'illusion.

Et la suggestibilité ? Thérèse est entrée à l’Incarnation malgré son père , elle a fondé Saint Joseph d’Avila contre ses chefs et ses compagnes, elle a fondé sans revenus malgré des conseils autorisés ; mais, dans ses résistances et désobéissances, au résultat souvent heureux, à la forme très prudente, on cherche en vain des indices d’entêtement. Condamnée et déclarée victime du démon par des intimes, elle pleure, elle reste invinciblement persuadée que c’est bien Dieu qui la guide, mais elle garde à ses cruels amis son entière amitié *, et elle semble n’avoir rien fait pour provoquer l’intervention de directeurs qui soient enfin de son avis. Invitée, aux premiers bruits de fondation, à s’enfermer et à oublier son dessein, elle reste convaincue qu'il aboutira, mais obéit réellement et ne trame rien. Brusquement condamnée, quand elle vole de victoire en victoire, à ne plus bouger d’un de ses couvents, elle se soumet sans restriction. Cela, c’est réglementaire, c’est la conciliation de l’obéissance aux supérieurs avec les impulsions personnelles.

18. Vie, XXIV. — 19. Malgré la tendre résistance de son père. — 90. Vie, XXIX.

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