LES EXTASES
Elle en a connu les deux grandes formes cliniques : paralytique et cataleptique !. Sur leur aspect extérieur, elle ne nous dit pas grand’chose : c’est parfois la « pâmoison »; les membres sont flasques, le visage est décoloré, le pouls petit, la respiration lente. D’autres fois, c’est l’immobilité dans une attitude fixe, fervente ou mêlée de familier — la poêle à frire tenue au-dessus du feu ?, Sans beaucoup renseigner le clinicien, la sainte en dit assez pour nous laisser deviner ici des tableaux que les hystériques d'hôpital composent beaucoup mieux.
A-t-elle joui de scènes somnambuliques ? Il semble que non. Il lui est bien arrivé, en extase, de poursuivre un exercice religieux plus ou moins compliqué, la messe ?, mais c’est consciemment et avec effort, ses plus grandes extases étant d'ordinaire partielles et pleines d’intermittences. Elle ne nous raconte rien d’analogue à cette « vision » de sainte Véronique Juliani, en 1697 : sainte Véronique se joint à une foule d’anges musiciens et fait sa partie, sur les cloches. Elle ne cesse que lorsque le Seigneur lui dit « suis-moi »... et se retrouve dans sa cellule. Elle vient d’y suivre l’abbesse, qui l’a trouvée sonnant frénétiquement la cloche du couvent parmi ses compagnes ahuries, et a pu seule la faire cesser, la « rappeler » #.
On ne voit pas non plus sainte Thérèse « posant » quelque tableau d’église : une crucifixion, par exemple. Dans son « transpercement », elle n’est que Thérèse de Ahumada et pas un instant la Vierge, Quand elle reçoit N. S. dans ses bras, « comme dans la V° Douleur », « comme le représentent les peintres », on ne doit pas oublier que c’est une vision « intellectuelle » et que, plus que probablement, elle n’a rien mimé.
Cette pauvreté de formes et de détails cliniques n’est pas réticence ou expurgation ; le syndrome clinique de l’extase ne l’intéresse pas; elle a mission de nous dire l’union à
1. Nous n’aborderons guère ici que l'aspect physique de l’extase. Pour l'extase proprement dite, voir p. 241. — 9. Hist., I, 307. — 3. Vie, XXXIX. — 4. Saudreau, Etats mystiques, 194-195.