EXTASE ET PÂMOISON
Dieu dans l’extase et ses effets moraux; le reste est négligeable, regrettable défaillance, qu’a ignorée la contemplation continue de Jésus et de la Vierge, et dont ne souffrira pas l’union quasi permanente du Mariage spirituel.
Défaillance, mais tout imprégnée de Dieu, et qu’il faut pieusement abriter de ses contrefaçons. Dès ses premiers écrits, dès la relation de 1562, elle sépare l’extase de la syncope, mais avoue déjà que les différences extérieures ne sont guère visibles; si peu visibles qu’elle cache ses « ravissements », en donnant à entendre que ce sont des « évanouissements ». Un peu partout, elle reviendra sur le danger de la confusion entre les ravissements et les « faiblesses de femmes » 5. Dans ses instructions, elle presse les prieures de supprimer ces pâmoisons qui ne sont bonnes qu'à « paralyser les puissances et à les rendre incapables d’obéir à l’âme ». « Tout ce qui ôte l’usage de la raison est suspect » 6. Dans le Château ?, nous voyons ces malades, débiles de « tempérament », « mélancoliques », hébétées de jeûnes et de veilles; elles se laissent entièrement absorber par des défaillances, les prennent pour des ravissements, y perdent raison et santé physique. Avec la plus grande vertu, des religieuses glissent fort bien à ces erreurs. On en voit se réduire à un tel état qu’à la moindre occasion dévote, un cierge, les premiers mots d’un sermon, un peu de musique, elles tombent pour huit ou neuf heures à terre. Qu’on les conseille affectueusement, qu’on les mène avec autorité, qu’on les nourrisse, qu’elles dorment; elles sont en pleine et pure maladie, et voici les signes distinctifs de l’extase vraie
1. — Elle est brève. L’extase profonde dure peu, moins même qu’il ne paraît. Les quiétudes et unions de 1536 ne dépassèrent pas un Ave Maria. L’extase de la V° Demeure n’a jamais atteint une demi-heure, Quand l’extase se prolonge, ou elle est fausse, c’est un évanouissement, ou bien il y a alternance entre des instants extatiques et des moments de retour à la conscience banale ?.
5. Château, VI, IV. — 6. Fondations, VI. — 7. Château, IV. -- &. Fonda- Mons (VI. —" 9. Château, IV, III; 2V, II; "VI, VI: VI, XI. L Pensées, Sur le Cantique, VI. Vie, XVIII, XX.