PRÉPARATION AUX VISIONS : LA VERTU
créatures, et nos entrevues avec l'incréé seront inconscientes. L’accessible en cette vie, la préparation à la vision béatifique, l’état le plus près d’elle, c’est la perfection morale. Rien n’approche plus du face à face de la patrie, et il n’y a qu'un moyen pour l’atteindre : l’obéissance aux commandements, la pratique des vertus.
C’est par elles qu'à défaut de l’intuition attendue nous pourrons peut-être en recevoir d’humbles prémices : les visions et les extases. Aux unions extatiques et aux entrevues conscientes avec des images d'en haut, il n’y a pas d'autre préparation que l’habitude des vertus; et le premier péché qui exclut ces suavités, c’est de les désirer. Prêts, nous recevrons peut-être ce don gratuit; peut-être notre ascèse n’aura-t-elle jamais le secours de ce moyen; mais la première vertu est de ne pas le demander, de ne pas emprunter à la nature les procédés hallucinogènes.
La difficulté est là, et Thérèse le sait. Des austérités sans frein jettent une pieuse fille à la démence; elle voit et entend tout ce qu’elle pense, elle tombe dans des pâmoisons vides de Dieu ; tandis qu’une sainteté pleine de raison permet à sa compagne d’être saintement insensée, et de recevoir, dans l’inconscience de l’extase ou à son seuil lumineux, des visites ou des messages divins. Où sont les différences techniques et psychologiques exigées par cette différence substantielle ? Nous les chercherons avec Thérèse et nous savons déjà qu’une incertitude subsistera toujours, inévitable et nécessaire, Ce qui importe ici, €’est l’affirmation générale
L’extase et les visions sont des dons gratuits, contingents, secours aux âmes faibles, et la sainteté qui s’en passe est la plus haute;
Nul ne doit désirer et rechercher les visions et extases, il obtiendrait plutôt l'hypnose et l’hallucination ;
Gratuite, l'union extatique ou l’infusion des images sur- :aturelles comporte cependant une préparation naturelle : l’ascèse.
Si on demandait son secret, Thérèse répondrait quelque chose comme : obéissez aux commandements, Si quelque esprit scolastique divisait la question : que faut-il être, que faut-il faire, que faut-il croire ? peut-être répondrait-