ASCÈSE ET CONSCIENCE DU SURNATUREL
fameuse hébétude, que les croyants reprocheront toujours aux autres 6: alors seulement l’univers créé devient vraiment un rêve, et l’absolue ténèbre de la foi la réalité; le sens des choses surnaturelles secoue ses dernières somnolences, le chrétien n’a plus des vertus une conception positive, stoïcienne ou lyrique; il les éprouve comme surnaturelles, comme une création de Dieu, comme une infusion substantielle, une greffe, une mission divine, une présence de Dieu.
L'exercice des vertus lui a fait prendre conscience du surnaturel qui l’imprègne. Qu'il se livre alors à l’oraison sans discours et sans rêves, en compagnie des mystères; il est prêt pour le premier appel du pasteur, ce sifflement si doux auquel on accourt sans l’avoir entendu ?.
Cette réforme universelle de la personne, allant de la métaphysique aux affects, c’est l’enlèvement des obstacles de la Montée du Carmel : la lumière surnaturelle est prête à répandre ses clartés dans l’âme. Enlevez les voiles, et dans votre âme purifiée par le dénuement, Dieu se répandra nécessairement 8.
Quand on mérite ainsi de condigne, et quand on obtient l'expérience de Dieu, ce peut être sous des formes très diverses : foi pure en attendant la lumière de l’autre vie, héroïcité générale et continue des vertus, prodige maintenant aisé de l’union effective à la volonté présumée de Dieu, union ténébreuse des extases, don enfin, secondaire, accessoire et inférieur, des visions et des locutions.