‹ Études sur l'hallucinationChapitre 54 sur 366 · L'HALLUCINATION « CONSCIENTE · texte numérisé non relu

L'HALLUCINATION « CONSCIENTE

Dieu, en qui tout est, serait le premier coupable et la première victime ; il n’y a rien de positif dans une idée à cause de quoi elle soit dite fausse 16, et l’erreur n’est que négation.

Mais voir le soleil dans un seau n’est pas une négation, c’est quelque chose de positif. Ce n’est donc pas une erreur. Voir le soleil dans le seau n’est pas se tromper; se tromper, c’est dire « le soleil est dans le seau », c’est donner notre assentiment à nos perceptions, leur conférer hors de nous une réalité formelle. Or on acquiesce irrésistiblement à ce qu’on voit et à ce qu’on sait; on ne s’y refuse que du bout des lèvres et, devant l’image du soleil, nous serons incapables de ne pas assentir 7; enfoncés dans l’erreur et le faux, nous y resterons jusqu’à ce que l’image fautive soit concurrencée par quelque chose d’extérieur à elle, par notre science. Elle va respecter ce qu’il y à ici de positif : « je vois le soleil à deux cents pas », mais elle guérira l’état de négation qui nous faisait dire « le soleil est à deux cents pas » S, Toutes ces expériences : soleil à deux cents pas, soleil dans l’eau, soleil au fond de l’œil, soleil à n diamètres terrestres vont toutes subsister dans ce qu’elles ont de positif et s’accorder, s'adapter, s'ordonner, « s’accommoder » dans l’ordre et la hiérarchie les plus utiles et les plus commodes. La science n’empêchera pas de voir le soleil dans l’eau, mais elle réduira, supprimera notre assentiment à cette vision ; et ce succès est bien dû au mécanisme invoqué ; l’intervention, du dehors, de quelque notion nouvelle, concurrente de la perception dangereuse.

. Nous ne délirons plus, et notre science nous garde d’acquieseer à l’image virtuelle ou à l’image-sensation; mais elles n’ont rien perdu de leur inquiétante matérialité. 11 ne suffit pas que l’image-sensation soit contredite pour qu’elle cesse d’être sensation. Contraints ? d’affirmer que le soleil est à n millions de lieues, nous le voyons toujours à deux cents pas, « I’erreur est ôtée » mais la perception persiste et « ne s’évanouit pas ?! »,

Dans le domaine de l’hallucination, c’est-à-dire de l'image et du souvenir, il faut précisément, dit Spinoza,

16. II, 33. — 17. II, 49, Sc., 2e objection. — 18. II, 35, Sc. — 19. III, 5; IV, Ch 6-et 7: V, AX. 1,07. "90 Pr; 1, Introd: "21. E, IV) 1,150.

34 L'HALLUCINATION INHIBÉE

que « l'imagination » fausse « s'évanouisse ». I1 n’emploie qu’une fois ce terme excessif, car il ne peut oublier ce que le traitement de l’image-sensation doit avoir de nuanté. Sans doute, il ne suffit pas de combattre l’adhésion à une perception fausse par une perception vraie qui nous apporte bien la connaissance du vrai, mais laisse subsister la perception fausse. Avec ce demi-traitement, nous ne serons plus délirants, mais nous serons toujours hallucinés, et ce n’est pas assez de s'élever à l’état d’hallucinés conscients. Par contre, on ferait trop si le conflit de la perception vraie avec la perception fausse aboutissait à l’évanouissement de celle-ci, à la perte du souvenir, à l’oubli. Où s’arrêter ?

Le rêve fournit la situation à redresser. Si nos images y ont toute leur puissance hallucinatoire et si nous jugeons que des objets nous sont présents, c’est parce que « dans les songes font défaut les causes qui par le moyen des sens s'offrent à l’homme éveillé et d’où ressort pour lui que les images lui apparaissant ne proviennent pas en ce moment même des choses occupant un lieu hors de lui »#. Dans la veille, ces erreurs sont encore des rêves ; elles « consistent à rêver éveillé »*#,.

Que feront « ces causes apportées par les sens » pour nous faire sentir nos images-sensations comme images et non comme sensations ?

Le correctif apporté par les sens doit être d’abord « contraire et plus fort » # que l’affection à corriger. Il doit nier la vision, en exclure l’existence; negat, secludit, tollit #. La vision doit être finalement moins forte, moins intense, moins vive, debilior, remissior #, diminuée, contrainte, éteinte, inhibée, réduite. Minuitur, restinguitur, coercetur, inhibetur, cohibetur, coercetur sed non tollitur ?.

Bref, « quand il nous souvient d’une chose, nous sommes par cela même disposés à la considérer dans le même sentiment dont nous serions affectés si elle était là présente ; mais cette disposition, ou cet effort est le plus souvent,

LS? R- E. 9%, note. — 28. Jbd., 40. — %. E., IV, 7, et 1, fn du Sc. — 3%. ar ex., III, 10; IV, 9; V, 7. — 96. IV, 9, 12. —— 97. IT, 40, Sc: III, 19: 6. 7; V, 6: III, #7, Sc. ES dd

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