‹ Études sur l'hallucinationChapitre 98 sur 366 · DE L’IMAGE ET DE L'HALLUCINATION · texte numérisé non relu

DE L’IMAGE ET DE L'HALLUCINATION

Perception, image, rêve et hallucination sont également hallucinatoires. Le rêve est une perception sans objet, l’hallucination est un rêve éveillé, la perception elle-même est un rêve. Le bâton et le coup de bâton ne sont pour rien dans la douleur !.

Ils n’en ont pas moins une vérité, une réalité, et quand une hallucination est une perception, elle a son objet; non l'étendue et la matière, qui n’existent pas, mais l’univers spirituel et inétendu des monades, que je perçois sous forme d’étendue, de temps, de mouvement, de corps et de qualités sensibles.

Perception et objet ont une autre singularité que cette relativité infinie, cette perception des monades sous forme spatiale et matérielle. Il faut encore et surtout reconnaître que l’objet n’est pour rien dans sa perception. Les monades sont sans relations, et la monade qui s’appelle moi ne capte ou ne projette jamais rien au dehors; sa veille la plus vive et la plus tendue est encore et toujours un rêve, spontané, endogène et interne.

Mais chaque monade a exigé avec succès que la sagesse divine ait égard à elle en créant tout le reste et tienne compte de tout en créant quelque chose. Aussi, à chaque perception, parfaitement spontanée, a-t-elle donné un objet; à chaque perception, infiniment relative, elle donne

1. Ex. familier à Leibniz. V. plus loin sa controverse avec Bayle.

Page 1