‹ Études sur l'histoire de l'art (volume 2)Chapitre 12 sur 16 · D'EUGÈNE DELACROIX · texte numérisé non relu

D'EUGÈNE DELACROIX

Cette chapelle est placée sous l'invocation des saints anges, patronage, qui tout d'abord semble promettre un radieux speclacle, de suaves perspectives : il n'en est rien. Ne vous atttendez pas à des chœurs séraphiques; ne rêvez pas, comme Jacob, je ne sais quelle échelle d'or qui vous transporte au ciel, M. Delacroix ne vous y suivrait pas. Pour lui, les anges du Seigneur ne sont pas des ministres d'espérance et de charité, gardiens et consolateurs de la misère humaine, de douces et blondes créatures, des types de céleste beauté; il voit en eux, fidèle à ses instincts, des instruments surnaturels de force et de colère, de lutte et de châtiment.

Trois grands espaces s'offraient à son pinceau : les deux murs latéraux de la chapelle et la voûte qui les relie. Chacune de ces trois divisions demandait un sujet distinct. Voici

ceux que le peintre a choisis : pour le plafond, Tarchange saint Michel triomphant du démon ; pour les murailles, d'un côté Héliodore, le spoliateur du temple, terrassé et battu de verges, de l'autre la mystérieuse lutte de Jacob et de l'ange.

L'fléliodore et le saint Michel î ces deux sujets que le roi des peintres a marqués de son sceau, dont il a fait deux œuvres immortelles! Oser s'en emparer comme d'un bien vacant ! J'ai vu des gens outrés de cette audace. J'avoue que pour ma part je n'en suis pas très-ému. Quel que soit mon respect, disons mieux, mon adoration pour les moindres croquis, à plus forte raison pour les chefs-d'œuvre de Raphaël, je ne pense pas que sans irrévérence on ne puisse toucher à un sujet traité par lui. Il est de taille à se défendre et n'a que faire de nos prohibitions. Ces sortes d'usurpations sont même à mon avis d'innocents exercices dont l'art peut tirer profit, et G* est d'un modeste courage, bien plutôt que de présomption qu'on fait preuve en se les permettant. 11 faut seuienu nt ne tenter l'entreprise que lorsqu'on est bien sûr d'avoir à dire quelque chose de neuf. C'est là le grand moyen d'obtenir son pardon. Rappelons-nous Rossini, lorsque tout jeime encore il s'avisa de remettre en musique le Barbier de Séville, de refaire l'œuvre de Paisiello, cette tendre et fine partition que l'Italie et l'Europe musicale applaudissaient depuis vingt ans. C'était jouer gros jeu ; il risquait tout au moins de se faire lapider, s'il n'avait eu des fiots de mélodies vraiment nouvelles à verser sur ses auditeurs. Dès qu'on l'eut entendu, la coière se calma, le novateur gagna sa cause, et son triomphe dure encore; ce qui ne veut pas dire que Rossini lui-même se fût également permis de refaire Don Juan^ ni même le Mariage

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