EN FLANDRE ET EN HOLLANDE
Notre mmèe çln Loijivre est, à çoiip ^^ûr, vi] ^es plus ri(:l|çs qui mml au monde. Pqiir yciit étudier soit Ic3 jppîlrçs italiens, spit ju pejuturti Ijollgridaif^e et flarpançjp, ^oit, q plijs forte raison, noire peinture française, ii nf^^\, d'eiisejgnçmejit plus sûr, plus varié, de cpliecfion mieux assortie en œuvres rares et vraiment autlientiques. Qujcon^que cep^ndaiit n'aurait yu que le musée du Louvre, j'eùt-il revu cent fois, se ferait l'idée la moins complète, et pîjrtaiit Ifi mqii]s du véï ilable caractère, de )a phvsj.qnon^je propre, de?? traits individuels qui ont distingué l'art pei^dr^e (Jf^ns les divjçrsfs contrées d'Europe.
Pour ce qui regarde Titalie, cela se comprend s^i^ pçjnp. La fresque occupe en ce pays, et notamment à Florence e|. à Rouie, une place si considérable dans rensemble des oeuvres de peinture, les véritables grande maîtres, les plus suives
comme les plus hardis, sont tellement au-dessus d'eux-mêmes quand ils pratiquent cette façon dépeindre, ils l'ont presque tous adoptée avec un tel amour, une telle préférence, qu'évidemment, en deçà des monts, nous sommes condamnés à n'avoir dans aucun musée un fidèle et complet témoignage de leur génie tout entier. Il faut, bon gré mal gré, les aller voir sur place, devant ces murailles qui ne voyagent pas. Tant que nous les jugeons sur leurs panneaux et sur leurs loiles, nous ne connaissons, à vrai dire, que la moindre partie, la face la moins noble, la moins originale et la moins éloquente de l'art italien.
Ce qui devient d'une explication moins facile, c'est que, dans cette même Italie, il est des lieux oii la fresque fut à peine en usage, comme Venise par exemple, et que là nous marchons aussi de surprise en surprise devant de simples tableaux à l'huile. Les maîtres les plus célèbres et les plus répandus en Europe, ceux dont partout on croit le mieux connaître le talent, se montrent là sous un jour tout nouveau. On fait devant leurs œuvres de véritables découvertes. Est-ce l'influence du climat, l'effet de la lumière, la présence des lieux où sont nées ces peintures? Est-ce le choix plus nombreux, la variété plus abondante des œuvres de chaque maître, et une certaine harmonie locale qui prédispose à mieux sentir et à mieux admirer? Je ne sais ; mais il n'est pas un voyageur qui n'en ait fait l'expérience : nulle part comme à Vénrse on ne comprend, on ir'aiine, on n'apprécie hsmaîtr^es vénitiens.
Eh hier , il faut en dir^e autant des llollarrdais et des Flamands. Eux aussi, ce n'est vraiment qu'en Flandre et en Uoliaude qu'on arrive à les bien connaître. Ils sont pourtant
goûtés, recherchés, admirés en tout pays, en tout climat, ces enfants gâtés de la mode ! De toutes les peintures, c'est bien là la plus cosmopolite, celle qui répond partout au goût du plus grand nombre, et qu'à New-York, aussi bien qu'à Paris, on se dispute au prix des plus grandes folies. Ces merveilleux petits chefs-d'œuvre ont, dans le monde entier, surtout depuis quinze ou vingt ans, une valeur marchande non moins certaine, non moins universelle que les pierres fines et les métaux précieux. C'est vraiment au carat qu'on les achète et qu'on les vend, et même ils ont cet avantage sur les autres matières d'affinage et de joaillerie que la mine en est épuisée, et que ni le Pérou ni la Californie n'en peuvent fournir de nouveaux. On croirait donc (jue des trésors d'un prix si bien connu devraient, à peu de chose près, sauf les variations du change, avoir sur tous les marchés du monde non-seulement même valeur, mais aussi même beauté; il n'en est rien pourtant. Ils ont un attrait incomparable dans leur pays natal. Ce n'est point prévention, c'est pure vérilé. Il faut voir en Hollande Paul Potter et liembrandt, aussi bien que Titien à Venise.
Bien d'autres avant moi ont fait celte remarque, et moimême, depuis déjà trente ans, j'en ai plus d'une fois vérifié la justesse, sans que l'idée me soit venue d'en entretenir le public; mais tout dernièrement, pendant quelques journées passées aux Pays-Bas, ce lieu-commun s'est rajeuni pour moi d'une façon si saisissante qu'on me pardonnera, j'espère, d'en chercher ici les raisons.
Ce n'est pas seulement chaque maître en particulier qui, sous le reflet de ce ciel un [)eu pale, môme en ses meilleurs
jours, dans cette atmosphère de canaux, au milieu de ces maisons proprettes, ombragées et hiisanles, paraît mieux ^ son jour, plus en valeur, plus attrayant; c'est l'école ellemême, ou plutôt ce sont ses deux branches qui, vues dans leur ensemble, dans leur complet développement, depuis leur commune racine jusqu'à leur dernier rameau, prennent une ampleur, une importance, une richesse traditionnelle et hiérarchique dont ailleurs que dans le pays même on ne peut avoir aucun soupçon.
Trois causes principales mettent, à mon avis, la Flandre et la Hollande hors de pair avec tous les pays réputés les plus riches en tableaux hollandais et flamands.
La première est qu'on ne peut voir qu'en Flandre cinq ou six vieux chefs-d'œuvre, derniers et incomparables témoins de l'art flamand primitif; la seconde, qu'au dix-septième siècle, à son âge viril, ce même art a produit en Hollande certaiîies œuvres vraiment exceptionnelles et par la dimension des toiles et par la puissance du pinceau, œuvres resiées dans le pays, destinées à n'en jamais sortir, et qui révèlent chez ceux qui les créèrent des dons et des facultés qu'ailleurs on ne leur connaît pas. Vient enfin la troisième cause, qtii risque par malheur de disparaître un jour, et qui déjà s'est beaucoup afflublie : je veux parler des collections particulières que l'esprit de famille a sauvées jusqu'ici, dernier reste des nombreux cabinets formés il y a deux siècles, aux jours les plus brillants de l'école hollandaise; petits musées harmonieux et épurés, où chaque maître semble avoir travaillé pour un ami ou pour un bienfaiteur, et s'est comme efforcé de dire son dernier mot.
n y a là, comme on voit, trois sortes de privilèges dont la
LES PEIÎN'Tl^ES FLAMANDS ET HOLLANDAIS. 495 Belgique et la Hollande sont seules en possession et qui leur garantissent le pèlerinage obligé de quiconque veut connaître à fond les origines, les diversités et les perfections de leur féconde et ingénieuse école. Reste à mieux indiquer et à suivre avec quelque détail ces divisions que je viens de tracer.