J.-L. DAVID
David avait les qnalilés crun chef d'école, un caractère ardent et enlhousiasie, une volonté éni rgique; malheureusement, à celte âme d'arliste, était uni un es()rit de logicien. Pour faire un grand peintre, il faut sans doute la force et la puissance de Michel-Ange; mais il faut aîissi, pour guider cette force et celte puissance, un esprit ouvert à toutes les idées, à tous les sentiments, amoureux de la nature telle qu'elle est, observateur sans système, en un mot, l'esprit d'un Léonard de Vinci. David, au contraire, élait doué d'une de ces intelligences plus vigoureuses qu'étendues, qui se représentent vivement les choses, mais à la condition d'en embrasser un petit nombre, et qui, une fois qu'elles ont adopté une idée, s'y enferment, pour ainsi dire, et h pour suivent jusqu'à ses dernières conséquences sans se mettre en
peine de rester ou non fidèles à la réalité. Tout ce que son esprit lui faisait voir, David avait le don de l'exprimer sur la toile avec supériorité : de là ces étonnantes beautés qu'on admire dans ses tableaux ; mais son esprit ne lui faisait pas voir assez, de là ce qu'il y a d'incomplet, de froid, d'inanimé dans ses plus beaux ouvrages. Unissez un tel esprit à un tel caractère, il faudra de toute nécessité que vous soyez fanatique en politique et systématique dans les arts ; c'est là une de ces lois que David était condamné à ?ubir aussi bien à la Convention que dans son atelier.
Ce qui l'avait frappé vivement chez les peintres qu'il voulait détrôner, c'était l'incorrection du dessin et l'oubli systématique des formes du corps humain. On se rappelle à quel excès était porté cet oubli : sous prétexte de n'être fidèle qu'à la nature, on ne prenait conseil que de la mode; bon gré mal gré , toutes les bouches devaient être en cœur, tous les nez à la Roxelane. David, par la trempe de son esprit, était nécessairement destiné à tomber dans l'excès opposée Dès qu'il prenait à tâche de respecter la forme, il devait ne plus songer qu'à elle. Quant à ce qui vit au dedans de nous, quant à cette force intérieure dont la forme n'est que l'enveloppe et la manifestation, il devait à peine s'en occuper; le corps de l'homme est l'homme tout entier^ voilà quelle était sa devise. Aussi, le Poussin qu'il avait d'abord pris pour guide, ne tarda pas à ne plus le satisfaire, il lui allait quelque chose de plus arrêté, de plus absolu. Les marbres antiques frappèrent ses regards : il y trouva cette pureté de lignes et de contours, cette beauté tout extérieure à laquelle il aspirait, et dès lors, sans s'inquiéter si le but