‹ Études sur l'histoire de l'artChapitre 5 sur 26 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

des œuvres dégénérées ; que les grandes époques ont même raison d'être et procèdent non de hasards heureux, mais de constantes lois ; que toujours et partout, sous Périclès et sous saint Louis, sous Alexandre et sous Louis XIV, c'est la simpUcité, le naturel, l'ohservation fidèb de la forme, la franche expression de la \ie et de la pensée qui ont assuré à quelques œuvres une jeunesse éternelle et une impérissable estime, tandis que les dons acquis, les qualités savantes, les effets recherchés, le fini précieux, et même aussi la fougue, le désordre, le hasardé, le téméraire, s'ils ont parfois surpris la renommée, ne l'ont jamais gardée longtemps, ou ne conservent en vieillissant que l'éclat affaibli d'une célébrité secondaire ; si tel est le spectacle que vos récits déroulent devant eux,^ous leur inculquez le respect des saines traditions, l'amour des grands principes, mieux qu'en les accablant de règles, de formules, et de doctes prédications. L'histoire de l'art ainsi comprise n'est donc pas seulement un délassement, un jeu d'oisifs et de raffinés, une satisfaction d'esprit, une science sans application, elle est renseignement le plus sûr et le plus pratique, la plus efficace des leçons.

Mais pourquoi, dira-t-on, se donner tant de peine?

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Qu'ont besoin nos artistes de connaître si bien ce qui s'est fait avant eux? Ne le savent-ils pas déjà trop? N'en sont-ils pas gênés plutôt que secourus? Et ne vaut-il pas mieux leur donner simplement quelques notions pratiques, puis les abandonner à leur inspiration? — Assurément, l'inspiration naïve, l'inspiration des premiers âges, si vous pouviez la faire renaître, le mieux serait de n'y rien ajouter. Mais en sommesnous là, et avons-nous le choix? Le monde est bien trop vieux ! Vous ne pouvez pas faire que le passe, que les exemples de nos pères nous soient totalement inconnus : nous en savons tous quelque chose ; et c'est ce demi-savoir, plein de périls s'il demeure incomplet, qu'il s'agit d'élargir et d'étendre. Le remède n'est que là. Au lieu de l'art à jamais perdu, de l'art naïf et virginal, il faut nous élever à l'arl éclairé, réfléchi, à l'art intelligent, comprenant tout, libre de préjugés, affranchi des formules, planant sur les routines, et s'ouvrant des régions nouvelles à force de comprendre les leçons de l'histoire et l'esprit de son propre temps. S'il est un art de l'avenir, ce ne sera qu'à de telles conditions.

Reste, il est vrai, la mise en œuvre de cet enseigne-

xxvr INTRODUCTION.

ment; reste à produire ces leçons de l'histoire, ce vaste ensemble, ce lumineux enchaînement de faits, d'idées, de souvenirs! Nous voulons croire qu'une tâche si grande excitera Tardeur des générations qui nous suivent. C'est pour les provoquer, pour éveiller lezèle de jeunes et vaillants esprits, que nous rassemblons ces fragments, incomplètes ébauches de l'œuvre que nous espérons d'eux.

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