‹ Études sur l'histoire de l'artChapitre 4 sur 26 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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nuels, et même aussi des lexiques, excellents instruments d'étude, mais spécialement consacrés les uns à tel ou tel art pris en particulier, les autres à telle ou telle époque , et presque tous traitant séparément, comme deux choses entièrement étrangères l'une à Tautre, l'art dans les temps modernes et dans l'antiquité. Quel(jues esprits sans doute ont essaye de planer sur r ensemble, et de touT; embrasser d'un coup d'œil, mais la plupart en cherchant la synthèse se sont égarés dans les nues. On sait qu'en Allemagne il n'y a guère de de milieu entre la pure métaphysique et l'érudition pure et simple.

L'Angleterre, au contraire, par son esprit pratique, échappe à cette alternative ; elle use peu des abstractions et ne se noie pas dans les détails, mais jusqu'ici l'histoire de l'art ne Ta pas vivement séduite. Elle n'a rien produit en ce genre qu'on puisse dire original, si ce n'est quelques essais tout archéologiques sur les origines de Tart, et notamment de l'architecture, au moyen âge, essais remarquables avant tout par la justesse et l'impartiahlé. 11 faut aussi lui savoir gré des lumières que ses voyageurs en parcourant le monde et surtout l'Orient, on jetées sur l'état de l'art aux époques les plus diverses

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et souvent les plus reculées. Mais tout cela n'est autre chose qu'une série de matériaux : quanta Thistoii e de l'art, telle que nous l'entendons, complète et générale, descriptive, vivante et néanmoins philosophique, ni l'Angleterre ni l'Allemagne n'en ont encore donné un véritable exemple qui fasse autorité.

En France aussi même lacune. Ce n'est pourtant pas faute que la philosophie ne nous ait dit, depuis trente ans, sur la science et sur 1 histoire du beau, les plus brillantes vérités; ce n'est pas faute que, de son côté, la critique en matière d'art n'ait fait aussi, chez nous, depuis la même époque, les plus évidents progrès. Dans nos journaux, dans nos recueils, on n'abandonne plus ces sortes de questions aux fantaisies de Tesprit littéraire, on les confie au goût, à I habileté technique de véritables connaisseurs. Si donc il était possible d'unir et de fondre ensemble Texpérience des uns et les savantes spéculations des autres, le problème serait bientôt résolu. Mais, justement, ce qui nous manque, c'est cet heureux amalgame. Nos philosophes n exercent pas sur nos artistes une autorité suffisante : fétude et la comparaison des œuvres d'art n'étant pas leur principale affaire, les idées qu'ils émettent et

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les lois qu'ils proclament, ont trop l'air de pures théories; et, d'autre part, nos critiques, tout occupés de Tart contemporain, aux prises, chaque matin, avec l'œuvre qui vient de naître, ont à peine occasion de jeter un coup d'œil d'ensemble sur les siècles passés; s'ils y regardent, c'est, trop souvent, pour chercher, chacun à Tappui de sa tlièse, selon le besoin du jour, un exemple isolé, un argument de circonstance. On s'accoutume ainsi à ne voir que séparément, une à une, les choses les plus étroitement liées. On se passioune pour celles qu'on connaît, on ne songe pas même à regarder les autres. De là des engouements, des dédains exclusifs. Les uns ne jurent que par le moyen âge, les autres que par l'antiquité; il en est qui n'adorent que le dix-septième siècle; d'autres donneraieut tout Le Sueur et Poussin pour un caprice de Boucher. Et que résulle-t-il, dans notre école, de ces admirations circonscrites, de ces conflits, de ces partialités? la pire des maladies, l'esprit d'imitation. Chacun se façonne à l'image de l'époque ou du maître qu'il affectionne pardessus tout : on s'abdique, on se subordonne. Toute séve originale, tout souflle créateur disparaît peu à peu.

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Que faire pour affranchir le goût, pour le rendre à la fois plus libre et plus tolérant, plus lar^e et plus élevé? Le vrai moyen, le seul peut-être, est d'éclaircir, de répandre, de populariser l'histoire de l'art, d'en exposer toutes les phases, d'en révéler tous les secrets, sans descendre à trop de détails, sans se perdre en vaines minuties, mais sans rien négliger non plus, sans omettre et sans laisser dans l'ombre aucun des anneaux d'or de cette longue chaîne.

On ne sait pas assez quel enseignement peut en sortir; combien ces séries d'exemples, ces leçons à la fois théoriques et pratiques sont plus claires et plus éloquentes que tous les préceptes abstraits. Dissertez tant qu'il vous plaira sur l'essence de la beaulé, creusez l'éternel mystère des émotions qu'elle fait naître et tirez-en les lois de Tart, vous trouverez à peine quelques esprits pour vous comprendre et la conscience des artistes n'en sera pas même effleurée ; tandis que si vous chargez l'histoire d'étaler à leurs yeux toutes les créations humaines qui d'âge en âge ont excité l'amour, l'admiration, l'enthousiasme des hommes ; s'ils voyent qu'en tout temps, en tout lieu, les mêmes conditions ont produit des chefs-d'œuvre, les mêmes causes

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