FIN DU LIVRE CINQUIÈME ET DERNIER
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APPEÎND1CE.
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Commencemens et progrès de l’école Flamande et de l’école Française.
Hubert et Jean van Eyck, qui florissaient vers la fin du quatorzième siècle, sont les premiers artistes dont la Flandre ait eu lieu de se glorifier; le dernier surtout, plus connu sous le nom de Jean de Bruges , vit ses peintures à l’huile singulièrement recherchées.
Ces deux frères faisaient mystère de leurs préparations, bien préférables pour l’éclat du coloris et de la durée, à celles qui n’étaient qu’à la colle ou à l’eau d’œuf. On ne sait s’ils avaient
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eu connaissance des écrits du vieux peintre Eraclius , ou de ceux du moine Théophile, lesquels avaient bien antérieurement indiqué de pareils procédés dans deux différens traités qui nous sont parvenus : l’un est intitulé De Co/oribus et Arlibus Romanorum; l’autre, De ornni Scientia Picturœ artis.
Dans le premier de ces traités, Eraclius parle des couleurs broyées à l’huile : De coloribus cuni oleo dislempcralis ; et il ajoute : Nil libi scribo, qui déni , quod non prias ipse probassem.
Les notions que donne Théophile sur cette manière d’employer les couleurs, sont beaucoup plus étendues dans son livre que dans celui d’Eraclius. Il existe à Vérone , selon le rapport du marquis Scipion Maffei , des tableaux du douzième siècle peints à l’huile et assez bien exécutés.
On a trouvé dans le château de Careslain , en Bohême, un coffre d’autel peint en 1297 par Mutina , sur fond doré, il se voit actuellement dans la galerie de Vienne, où l’on montre de même des peintures de Nicolas Wurmser, de Strasbourg, lesquelles datent de 1387; d’autres aussi de Théodoric de Prague, du quatorzième siècle. Ces ouvrages, de la main des moines,
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exécutés à l’huile, sont d’autant plus curieux qu’ils sont très rares.
Quant à Jean de Bruges, souvent occupé d’opérations chimiques, il est probable qu’en composant difFérens vernis, son invention particulière fut le résultat fortuit de ses expériences*.
Cet ancien peintre choisissait préférablement ses sujets de composition dans l’Écriture sainte. Il faisait aussi des portraits, des paysages, et copiait avec une extrême fidélité tous les
* Antonello de Messine se rendit en Flandre près de Jean van Eyck; et, par ses caresses et ses instances, il obtint de lui la connaissance de sa méthode.
De retour en Italie , Antonello fit part de la découverte à Dominique, son élève. Celui-ci communiqua ce secret à l’exécrable Orcagna, qui, voulant seul en jouir, poignarda son ami sur la brune et sans avoir été reconnu. Pressé par ses remords, le monstre confessa son crime au moment de rendre le dernier soupir.
On a raconté que Jean Bellin, de Venise, premier maître du célèbre Titien, s’était présenté dans l’atelier d’Antoine de Messine sous le costume d’un seigneur opulent qui venait commander son portrait ; en voyant travailler le peintre, il découvrit aisément le procédé mystérieux, qui fut bientôt connu dans toute l’Italie.
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détails de ses modèles, figures, fleurs, fruits,
animaux, etc.
Sa manière est gothique , son pinceau sec et peiné. Ses tableaux, finis avec beaucoup de patience et de soin, captivent l’attention des savans amateurs. Celui qu’il entreprit pour Philippe le Bon, duc de Bourgogne, est son chef-d’œuvre. 11 représente les Pères de l’Église, les saintes Vierges et les Martyrs, en adoration devant l’Agneau de l’Apocalypse. L’étonnante variété des tètes, toutes d’un dessin correct et d’une vérité d’expression remarquable, rendent cette peinture un des plus curieux monumens de l’art au moyen âge.
Quintin Messis, dit le Maréchal d’Anvers, car il quitta son enclume pour apprendre à peindre, à l’àge de vingt ans, Cornille Engelbrechtzein, et Antoine Claessens, ont adopté la manière de Jean de Bruges; mais ils lui ont été bien inférieurs en talent.
On confond assez ordinairement les premiers maîtres de l’école flamande avec ceux de l’école hollandaise et allemande. Lucas de Leyde, Jean de Mabuse, Hemskerc, Luc Cranak, Albert Durer de Nuremberg, et Jean Holbein de Bâle en Suisse, sont les patriarches de cette
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série. Leur style timide et froid tenait de la nature du climat et des mœurs du pays. Quelquesuns de leurs élèves, pour se soustraire à cette influence, eurent l’heureuse idée de visiter les musées de l'Italie. Jean Sclioerel est le premier qui ait fait connaître à ses compatriotes l’avantage d’étudier le beau caractère des figures antiques. Frank Floris, Martin de Vos, Jean Stradan , Antoine Moro , et van Veen , dit Otto Vœnius revinrent dans les contrées du nord , après leur utile pèlerinage au delà des Alpes, avec un goût plus épuré.
La peinture, en Flandre, ne vit commencer ses beaux jours qu’à l’époque où Pierre-Paul Rubens* y déploya les ressources fécondes d’un talent propre à tout embrasser. Il peignit les grands traits de l’histoire sacrée et profane, le portrait, les animaux, le paysage avec une égale supériorité. Le nombre de ses productions est immense, et d’hahiles disciples l’aidaient à terminer les compositions que, souvent, il n’avait
* Né à Cologne en l<>77, et mort à Anvers en
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qu’ébauchées; elles sont, en grande partie, remarquables par l’abondance des pensées et la vigueur du coloris. La Descente de Croix, qui a été rendue à la cathédrale d’Anvers , après avoir quelques années orné le musée Napoléon , est un chef-d’œuvre éblouissant, à l’aspect duquel les voyageurs curieux restent muets d’admiration et de surprise.
Van Dyck et Jacques Jordaens sont les élèves les plus renommés de ce maître ; le premier surtout excellait dans le genre particulier du portrait. Tous les deux ont aussi traité celui de l’histoire avec des succès bien mérités... Gaspard Crayer, Théodore Romboust, Jacques van Oost, Pierre Snayers, Abraham Jansens, etc., ont dans la même carrière, illustré la Flandre par leurs travaux.
L’école hollandaise, proprement dite, n’a fourni qu’un petit nombre d’artistes qui se soient occupés de compositions historiques.
Rembrant semblerait n’avoir choisi parfois de tels sujets, que pour les travestir; mais le prestige de son système de clair-obscur , sa hardiesse de pinceau , la vigueur et la vérité de son coloris , font oublier au spectateur séduit la bizarre originalité des conceptions du peintre. L’illu-
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sion est telle, que les objets imités dans ses tableaux , semblent saillir en dehors du cadre.
François Hais, Jean Liévens, van Kalker, ont excellé dans les portraits de grandeur naturelle, quelquefois même à l’égal deRembrant; mais Bartholorné vander Helst les a surpassés tous par un mode d’imitation, où les efforts de l’art, toujours dissimulés , n’y laissent voir que la simple nature.
Les pein très hollandais n’on t guère choisi leurs sujets que dans les scènes populaires ou dans l’intérieur des ménages bourgeois. L’allure, l’expression de leurs personnages , soit dans les habitudes paisibles de la vie privée, soit au sein des bruyans estaminets, plaisent également par leur naïveté. Le savant emploi des couleurs , le moelleux et la légéreté du pinceau , la distribution pittoresque de la lumière et des ombres , répandent sur leurs jolis tableaux un charme singulier; les plus menus détails y sont rendus avec un faire si ragoûtant et si soigné, que l’œil ne peut en jouir pleinement sans le secours d’une loupe. Sous ce rapport, les productions de Gérard Dow, d’Ari de Voys, de François Miéris, de Slingelandt, de Paul Poter, de vander Heyden, de Breughel de Velours, de
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vander Werf, etc. , sont des prodiges de patience, d’adresse et de naturel.
Les amateurs éclairés préfèrent cependant à ce fini laborieux , la touche franche et spirituelle des Téniers , des Metzu , des Brauwer , des Berghem, des Karel du Jardin, des Gonzales Coques * et autres peintres des mêmes contrées , dont les ouvrages ne laissent apercevoir, malgré les apparences d’une exécution fort soignée, ni l’hésitation , ni la fatigue de la main-d’œuvre.
Gaspard Netscher , Godefroi Schalchen ** , Adam Elseymer, Gérard Terburg, Jean Miel, Philippe van Dyck,ont quelquefois traité des sujets historiques d’une manière très agréable, mais toujours en petit.
* Gonzal Coques s’est distingué par de petits portraits où l’on admire la fraîcheur du coloris et les agrémens d’un pinceau suave et facile.
** Le sujet de la parabole des vierges folles , traité par Schalchen , est un des morceaux les plus précieux de la galerie de Dresde. Ce peintre aimait les scènes éclairées au soleil ou à la vive lumière des flambeaux.
Dans ses ouvrages , comme dans ceux de P. Hoogge , ces effets recherchés sont portés jusqu’au prestige.
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Pierre de Laar, dit Bamboche , Adrien van Ostade, David Rickaert , Jean Steen, ne puisaient leurs inspirations que daus les tavernes; mais, comme Téniers, ils représentaient les divertissemens , ou les luttes des buveurs, avec une si piquante originalité, que ces images grotesques plaisaient aux amateurs les plus délicats. Nous ne saurions mentionner dans cette notice abrégée la quantité d’artistes hollandais et flamands dont la verve populaire et bachique a communiqué l’attrait de la naïveté à la peinture de ces mœurs grossières.
Les écoles du nord ont fourni d’excellens paysagistes. Philippe Wouvermans ornait de riches monumens d’acliitecture les sites champêtres, les parcs des châteaux où les seigneurs du lieu se donnaient les plaisirs de la chasse. Il y introduisait ainsi des chevaux, qu’il dessinait avec une extrême élégance et sous tous les aspects, soit en repos, soit à la course. 11 ne montrait pas moins de goût dans la disposition et les mouvemens des personnages. Ses effets de lumière étaient piquans , son coloris harmonieux, et sa touche pleine d’esprit et de délicatesse.
Adrien vanden Welde, Paul Poter, Karel
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du Jardin, et Berghem, par l’image des innocens plaisirs de la vie pastorale, du calme des ménages ruraux, ou de la franche gaité des fêtes villageoises, retracent à la pensée de l’admirateur de leurs cliarmans ouvrages les bois où il a pris du repos durant ses promenades hors du tumulte des cités , les vertes prairies , les ruisseaux limpides le long desquels les bergers, au son du flageolet, font paître leurs troupeaux : scènes paisibles , dont la seule image plaît toujours à nos souvenirs
Ruysdaal, Winantz, Hobema, Moucheron, Pinaker , Herman , Glauber , vander Heyden , Jean Both , etc. , etc. , ont peint le paysage proprement dit, avec toute la vérité, tout l’agrément, que ce genre comporte Les marines
de Ludolph Bacchuysen , de Guillaume vanden Velde et de van Everdingen étalent à nos yeux le spectacle imposant des grandes eaux , soit dans le calme, soit que, soulevées par des tempêtes, elles viennent se briser en écume sur leurs
rives, ou se précipitent du haut des monts
La représentation des intérieurs d’église et les détails très multipliés de l’architecture gothique sous les pinceaux d’Henri van Steenwick, de Petersneef et d’Emmanuel de Witte fournissent ,
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en petit, des effets vraiment magiques de perspective.
La volaille de basse-cour paraît vivante dans
les tableaux d’Honder Koeter L’imitation du
gibier et d’autres objets de nature morte ne saurait être traitée d’une manière plus spirituelle et plus vraie, que ne l’ont fait François Snyders, Jean Fyt, les deux van Aelst, et Jean Weenix.
Il nous reste à mentionner les artistes de la Hollande, qui particulièrement ont choisi pour modèles les arbustes et les plantes rares que les riches fleuristes de La Haye, de Rotterdam, de Leyde, de Harlem, etc., cultivent à grands frais
pour l’ornement de leurs parterres Van
Kessel, et Daniel Seghers, élèves de Breughels de Velours , Jean David de Héem , Abraham Mignon , Marie van Osterwick , Guillaume van Aelst , Rachel Ruysch , Jean van Huysum , et de nos jours , Gérard van Spaendonch , sont les peintres de fleurs, fruits, oiseaux, reptiles, insectes, et autres objets pareils, dont Je talent enchanteur parait avoir porté cette branche agréable de l’art à la plus haute perfection.
Tandis que l’école d’Anvers, illustrée par le génie de Rubens , déployait une activité que devaient envier celles de lTtalie, les dispositions
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naturelles des Français pour les arts du dessin , ne pouvaient se manifester et produire qu’après l’assoupissement des factions qui, depuis la régence de Catherine de Médicis, avaient poursuivi le pouvoir légitime et donné naissance aux fureurs de la Ligue.
Dès le quinzième siècle, cependant, François 1 er , le père des lettres, avait appelé de l’étranger des architectes, des sculpteurs et des peintres célèbres, pour exciter, à l’exemple de leurs travaux dans ses états, l’émulation de ses sujets*. Maître Jacques, natif d’Angoulême, avait osé concourir en 1550, avec Michel-Ange, pour l’exécution projetée d’une statue de saint Pierre; et dé fait l'emporta , dit un de nos chroniqueurs, par dessus le sculpteur toscan , de l’aveu même de tous les artistes italiens **.
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* A l'invitation de ce monarque, Léonard de Vinci , le Primatice, André del Sarte, le Rosso, Pâris Bordone, les architectes et graveurs Sébastien Serlio, Benevenuto Cellini , etc. , etc. , se rendirent en France.
** Recherches sur l’Art statuaire, par M. Éméric David.
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Peu de temps après , Bontemps se montra digne de la confiance des successeurs de François I er , par le bon style des sculptures du tombeau de ce prince, d'après le plan qu’en avait tracé le Primatice.
Jean Gougeon fit admirer l’élégance de son ciseau , en décorant de bas-reliefs magnifiques la fontaine des Saints-Innocens à Paris.
Le titre de rénovateur du bon style de l’architecture en France appartient à Philibert Delorme, lequel avait donné des preuves de son savoir, par la construction du château d’Ecouen, lorsqu’il entreprit celle du palais des Tuileries; ce superbe édifice fut achevé sous la direction de Jean Bullant*.
Jean Cousin, qui nous a laissé, sur les pro-
* Germain Pilon , vers ce même temps à peu près, passait à Paris pour le Corrége de la sculpture. Son chef- d’œuvre est le groupe des trois Vertus théologales, en albâtre, lesquelles, portées sur un trépied de forme antique, soutiennent l’urne en bronze où sont renfermés les cœurs d’Henri II et de Catherine de Médicis. Les têtes sont belles , et les draperies d’une grande légèreté.
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portions du corps humain, un écrit estimé, se fit beaucoup d’honneur par la composition d’un tableau du Jugement universel , dessiné dans la manière florentine. Il excellait , ainsi que les frères Pinaigrier, à peindre les vitraux d’église, genre d'ornement qui reprend faveur et dont on croyait les procédés perdus.
Après des débuts si favorables dans les arts du dessin , quels progrès , chez les Français , n’aurait-on pas eu lieu d’attendre, si les guerres religieuses qui commencèrent à la fin du règne de Henri II, n’eussent étouffé les germes de talent prêts à se développer sous notre heureux climat !
Le gouvernement paternel d’Henri de Bourbon, vainqueur de la Ligue, ne fut pas d’assez longue durée pour que cet excellent prince put réparer entièrement les malheurs enfantés par les troubles civils.
L'autorité de Louis XIII, affermie par la politique vigoureuse de Richelieu , prépara la splendeur du siècle de Louis le Grand.
Déjà Franca Villa s’était fait remarquer en qualité de statuaire. Les peintres Martin Freminet , François Périer et Jacques Blanchard avaient traité les sujets historiques avec succès ; mais
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ces maîtres isolés, ayant laissé leurs ateliers dépourvus d’élèves , ne peuvent être comptés au nombre des instituteurs de l’école française. L’Italie réclame la gloire d’avoir formé l’éducation artistique de notre immortel Poussin. Claude Lorrain , le prince des paysagiste , est revendiqué de même par l’école romaine; Augustin Tassi, dont-il broyait les couleurs, lui avait mis la palette en main *.
Simon Vouet n’a dû le titre honorable qui fait remonter jusqu’à lui la libation non interrompue des grands peintres français, qu’à la célébrité de quelques-uns de ses élèves. Charles Le Brun est celui d’entre eux qui eut le plus de part aux faveurs de Louis XIV Le génie éle-
vé, l’imagination abondante et poétique de ce maître, répondaient parfaitement aux penchans fastueux du monarque. Par sa magnificence et
* Claude Gelée, né en Lorraine de parens pauvres, sortit de la boutique d’un pâtissier, où il avait été mis en apprentissage, pour aller promener sa misère en Italie. Ce fut là, dans l’atelier d'un peintre dont il nettoyait les outils, qu’il connut sa véritable vocation.
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l’imposant appareil dont il aimait à s’entourer, Louis le Grand influa puissamment sur le goût de son siècle *.
Nous rappellerons, à ce sujet, que Cassiodore, ministre de Théodoric roi des Goths en Italie, avait fait cette observation : Qu’on verrait plutôt la ruilure égarée dans sa marche, qu’une nation à laquelle le souverain n‘ aurait pas communiqué son allure et ses godts **.
Si le modeste et timide Le Sueur eût obtenu la confiance et le crédit que la cour de Versailles accorda de préférence à son ambitieux émule, les arts, sous la direction du Raphaël français, se seraient élevés, peut-être, à ce beau idéal des
* Les tabagies de Téniers, où la rusticité des mœurs flamandes est dépeinte dans ses excès et sa naïveté, choquaient les regards du roi de France : Qu'on ôte, dit-i) un jour à ceux qui l’entouraient, ces magots de mes appartement.
** Facilius errare naturam quant principem for-
mare rempnblicam dissimilem sibi.
L'exemple de l’infortuné Louis XVI semblerait avoir démenti cette maxime; mais les philosophes du dix- huitième siècle ne représentaient pas la nation entière.
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formes du corps humain, à cette majestueuse simplicité d’expression dont les marbres grecs nous offrent d’admirables modèles *.
Le Brun, en sa qualité de premier peintre du roi, d’inspecteur général des monumens publics, tenait le sceptre académique ; les artistes , pour être employés, flattaient son amour-propre en imitant sa manière , sans oser s’écarter des plans par lui tracés. Ils consentaient à n’être, en quelque sorte, que les exécuteurs de ses pensées **.
Le Pugel, au ciseau duquel nous devons la
* Un cardinal romain, parcourant les beautés du palais de Versailles, vit dans une pièce écartée Eustache Le Sueur occupé d'une composition à laquelle le peintre en sous-ordre donnait la dernière touche : C’est à celui-ci , dit le cardinal étonné, </ne le prince aurait du confier la surintendance des embellissemens de ce palais.
** Le llrun peignit, pour la décoration du Louvre, les batailles d’Alexandre. Par ces tableaux, qui sont de la plus riche ordonnance, il voulut faire allusion aux victoires de Louis le Grand ; mais vu l'importance de l'entreprise , il s’aida du travail de ses nombreux élèves. La tente de Darius est tout entière de sa main.
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fameuse statue de Milou de Crotone, quitta le séjour de Paris pour s'affranchir d’une dépendance à laquelle la fierté de son naturel ne pouvait se plier.
Le Gros, non moins jaloux de sa liberté, s’exila de même du pays natal et reprit le chemin de Home. Il y avait passé sa jeunesse et perfectionné ses études par la protection de Louvois. La France, en perdant ce sculpteur habile, se vit frustrée de ses productions les plus remarquables, et doit les envier à l’Italie.
Girardon, les frères Marsy, Coisevox et Nicolas Coustou , plus dociles aux exigences du directeur suprême des travaux ordonnés par la cour, eurent une grande part à l’exécution des inonuinens dont est enrichi le parc de Versailles.
Pierre Mignard, dit le Romain, succédant aux dignités de Le Brun, usa du même empire à l’académie. Ses tableaux, loués avec excès de son vivant , furent après sa mort critiqués sans modération. Si Jouvenet, dont la Descente de croix peut soutenir la comparaison avec tout autre chef-d’œuvre semblable; si même Charles de La Fosse et Sébastien Bourdon ont montré plus d’invention et de verve que Mignard : celui-ci n en conserve pas moins , dans l’opinion des
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connaisseurs, une réputation honorable comme peintre d'histoire.
Au décès de Louis XlV r , l'art affranchi de l’influence de l'étiquette que ce prince maintenait en tout, changea, pour ainsi dire, de costume pour vêtir la livrée d’une cour frivole et licencieuse, où les innovations en matière de goût furent soudain accueillies.
Antoine Covpel s’était fait un talent à la mode, en prêtant aux héros de l’antiquité, dans ses tableaux ingénieux , les allures des élégans familiers du prince régent. Son père * l’avait mené de très bonne heure à Rome , où les conseils du cavalier Bernin rendirent milles les études qu’il était à même d’y faire d’après les marbres antiques et les chefs-d’œuvre du siècle de Léon X. La scène tragique, les féeries de l’opéra, fournirent depuis, à son imagination , des effets d’optique, des groupes maniérés qui parureut très pittoresques à ses admirateurs.
* Noël Coypel était supérieur en talent à ses fils, bien qu’ils aient joui d’une faveur plus grande. C'était une famille de beaux-esprits.
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Gâté par leurs éloges, il «rut avoir ouvert à la peinture une source de beautés nouvelles. Les suffrages de la mode et la faveur du régent, auquel il donnait des leçons de dessin , introduisirent dans l’école française le style théâtral, dont les de Troy, les Restout, les Vanloo , les
Bouclier, ont été les derniers coryphées
Une seule anecdote donnera l’idée du système étrange que ces maîtres du dernier âge avaient adopté ; la voici :
L’estimable Vieil, éclairé par les avis du comte de Caylus amateur desarts et savant antiquaire, ne se dissimulait point les erreurs de la secte qui de son temps était en crédit; il tâchait de prémunir ses élèvescontre les faux préjugés de ses collègues de l’Académie royale. Ses préceptes avaient toujours pour but de ramener dans son école l’étude de Y antique, et surtout la fidèle et constante imitation de la belle nature
Etant à Rome, un bon ermite, qui lui servait ordinairement de modèle, et qui, dans les intervalles de la séance, se délassait en donnant quelques coups d’archet sur un mauvais violon,
s’endormit doucement La naïve attitude du
personnage, son sommeil paisible, l’instrument échappé de ses mains près de lui , donnèrent
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au peintre la fantaisie d’esquisser fortuitement
un sujet si touchant et si simple H place
une toile sur le chevalet, pose le lendemain son vieillard de la même manière; en huit jours le tableau se trouva terminé Sur ces entre-
faites, Dumont le Romain, un de ses devanciers, membre de l’Académie royale, vit avec étonnement cette peinture improvisée Comment
donc avez vous fait cela? dit-il à Vien. — Tout bonnement au premier coup et d’après nature.
— Hé quoi, reprit Dumont, iriez-vous timidement rentrer dans cette étroite voie ? La nature sans doute doit fournir à l'artiste les indications premières ; mais, après en avoir consulte les formes , le génie fait le reste , et se dégage des entraves qui comprimeraient son essor *.
Ces préjugés, dont l’école française était encore imbue vers la fin du dix-huitième siècle, David les partageait. Cet élève de Vien, devenu depuis si fameux, s’extasiait, avant d’avoir vu l’Italie, devant les croquis de Boucher. Son mai-
* Vien prenait plaisir, dans sa vieillesse, à répéter ce singulier entretien.
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Ire sachant qu’aucun raisonnement à cet égard ne pouvait détruire ses illusions, secontentait de lui prédire que les fresques de la chapelle Sixtine , les loges du Vatican , et les marbres antiques lui causeraient, à Rome, de bien plus vives émotions.
David partit pour compléter ses études en Italie. Il traverse les Alpes , et, tout palpitant , il aborde la ville des Césars L’aspect impo-
sant des ruines du Colisée, le bel arc de Tite, le Panthéon d’Agrippa transformé en église, la colonne Trajane, opèrent dans ses idées une révolution dont il ne peut soudain se rendre compte; mais après avoir parcouru les monumens à demi conservés de l'orgueil des maîtres du monde , les merveilles que renferment les temples, les musées, les palais construits par les pontifes, les objets jusqu’alors soumis à ses imitations, semblent prendre à ses yeux une forme plus fière; il sent que pour les reproduire sur la toile tels que son génie les conçoit, sa méthode ordinaire a besoin de réforme. Il y travaille avec courage, et bientôt l’image de Bélisaire entouré de sa famille en pleurs annonça tout ce que son pinceau promettait de plus parfait encore On n’a point oublié la
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sensation profonde que produisit à l’exposition publique du Louvre, le tableau du Serment tles Horaccs, qu’il envoya de Rome à Paris, pour s’y ménager au retour un accueil favorable.
L’apparition de ce chef-d’œuvre porta le dernier coup au système neademique , dont les derniers successeurs de Lemoine se flattaient vainement d’étayer le crédit.
La complète régénération des arts du dessin chez les Français date de l’époque où les symptômes avant-coureurs d’une révolution dans le gouvernement monarchique commencèrent
à se déclarer David, jeune alors, et dont
l’histoire des républiques anciennes avait échauffé la verve , prêta soudain l’oreille aux ennemis de la royauté. Quelques préférences accordées à ses émules avaient irrité sa bile; peut-être espérait-il que sous un régime à peu près semblable à celui des tumultueuses cités de la Grèce , les hommes de sa trempe pourraient avoir part à l’administration des intérêts publics; son républicanisme n’était, au fond,
qu’un vertige de son orgueil dépité Si, plus
tard, le prestige de la pompe impériale dont s’environna Bonaparte , et les faveurs qu’il obtint à sa cour, firent fléchir l’austérité de ses
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principes, il dut appréhender, quand le colosse chancela, de subir les rigueurs de l'exil, dans lequel en effet il a terminé depuis peu sa carrière orageuse.
Nous avons eu, récemment encore, à déplorer la fin prématurée de deux artistes également célèbres : Lemol , et Girodel - Triozon. Le premier venait d’orner la ville de Lyon , sa patrie , d’une magnifique statue équestre de Louis le Grand.
Le Sommeil d’Endymion , le beau corps d’Atala privé de vie, Hippocrate refusant les présens des Perses, rendront la mémoire de l’autre immortelle. Peu de peintres, comme Girodel , pourraient dire à leurs derniers moraens : Après moi le déluge *.... Jeu de mot ingénieux de l’un de ses élèves.
Au moment où cet ouvrage est sous presse, nos regrets viennent de s’aggraver par la mort du baron Guérin , élève de Renaud , l’un
* Allusion au chef-d’œuvre de Girodet représentant un épisode du Déluge universel.
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des peintres d’histoire les plus distingués de la génération qui s’éteint.
Après avoir remporté le grand prix en 1 797 , il débuta dans la carrière par le Marcus Sextus. L’aspect du proscrit de l’ancienne Rome produisit à cette époque une impression d’autant plus vive, que des souvenirs récens reportaient toutes les pensées vers des infortunes de même genre.
Ce chef-d’œuvre fut suivi de plusieurs autres : Phèdre , Arulromaque , Clytemnestre , Enée , feront toujours la gloire de notre école.
La fin prématurée de cet artiste célèbre ne lui a pas permis d’achever une grande composition représentant Priant égorgé par Pyrrhus dans son palais en flammes, sous les yeux d’Héeuhe et de Cassandre sa fille; Hélène s’enfuit, épouvantée.
Guérin s'était rendu à Rome, dans l’espoir de ranimer ses forces défaillantes; il y a fini ses jours en chrétien résigné.
Les travaux de ces hommes de génie, et de quelques-uns de leurs émules encore existans, ont dignement soutenu jusqu’à présent la suprématie de l’école française en Europe ; il
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reste à souhaiter que la génération dépositaire de leurs savantes doctrines , ne se laisse pas éblouir par de présomptueuses innovations.
PIN DU TOME SECOND ET DEllNIKIt.