LIVRE PREMIER
On avait déjà tenté d’embellir les simulacres des divinités , en les recouvrant de vêtemens d’étofFe. Ces draperies , découpées en style d’ornement, étaient imbibées d’un lavage gommeux pour que les plis conservassent, en sécliant, leur agencement symétrique. Les petites figures, dites éginelles, qui se voient en grand nombre dans nos musées, peuvent donner une idée de ce goût particulier d’ajustement; il tient de l’égyptien , de l’ancien altique et de l’étrusque. Une tunique, ainsi disposée, servait de parure au monstrueux Apollon d’Amyclès. Ce colosse pouvait avoir quarante-cinq pieds de hauteur. Ce n’était cpi’un pilier d’airain surmonté d’une tète casquée et auquel on avait ajusté des pieds et des mains *. Les femmes de Sparte filaient sa tunique, et la renouvelaient tous les ans.
On fit ensuite des statues de bois peint ou doré nommées glj-phoginphiqucs ; d’autres avec des tètes et des mains de marbre blanc, cellesci s’appelaient acroljlhes. De telles bigarrures étaient vicieuses, mais elles dénotaient la tendance de l’art à l’imitation du naturel.
“ 11 tenait un arc et des llèches.
' Les peintres aussi , plus exercés dans la pratique, Utclièrent de donner un air de vie à leurs personnages. Eumarus d’Atliènes ne se contenta pas d’en caractériser l’âge et le sexe, il sut encore les grouper de manière à ce qu’ils parussent agir et s’entendre. Cimon, son élève, montra de l’intelligence dans la partie du dessin , et fit pressentir la forme des membres sous l’ampleur des habillemens. — [ a», j. c. 7*o. ] Bularque, enfin, prépara la découverte du clairobscur par l’emploi des couleurs variées et des tons dégradés. Son tableau de la bataille des Magnésiens eut une approbation si générale que Candaule , roi de Lydie , et le dernier de la race des Héraclides ne crut pas le payer trop chèrement en l’acbetant au poids de l’or. Il ne faudrait pas en conclure que cette production fut un cbef-d 'œuvre; mais la nouveauté de l’entreprise et le fracas de l’ordonnance mirent alors un tel ouvrage en dehors tle toute comparaison.
Ces heureux commencemens étaient dus aux fécondes inspirations de la muse d’Homère ; elle alimentait les talens qu’elle avait fait éclore, et fournit dans la suite à l’immortel auteur du Jupiter -Olympien et de la Minerve- Parthénie l’idée de ce haut style qu’offrent encore à
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notre admiration quelques marbres antiques.
C’est pourquoi les arts reconnaissans ont représenté le créateur de l’épopée sous la figure emblématique d’un fleu've majestueux , dans les ondes duquel d’autres fleuves viennent remplir leurs urnes.
Durant les révolutions qui précipitèrent du trône les descendans des héros dont Homère avait célébré les exploits, et firent des petites monarchies de la Grèce autant de républiques, l’art fit peu de progrès ; car nul système raisonné ne réglait l’enseignement du dessin dans des laboratoires isolés, où les études n’avaient jKHir but que le matériel de la main-d’œuvre *. On s’occupait surtout des moyens d’incruster avec délicatesse, dans les parties d’ornement, des matières précieuses. L’adresse et la légèreté d’outil faisaient le principal mérite de ces ouvrages. L’artiste mécanicien les façonnait au
* En peinture comme en sculpture, le mot école ne s’entend que d'une succession d’élèves propagateurs des principes d'un savant maître. Pamphile, par exemple, fut un des fondateurs de l’école de Sicyone.
marteau, au ciselet, polissait les métaux; les découpait en pièces de rapport , qu’il assemblait et soudait de manière à en faire contraster pittoresquement les diverses nuances. Son talent, en un mot, consistait dans la dextérité des assemblages par lesquels il produisait, en, marquelterie , des effets approchant de ceux de la peinture. Tel était le genre d’industrie que les anciens appelaient loreutùjue. L’étymologie de ce terme technique a souvent exercé la sagacités des archéologues *.
Pour faire mieux comprendre ce que les successeurs des Dédale et des Smilis avaient su fabriquer par ces procédés ingénieux, nous ci-
* La tnreutiqiw embra.s.sait toutes les parties de l’iluitation. Cet art fut très perfectionné par Phidias et par Polyclète ; il s'appliquait spécialement au travail des métaux , sans cependant exclure l’emploi d’autres matières de prix.
Il faudrait, dans nos langues modernes, plusieurs expressions relatives aux divers travaux artistiques, pour correspondre à la signification du mot toreutice. Ccelatura , en latin , n’exprime pas précisément la chose, bien que Quintilien l'explique ainsi : Ccelatura qnœ aura, argenlo , œre , ferra, opéra ejficit.
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terons le fameux coffre de Cypsélus (12) , dont Pausanias a fait une description complète. Il était orné de travaux en guillochis, ou ciselures d’un goût gréco - ^^rpticn. L’or, l’argent, le bronze s’y mariaient à l’ivoire, à l’ébène, à la nacre, sur un fond de bois de cèdre à compartimens. Cette riche mosaïque offrait, dans ses détails, la représentation d’une infinité de traits historiques, d’après les récits des poètes.
Un combat où des guerriers semblaient aux prises , occupait l’espace entier du couvercle.
Sur les différentes faces de la caisse, on remarquait entre autres objets tout variés , la fuite accélérée de Pelops et d’Hippodamie sur un char attelé des chevaux ailés dont Neptune leur avait fait présent; Amphiaraüs se disposant à partir, malgré lui, pour le siège de Tlièbes; Étbéocle et Polynice, égorgés l’un par l’autre, et, près de leurs cadavres, le hideux fantôme du Ker avec ses dents aiguës et ses ongles crochus * ; la lutte acharnée d’Hector et d’AJax en présence de la discorde, etc., etc.
Les poètes anciens personnifièrent sous le nom
On y voyait aussi des scènes gracieuses ; .Mars et Vénus en téle-à-téle; ,\polion et les Muses;
le beau berger Paris, juge de trois déesses
Plusieurs sujets emblématiques, tels que le Sommeil et la Mort dans les bras de la Nuit ; la Fraude châtiée par la Justice; le masque de la Terreur figuré sur le bouclier d’Agamemnon , le tout entre-mélé de légendes extraites des chants d’Eumélus de Corinthe, poète lyrique presque aussi ancien qu’Homère.
On ignore le nom du fabricateur de ce meuble précieux. Les artistes toreuticiens, qui fleurirent avant le rétablissement des jeux olympiques par Ipbitus , roi d’Élide , c’est-à-dire quatre cent quarante-trois ans après leur première institution , sont presque tous inconnus; mais, depuis cette époque, les ténèbres répandues sur le champ des arts sont devenues moins épaisses.
Pausanias prétend que Rhœcus de Samos est le premier statuaire grec qui ait coulé des figures en bronze. Cette assertion ne parait pas fondée
de kers les causes d'une mort violente. Ces spectres suçaient avidement le sang des victimes gisantes.