LIVRE PREMIER
ques rivaux de gloire , et ligués contre les descendans de Laomédon , stimulèrent la verve de ce peintre éloquent. La langue abondante et sonore dans laquelle il s’exprimait, formée sur le langage d’action de quelques peuplades réunies dans des contrées pleines de sites pittoresques , se composait de plusieurs dialectes * qui , sous la plume du poète, lui servirent de teintes à l’aide desquelles il sut colorier ses imitations avec autant d’éclat que de vérité.
Nul chef-d’œuvre, en aucun genre, n’avait précédé les poèmes d’Homère. U semblait que les talens dont le germe reste engourdi dans les siècles d’obscurité , attendissent , pour se développer, l’influence de cet astre propice. On ne voyait, comme nous l’avons dit, dans les ateliers du statuaire que des effigies grossières, où les formes du corps humain étaient à peine indiquées. La statue de Junon, de la main de Smilis d’^^ine, un des contemporains de Dé-
’ On en comptait quatre principaux : Vattique , \' ionique, le dorique, et \'éoHque, le.squels se subdivisaient encore.
dale, parut belle, sans doute, en comparaison du soliveau qu’elle avait remplacé dans le temple de Samos *. Les jieinires se bornaient à l’emploi d’une seule nuance; et le spectateur, admirant ces froides images, ne soupçonnait pas d’autre moyen d’illusion Mais quand Ly-
curgue eut apporté des îles voisines de l’Asie, à Lacédémone, des copies de l’Iliade et de l’Odyssée; lorsque des clianteurs ambulans débitèrent dans les cités et les carrefours de la Grèce ces brillans récits qu’animait encore un accent prosodique dont l’iiannonie est perdue pour nous ; l’œil crut apercevoir ce qui plaisait tant à l’oreille; le sol qu’avaient foulé les demidieux sembla porter l’empreinte de leurs pas, et le sommet de l’Olympe se dévoiler aux regards des mortels. Dans la fermentation d’un enthousiasme subit, les arts, jusqu’alors sans force et sans couleur, ne tardèrent pas à se dégager des liens de l’enfance.
* Epéus, Alexanur, fils de Marliaon, Junialiiis, étaient aussi du nombre des sculpteurs que les vainqueurs des Troyens employèrent .à la fabrication de quelques monumens commémoratifs de leurs exploits dans l'Asie-Mineure.