‹ Etudes sur l'histoire des arts, ou Tableau des progres et de la decadence de la statuaire et de la peinture antiques au seinChapitre 19 sur 66 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

taient choisie, une école de dessin, laquelle devint bientôt la pépinière des grands maîtres. Tectéus et Angélion , Léarque de Rliégium , Émilus d’Égine, Doriclydas, Médon, Tliéoclès, et Dontas de Laconie , élèves de celte école naissante , en signalèrent les premiers succès , et le flambeau de la philosophie vint encore y porter de vives lumières.

[ Av. J. c. Goo. ] — La Grèce comptait alors avec orgueil un petit nombre de sages (13) qui , correspondant entre eux, augmentaient à l’envi le trésor des sciences dont ils étaient les principaux dépositaires , pour en disposer de manière à rendre ces richesses utiles aux mœurs et au bien-être de la société ; ils se rassemblaient à certaines époques , et dans ces comités , leurs entretiens se dirigeaient toujours vers des objets

d’utilité publique S’asseyaient-ils à la table

des rois, toute distinction de fortune et de rang en était bannie. La philosophie y prenait cet air d’aisance et d’abandon qui donne de l’agrément au savoir , et rend la vertu plus aimable. Il ne reste de ces moralistes célèbres aucun écrit important; leur sagesse ne s’est exprimée que par des sentences concises et à la portée de tout le monde ; ce sont les étincelles d’un feu vif mais

HISTOIRE HES ARTS.

couvert , dont la chaleur est aussi douce que bienfaisante.

Sans déroger à la gravité de leur caractère , ces sages entretenaient un commerce familier avec les muses , et ménageaient ainsi la prochaine alliance de la philosophie et des beauxarts.

La poésie, dans le genre lyrique, s’élevant à la hauteur où le chantre d’Achille avait porté l’épopée, communiquait à tous les talens son enthousiasme. Elle traçait avec un crayon de feu les mâles proportions des braves du premier âge , rivaux farouches , mais amis généreux ; bienfaisans par instinct , implacables dans la vengeance; passant des excès aux remords, et qui , par leurs vertus et leur brutalité , se montraient, tour à tour, l’honneur et les fléaux de leurs semblables.

I.A-S fiers accens de la muse de Tyrthée, de Stésichore et d’Alcée * , les intéressantes leçons

* Cicéron el Quintilien comparent la verve d’Alcée et de Sté.sichore à celle d'Homère.

Quelle influence n’eurent pas les chants belliqueux de Tyrtée, au siège de Messène, sur le courage abattu des Lacédémoniens!

LIVHE PREMIER.

des sages, et, d’autre part, le spectacle journalier des exercices gymniques, pour lesquels les Grecs étaient si passionnés, invitaient le génie des arts à surmonter un reste de timidité ; mais l’inexpérience du statuaire, contre laquelle son émulation avait sans cesse à lutter , refroidissait le ciseau dans ses mains ; les yeux fixés sur la nature , il en copiait les menus détails avec une patience tellement scrupuleuse, que cette imitation , toute lionne qu’elle fût en soi , s’épuisait en travaux superflus.

[ Aï. J. c. sso. ] — Ce fut ainsi que Batyclès de Magnésie mit en œuvre toutes les ressources de la loreutique pour la décoration du trône immense de l’Apollon d’.Amyclæ. Ce siège était soutenu par des figures de ronde-bosse representant les Saisons et les Grâces. Crésus , roi de Lydie , fournit aux Lacédémoniens , dont il désirait l’alliance, l’or qu’ils employèrent aux divers ornemens d’un trône si pompeux. Le dossier, les traverses , étaient surchargés d’incrustations où les principales traditions mythologiques se trouvaient figurées.

Nous devons observer , à ce sujet , que les artistes grecs substituèrent avec goût et discernement , dans leurs monumens religieux ,

des sculptures allégoriques aux légendes mystérieuses qu’ils avaient remarquées sur les piédestaux des idoles égyptiennes.

Vers ce même temps , Pérille d’Agrigente se faisait une exécrable renommée , comme auteur du taureau d’airain dans lequel Plialaris enfermait ses victimes. Cette machine infernale était d’un assez beau travail ; dans la suite elle fit partie du butin, dont Himilcon enrichit Cai^ tbagc. On éprouve de la répugnance à mentionner de pareilles inventions ; mais nous pouvons ajouter que Pérille et Plialaris lui-même subirent le supplice affreux qu’ils avaient imaginé ( 16 ).

Bupalus et .\tbénis de Cbio doivent être ^ classés dans la série des artistes les plus distingués de cet âge. On lisait sur le socle de l’une des statues qu’ils firent à Délos : Chio n'est pas moins célèbre par les talens des fils d Antherme que par ses exccllens vignobles. — [Av. j. c. 340.] — Une figure de Diane, dont la double expression paraissait merveilleuse , étendit au loin leur réputation : elle montrait un visage affligé aux étrangers qui demandaient à visiter le temple, et semblait leur sourire, au contraire, dès l’instant qu’ils s’en retournaient Il est à présu-

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