LIVRE TROISIÈME
succinctement , nous allons rendre compte, suspendit pour un temps ces hostilités intestines, et permit qu’une lumière vive et pure brillât de nouveau sur le champ des beaux-arts.
L’amiral Conon, surpris et mis en une déroute complète sur les rives de l’Hellespont, attendait depuis longues années, chez Évagore, roi de Cypre *, l’occasion de réparer sa honte et de rejiaraitre avec honneur parmi les siens. Ayant appris, dans sa retraite, que la suprématie hautaine de Lacédémone indisposait ses alliés; que, d’autre part, les exploits d’Agésilas, en Asie, donnaient de l’inquiétude au monarque persan , le général athénien crut pouvoir offrir au grand roi ses services; il lui fit entendi-e que, pour écarter Agésilas des frontières de son empire, il ne lui fallait que seconder la récente coalition deThèbes, de Corinthe et d’Argos contre la république de Sparte. Cet avis fut soudain adopté.
Conon , chargé du commandement d’une flotte
* Ce prince rendit fréqueninieiit des sei’vice.s aux Athéniens, qui l'en réconijx'iisèrent en lui érigeant des statues.
équipée en Phénicie, cingla, conjointement avec le satrape Pharnabase , vers les galères lacédémoniennes , les atteignit près de Cydnos, — [ A». J. c. 39*.] — et par une victoire signalée, reconquit, pour ses compatriotes*, l’empire de la mer, que seize ans auparavant lui-même avait eu le malheur de leur faire perdre. De là , poursuivant ses conquêtes et ravageant les côtes de la Laconie , il revint aborder au Pyrée , avec l’immense butin fruit de cette hardie entreprise. Ces richesses furent consacrées à la reconstruction des remparts d’Athènes, et la République, en moins d’un an, recouvra son ancienne splendeur et sa prospérité.
Les Lacédémoniens(3) en conçurent un vif dépit; mais, las de s’épuiser pour n’obtenir que des succès peu durables, ils chaînèrent Àntalcidas, un de leurs généraux**, de négocier avec le roi de Perse un traité de paciHcation générale, en
* Les navires de Sparte ou furent submergés , ou tombèrent au pouvoir de Conon.
** Cet Antalcide était l’ennemi personnel d'Agésilas, qui venait de combattre avec succès pour assurer l'indépendance des Grecs de l’Ionie.