HtSTOIRE DES ARTS
les plus habiles , par l’ébauche avancée du fameux colosse que les hubitans de Rhodes consacrcrenlà l’astre du jour, leur divinité tutélaire. Ce statuaire fondeur eut, en mourant, le regret «le laisser à d’autres le soin de terminer son étonnante entreprise. , — [ a», j . c. <1 c 230 à ans. ] — La gloire n’en resta pas moins attachée à son nom (8) , bien que Lâches eût mis la dernière main au monument et l’eût fixé sur ses bases *.
t>n distinguait encore, vers la fin du même siècle, Héraclide de Macédoine, Timoclès, Antigone, Arcliésitas , et peu de temps après, comme le conjecturent <jueh|ues savans antiquaires, ce Cleomène, nlltc'nien,fils d’ ApoUodorp, dont le ciseau nous a laissé, dans l’admirable
* Les Rluidicns avaient un goût particulier pour ces simulacres gigantesques. On en comptait, dit-on , près de cent dans leur seule ville.
Les anciens despotes, par orgueil, se faisaient représenter sous cet aspect efî rayant. Le vulgaire, en les niCMirant do l'œil, se trouvait comme anéanti dotant leurs pro|u)rtions imniense.s. Les premiers 'colosses furent ial>riqiiés en Egypte. On en vit un grand nombre à Rome. Méron voulut que le sien surpassât tous les autres en hauteur.
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Vt'mis dite dv Mc’dicis, une si belle iiiiil.'tlion du clief-d'œiivre de Praxitèle.
C’est probablement au j;énic du même Cléomène, cpi’il faut attribuer le groupe si vanté lies Muses Tcspiadvs ipii, dans Page suivant, lireiit partie du riche butin <pie le consul
Memmius emporta de Corinthe L’une <le ces
statues parut telle aux yeux d’un jenme chevalier romain , (pi’elle [lorta, dit-on , le trouble le plus étrange dans le tem|K'ramcnt de fou de cet enthousiaste *.
I.a peinture, non moins sagement inspirée que la statuaire, i-estait fidèle aux principes <|ue la célèbre école d’F.upompc et tic Pamphile avait dès long-temps cons.icrés.... I.a vigueur, et surtout la célérité tl’exécution , qualités tlistinctives du beau talent de ÎSieoma<|ue, excitèrent Pbiloxène à se faire une manièix; plus expéditive encore. Ix; jiinceau, tians les mains de celui-ci, semblait être une baguette magiijuc.
* Quarum una/ii udamnrit eques romnnus, Junius
Pisciculus, ut tradit yarm
(Plis., lib. xxxv, cap. v.)
Pline mentionne avec éloge le tableau d’un Combat d’Alexandre contre les Perses, qu’il avait , pour ainsi dire, presque aussitôt achevé que conçu.
Mécophane inventait de même avec une
merveilleuse facilité Son coloris manquait
de suavité ; mais cette légère imperfection se trouvait amplement compensée par l’esprit et l’agréable variété de ses compositions.
Aristolaüs , fils de Pausias , condisciple de Pliiloxène et de Mécophane , avait un goût plus sévère. Il n’aimait à traiter que des sujets dans lesquels il pût faire briller quelques héros de sa nation. Le portrait de Périclès, historiquement agencé, passait pour son chef-d’œuvre.
Une conception burlesque a fait placer le nom de Ctésiloque sur la ligne des peintres que nous venons de citer honorablement. Celui-ci crut avoir représenté la naissance merveilleuse de Bacchus de manière à réveiller la curiosité publique; mais, quel qu’ait été le mérite pittoresque de sa composition, les gens de goût, probablement, ne joignirent pas leur approbation à celle du vulgaire.... Dans ce sujet bizarre, Jupiter coiffé en femme, et surpris par les douleurs subites de l’enfantement, se tordait
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les membres ; sa bouche grandement ouverte semblait pousser des cris aigus; tandis que les déesses, près de lui, s’empressaient de remplir les fonctions d’accoucheuses.
Aristophane avait fait applaudir sur la scène comique des parodies aussi scandaleuses; et l’on a lieu de s’étonner que ce cynisme impie ait été toléré dans Alliènos.
Quant aux ai'lisics réfugiés à la cour de Syrie durant l’invasion de la Grèce et le partage des conquêtes d’Alexandre, on a cité, parmi les plus habiles, les trois peintres Théodore, Artimon et Clésides. Ce dernier, admis au palais du prince, mais d’un amour-propre irritable, n’y jouit pas long-temps de la faveur de Stralonice. Pour s’en venger, il en fit le portrait dans un tableau de fantaisie où cette épouse de Séleucus paraissait se livrer aux grossières caresses d’un simple pécheur qui, disait-on , était secrètement l’objet de son caprice.... Forcé de s’évader après un tel outrage, Clésides, passant à Ephèse, y laissa l’image satyrique exposée aux regards des curieux, et s’embarqua sur un vaisseau prêt l'i mcUrc à la voile.
Hermolaüs de Rhodes exécuta la statue de Combabus, jeune Syrien d’une figure séduisante
(!l dont la même reine était éprise. Les malins courtisans s’égayèrent sur le singulier costume de ce joli portrait *.
Les noms des maîtres réfugiés alors dans les différons états de l’Asie, sont peu connus. On sait seulement que leurs travaux furent très libéralement récompensés par les rois de Billiynie et de Pergame (9). L’opulente Sicile devint aussi pour les talons de toute espèce, un favorable asyle, et le séjour de Syracuse, sous les auspices d’Hiéron , leur offrit de brillans avantages
* « Le jeune Combabus, dit Lucien, craignant de céder aux agaceries de Stratonice, et de s’exposer à la vengeance de S«‘leucus, se mutila de manière à meure sa continence à l'abri de toute suspicion. C’était ce qui avait fait imaginer au sculpteur Herniolaüs, de costumer la statue de ce pudique courtisan en vètemens du sexe féminin. »
Quant au tableau peint par Clésides, il fut conservé par ordre de la reine, qui rougi.ssait peu de .scs gidanteries. l'.lle était flattée, sans doute, des attraits dont l’artiste l'avait pourvue.
’* Voyev. les numéros 9 et 10 des Notes supplémenta ires , pages 574 à 586.
Malgré l’hospitalité généreuse que recevaient, près de ces souverains , les déserteurs des ateliers de Sicyoneet d’Athènes (10), ils n’en sentaient pas moins leur dépendance et la dure nécessité de plier sans cesse leur génie aux goûts capricieux des protecteurs qu’ils avaient choisis; mais ce temps d’épi'euve devait enfin avoir un terme. Des symptômes d’émancipation s’étant manifestés au fond d’une province assez obscure du Péloponèse, ce premier cri de liberté fut le signal du retour prochain des Grecs émigrés, au sein delà mère patrie. Reprenons un instant les choses de plus haut.
[ at. j. c. â*o. ] — Quatre cités de l’Achaïe , Fatras, Phare, Dyna, et Tritée, qui, très anciennement avaient fait partie d’une association plus nombreuse*, s’étant de nouveau concertées contre l’inquiétante ambition des rois de Macédoine, engagèrent d’autres cités à faire cause
* L’association , dès l’origine, comprenait douze villes ou bourgades. La nécessité de s’opposer au brigandage des Ëtoliens, et non toute autre vue politique, avait donné naissance à ce pacte.
HISTOinE DES arts.
commune avec elfes. Celle ligue, sans d’abord donner ombrage aux états voisins, eonmit sa force quand Aralus de Sicyonc eut habilement négocié l’alliancedeces étals avec les Aebéens.... La garnison macédonienne chassée de la citadelle de Corinthe * — [A», j.c. 2V4. ] , — Trésène, Épidaiire, Mégalopolis, <pie l’active politique d’Aratus avait gagnées à son parti , firent concevoir à ce jeune Imtos l’idée de renouveler la primitive confédération des républiques de la Grèce. S’il ne réussit pas complètement dans ce beau projet, ce fut par la défection de quelques alliés, et par les secours dangereux qu’il eut l’imprudence de solliciter au dehors, et (|ui fournirent aux Romains l’occasion de s’introduire dans des contrées dont il fallait soigneusement les écarter.
Ces révolutions ont en tant d’influence sur les destinées de l’art grec à cet âge, que nous croyons devoir en donner un aperçu.
* Antigone- Dozon s’était emparé de ce poste important, et contenait ainsi tout le Péloponèse; mais Corinthe ayant été délivrée par Aratus, devint alors le Loulevart des républiques confédérées.
La première guerre importanle que la ligue eut à soutenir se déclara contre Cléouièiie , roi de Lacédémone, et contre les Etolicns. Les intrigues et les violences de ceux-ci l’avaient alluméejils la continuèrent avec acliariiemeiU *. Les succès qu’ils obtinrent déterniinèi'cnt Âratus a conseiller aux Acliéeiis de s’étayer de l’appui de Philippe, pupille et successeur d’Antigone-Do- /.on. — [Av. J. c. 2io. ] — Ce roi de Macédoine fit triomplicr ses nouveaux alliés. Les vaincus, alors, appelèrent les Romains pour auxiliaires.
La brutalité des Étoliens n’avait respecté ni les temples ni les statues des dieux à Dioz, à Dodone. Les Aebéens, par représailles, après s’étre emparés de Tberma, détruisirent près de ()eux mille statues.
Bien (pi’Aratus aimât les arts, et se fût acquis, selon Plutarque, beaucoup de cousidération de la part des rois d’I^ypte, en leur faisant don de plusieurs tableaux d’excellent choix, la fer-
* Les naturels de 1 Êtolie conservèrent long-temps les moeurs brutales des Grecs primllifs. Ils ne vivalent que de brigandages, bien que leur territoire fût fertile.
veiir républicaine lui fit proscriie à Sic\t)ne, sa patrie, tous les inonumens qui rappelaient le souvenir des rois qui l’avaient gouvernée. De ce nombre était une peinture remarquable , où Mélantbius, condisciple d’Apellcs, avait fait le portrait d’Aristrale , figuré sur un char de triomphe et précédé de la victoire. Cette dernière image fut seule conservée; mais une tige de palmier remplaça celle du tyran *.
Ces luttes opiniâtres qui, désolant rAchale, causaient la dévastation de tant d’objets précieux, cessèrent enfin , grâce aux exploits et à la sagesse des mesures de Pbilopœmen , digue successeur d’Aratus. — t-'v. J. c. i9i.]
La politique du sénat de Rome abandonna, des lors , le parti des Étoliens , pour s’aider des efforts de la ligue Acliéenne, et dicter des lois au roi de Macédoine; mais les républiques de la Grèce commencèrent à craindre que les Romains, en s’immisçant dans leurs affaires, n’y
* Ce fut aux sollicitations de Néalcès, auteur d'une Vénus justement admirée, qu’Aratus consentit à ce que ce chef-d'œuvre de Mélantbius ne fût pas entièrement anéanti.
LrVRE CtNQUIÈMR. 343
cliercliasscnl bientôt l’occasion de les asservir.
Sans faire trêve à leni-s divisions intestines, les Grecs se livraient à ces apprélicnsions , (|iiand le sénat, usant de la prépondérance (pi 'il s’était acquise dans les débats violens ofi son intervention ne pouvait être refiist'-e, chargea Qiiinliis Flaininiiis, accompagné de dix commissaires, médiateurs odicieux, d’aplanir toute dilliculté par un édit qui mit fin aux inimitiés de ces populations rivales. — [Av. J. c. lau ]
Dans ce but apparent do conciliation , le proconsul se rendit à la solennité des jeux isthmiques, où il fit proclamer avec le plus grand appareil la fameuse déclaration en vertu de la(|uclle chacpie cité grec(pie, di'sormais alTranchie des engageuiens qu’elle aurait contractés, se gouvernerait sans iniluence aucune et par ses lois particulières i^l I).
lui procédé si loyal, si peu prévu, de la part des Ilomains , parut d’abord dilficile à comprendre; car Eréthric, Chalcis, Orée et (iorinthe étaient alors en leur pouvoir... lai foule s’émeut, se presse autour du héraut, mille voix l'interrogent ; et pour la stïcoude fois il réjièto la formule du décret , savoir : « Les garnisons romaines
évacueront les citadelles de la Grèce, et les divers liabitans de cette contrée, dès ce moment, doivent rentrer en pleine jouissance de leurs droits. »
A ces mots, les cris de joie, de toute part, se font entendre. On se précipite en tumulte au devant de Flaminius; on le couvre de fleurs; la soudaine apparition d’une divinité propice n’eût pas excité de plus vifs transports. En vain le signal des jeux est donné, en vain la carrière est ouverte; tous les yeux sont fixés sur la personne du libérateur; les esprits ne sont préoccupés ipie des résultats présumés d’une proclamation dont la multitude en délire était loin de suspecter l’iusidicuse politique.
[.\Y. J. c. de 196 à lîo.] — Ce déuoùment inattendu donna toutefois une vie nouvelle à la nation entière, et le génie des arts ressentit, comme en ses beaux jours, l’aiguillon de la gloire. Bientôt enfin, une nombreuse génération d’élèves, sous des maîtres pleins d’entbousiasnie, rendit, pour quelque temps encore, aux ateliers qui s’étaient dépeuplés, leur activité primitive.
Dans ce concours de lalens rajeunis, Eupbrauor de l’islbme de Corintbe se présente en première ligue. Il excellait également dans la sta-
Dtgilizecl b, “rûiogle
tuaire et la peinture. Quintilien le compare, vu le beau style de ses ouvrages , à Cicéron , orateur toujours éloquent , quel que soit le sujet cle son discours. Pline, à son tour, admire les nobles expressions par lesquelles ce savant artiste caractérisait ses personnages héroïques, et laisse entendre, néanmoins, que les têtes de ses figures paraissaient trop fortes, et les corps trop effilés *. On a lieu de s’étonner de ce reproche; car Euphranor ne pouvait ignorer les règles de la simé- Irie, puisqu’il avait composé deux traités dont les anciens faisaient grand cas : l’un, relatif aux proportions harmonieuses du corps humain ; l’autre, sur l’artifice du coloris.
En cetle dernière partie, l’intelligence de ce peintre était universellement reconnue. II s’en vanlait lui-même; car ayant figuré, sous un des portiques d’Athènes, la démocratie personnifiée et Thésée au milieu du peuple, il dit, à propos
* A faille d’un trè.s léger changement au texte de Pline, qu’un copiste ignorant peut avoir altéré, on lirait : « Euphranor donnait de la sveltesse à la taille de ses personnages, et de la grandiosité au caractère des têtes. »
d’un tableau de Parrliasius, où le roi législateur était représenté; Ce hcros parait nourri de roses , nuds je l'ai peint nourri de chair (12).
On applaudit beaucoup une grande composition dans laquelle l’armée athénienne , aux champs de Mantinée, signalait sa bouillante intrépidité ; le sujet bizarre d’ülyssc qui ,
feignant la démence, attelait un bœuf et un cheval à la même cbaiTue, dut inspirer moins d’intérêt, parce qu’il se rapprochait du genre que les anciens appelaient fantaisie, et conséquemment peu digue de son pinceau *.
Pline rapporte qu’il avait fait une statue de IViris, dont la triple expression dénotait, à la fois, le beau pasteur du mont Ida, juge de trois déesses rivales, le perfide ravisseur d’Hélène, et le meurtrier d’Achille Il est difficile de con-
cevoir comment le spectateur pouvait discerner tout cela sur un seul et même visage, sans les explications d’un démonstrateur obligeant.
' L«' mot fantaisie, qui, dans nos écoles modernes, s'applique aux invenlions de pur agrément et de goût, était pour les artistes grecs le synonyme de grotesque.
Au nombre des ouvrages les plus estimés d’Eupliranor, nous devons mentionner encore les figures colossales de la Grâce et de la Vertu; deux quadriges en bronze, l’un de Philippe, l’autre d’Alexandre; le groupe intéressant d’Apollon et Diane, nouveau-nés dans les bras de leur mère I^tone. On admirait surtout le fier et sombre caractère de l’clTigie du dieu des morts : \ idéal en était sublime.
La haute considération que les succès de ce grand maître dans les principales branches de l’art du dessin lui avaient acquise, fit accourir à ses leçons une foule de zélés aspirans. Ils soutinrent après lui la renommée de son école, et Antidote, qui en devint le chef à son tour, eut la gloire de compter parmi scs élèves, Nicias, l’un des peintres les plus célèbres de l’antiquité *.
* Antidote, tout savant professeur de son art qu’il dût être, ne laissa que peu de tableaux dont le souvenir ait été conservé : celui d'un Guerrier, le bouclier au bras , et prêt à combattre ; d’un Athlète entrant au Gymnase; d’un Joueur de llète surtout, plein de grâce et de vérité, sont les seuls que nous puissions citer.
La filiation des successeurs d’Eupliranor est peu connue, leurs noins, pour la plupart, sont lombé.s eu oubli.... Pour s’orienter aujourd’hui dans le dédale obscur de ces vaines rechcrcbes, il ne re.stc que (juclques notices descriptives , sans ensemble ni dates précises, seul aliment «pie les annales de l’art puissent fournir à notre curiosité.
Nicias pos.sédait au plus haut degré l’entente des effets magiques du cLiir-obscur ; il les avait si savainment combinés dans son tableau de l’cnli-clien d’I'lysse et du devin Tyrésias aux Enfers, qu’un roi de Pergame * offrit de l’acheter au prix énorme de soixante talcns; mais l’auteur, désintéressé, refusa cette somme, préférant riionneur de faire don de .son ouvrage à sa
ville natale Il avait peint encore avec une
grande vigueur de coloris, Némée lièremeiil assise sur le dos d'un lion rugissant , et la malheureuse Andromède exposée à la voracité d’un monstre marin.
‘ Quelques auteurs ont dit que c’était un des Ptolémées.
Son génie plein de souplesse s’exercait de même à des sujets purement gracieux : on admirail dans l'image du jeune Hyacinthe un délicieux assemblage des attraits dont l’imagination poétique des mythologues a doué le favori d’Apollon et de Zéphyre.... Ce joli portrait, enlevé par Auguste du palais des rois d’B^ypte , fut depuis consacré dans le beau temple (|ue Tibère fit élever à son prédécesseur déifié.
Les recherches curieuses de Pausanias nous apprennent que, dans le voisinage de Tritée, ville de l'Achaie, on voyait un tombeau de marbre blanc, orné de riclies sculptures, où Je même artiste avait peint le départ pour la cbasae d’une jeune princesse remarquable par sa beauté. Sa suivante, portant. un parasol, l’attendait au bas de son trône ; un courtisan , vêtu d’une chlamyde couleur de pourpre , menait le cortège, précédé du veneur qui portait les javelots et conduisait les chiens.
Nicias plaçait des animaux dans la plupart de ses compositions : tantôt c’était Diane poursuivant à travers les forêts des troiqies de bêtes fauves; tantôt Bacchus -Indien , sur un char trainé par des panthères, ou la belle vache lo sous la garde d’Argus Infatigable à l’étude.
350 RISTOIKE DES ARTS,
presque toujours enfermé dans son laboratoire, il oubliait jusqu’à l’heure ordinaire de ses repas ; souvent même, au déclin du jour, ses domestiques venaient lui rappeler que depuis son lever il était à jeun. On ne sait si l’excès du travail altéra son tempérament, mais il mourut
à l’àge où le talent est en pleine vigueur Les
Athéniens, ses compatriotes, déplorant la perte de cet homme de génie, lui élevèrent un mausolée dans l’enceinte du Céramique, honneur qu’ils n’accordaient qu’à la mémoire des citoyens morts au service de la patrie.
Omphalion, esclave tendrement chéri de Nicias, qui l’avait mis au rang de ses disciples, enrichit Messène, sa patrie, de plusieurs portraits historiques des anciens rois de la contrée. I.a loi sollicitée antérieurement par Pamphile deSicyone, laquelleinterdisaitauxgens de condition servile l’exercice de la peinture , était probablement tombée en désuétude. Il est douteux , au surplus, qu’elle ait été réellement promulguée.
Athénion de Maronée, moins brillant* colo-
‘ Auslerior colore, et in austeritate jucundior, ut in ipso pictura cruditio elucent. (Pliw. )
uy' CjOOglc
ristc que Nicias, ne lui était point inférieur dans les autres parties de l’art. Peut-être l’emportaitil sous le rapport du style ; son application soutenue l’aurait élevé même au dessus de tous ses émules, si le trépas n’eût arrêté ses progrès dès sou entrée dans la carrière. Il y avait glorieusement débuté par un tal)lcau représentant le jeune Achille découvert sous des habits de femme à la cour de Déidamie.
L’expédition des Argonautes, peinte en grande dimension, a conservé la mémoire de (’.ydias de Cythnos, imitateur d’Eupliranor. Cette magnifique composition, transportée dans la suite à Home , pas.sa , de la galerie de l’orateur Hortcusius, dans les mains d’Agrippa, qui en décora le temple de Neptune.
Métrodore, savant philosophe et peintre do profession , se rendit près de Paul-Émile (jui le chargea de l’exécution de ses bannières triomphales et de l’éducation de ses deux fils. On lit encore dans les écrits des anciens l’éloge de quel(|ues beaux morceaux de sculpture de cet âge.
Pline signale un groupe de Pan et Olympus se disputant le prix de la flûte, comme un des meilleurs de ce genre; Pausanias en dit autant
de celui d’Esculape et Ilygié fait , pour Argos , par Xénopliile et Strabon.
Pasitèle , de la grande Grèce * , enrichit le temple de Jupiter , à Rome , d’une superbe statue de ce dieu, toute eu ivoire. Cet artiste, qui était très érudit, publia cinq livres de remarques judicieuses sur les principaux chefs-d’œuvre de
la statuaire La perle de ces documens est
d’autant plus à regretter, que les magistrats des cités opulentes de la Grèce s’occupaient alors — [AMiii J. c. do 100 à 120.] — de la restauration des monuniens, qui avaient été négligés durant les rivalités sanglantes auxquelles l’intervention du sénat de Rome venait de mettre fin. Entre tous ces objets précieux , le fameux Jupiter d’Olympie, composé d’une infinité de pièces de rapport, et conséquemment très sensible aux variations de l’atmosphère , présentait déjà des signes alarmans de vétusté. On ne pouvait en arrêter les progrès, qu’en dépouillant le noyau du
* Un autre Pasitèle, antérieur à celui dont il est question ici , avait fait une table d’or et d’ivoire sur laquelle les vainqueurs aux jeux olympiques déposaient leurs couronnes. Il eut pour élève Culotès de Paros.
colosse, pour rejoindre et recoller chaque particule d’ivoire à sa place *. ^
Cette opération hasardeuse fut confiée à la dextérité de Damophon , que Pausanias désigne comme le seul statuaire messénien dont les talens aient été remarquables. Il s’était rendu célèbre par des sculptures polychromes fort goûtées, telles que sa Diane- Laphria ^ , une effigie colossale de la mère des dieux , et notamment par le groupe de Cérès et de Proserpine, Dcspœna , taillé dans un seul bloc de marbre.
La jeune déesse, assise près de sa mère, sur un trône, avait le sceptre en main et la corbeille
* On avait imaginé plusieurs expédiens, mais toujours inefficaces, pour défendre la statuaire crit-éléphantine de l’action délétère d'une température alternativement sèche et humide Dans les temples
où pénétrait un air froid et chargé de vapeurs, on frottait de temps en temps les figures en ivoire avec des substances huileuses.
La Minerve du Parthénon , exposée dans un local très sec, était arrosée d'eau pure durant les grandes chaleurs ; et l'Esculape d’Ëpidaure avait sa base fixée sur un puits.
Surnom dp cette déesse à Messène, à Calydon, et à Patras en Âchaïe.
mystérieuse à ses pieds ; Gérés portait un flambeau ; les personnages accessoires représentaient le Titan Anytus , nourricier de Proserpine ; Diane, afliiblée d’une peau de faon, menait un chien en lesse *.
Ce riche monument décorait le temple à' Acasitim en Arcadie. Égium , Mcgalopolis , possédaient aussi plusieurs figures de divinités , sculptées en bois par ce même maître; elles étaient peintes et dorées ; quelques-unes avaient la tète, les mains et les pieds en marbre.
Aucune tradition précise ne détermine l’époque où fleurit Damophon de Messène; mais comme un temps assez long dut s’écouler avant que le chef-d’œuvre de Phidias eût besoin d’être réparé , il faut conjècturer que cet artiste industrieux faisait partie de la génération de ceux que les succès de la ligue Achéenne rappelèrent dans leur patrie.
Malheureusement cette dernière période de gloire et de liberté n’eut guère plus d’un demisiècle de durée. Les Romains , tant qu’ils avaient
’ Selon la doctrine des Égyptiens, Diane était fille de Gérés, et non de Latone.
eu les rois de Macédoine à combattre, s’étaient montrés les alliés de cette ligue fameuse; mais après la victoire <lc Pydna, si fatale à la monarchie des successeurs de Philippe et d’Alexandre le Grand , ils commencèrent à fomenter des mésintelligences entre les chefs des cités confédérées, dans le dessein d’en paralyser l’énerçie. Auxiliaires, tour à tour, des divers partis, ils finirent par s’établir arbitres suprêmes de leurs débats et à parler en maîtres; et quand le sénat n’eut plus de ménagemens à garder, il chargea des commissaires de recueillir les dénonciations que lui-même avait astucieusement provoquées contre ceux des Achéens dont le dévoûment patriotique pouvait contrarier ses plans. Il résulta de ces manœuvres que plus de mille personnages, soupçonnés d’avoir épousé, contrairement aux traités, les intérêts du dernier roi de Macédoine , furent dans la nécessité de se rendre à Rome pour répondre à cette imputation (13). Arrivés en Itabe, il ne leur fut plus permis d’en sortir Ces procédés tyran-
niques soulevèrent enfin les derniers pelotons delà ligue, qui ne se soutenait plus que par l’effervescence d’une tourbe ameutée et l’audace intempestive de ses chefs. — [*»• J- f- >«•] —
La défaite de rarmée achéenne sous les murs de Corinthe , où le conseil des confédérés s’était rassemblé , jeta tant d’épouvante parmi les habitans de cette cité, que les généraux qui s’y étaient réfugiés, s’en échappèrent la nuit suivante. Dans la confusion générale, les portes restèrent ouvertes, et ce ne fut que le troisième jour après sa victoire, que le consul romain, craignant quelque embuscade, prit possession de Corinthe et la livra au pillage de ses soldats. On commença néanmoins par mettre en réserve un nombre infini de tableaux , de statues , et autres objets de goût ou de luxe, destinés à l’ornement du Capitole (14); le reste se vendit à l’enchère, au profit des premiers qui s’en étaient saisis.
Polybe dit avoii vu le Bacchus d’Aristide servir aux vainqueurs de plateau pour jouer aux dés *. Ce chef-d’œuvre, qu’ils échangèrent ensuite contre une table plus commode, n’excita leur curiosité que lorsque des connaisseurs en
* Cette peinture fut, chez les Grecs, tellement célèbre, qu’on disait proverbialement beau comme le Bacchus d’Aristide.
convoitèrent l’acquisition. D’autres morceaux dont le mérite pittoresque se refusait à tout calcul mercantile, furent livrés de même aux acheteurs , à très vil prix.
On a raconté cependant qu’Attale, roi de Pergame , oflirit en vain cent talens d’un tableau non moins précieux , à la vérité , que le Bacchus d’Aristide *; mais le consul Memmius, étonné d’une appréciation telle, présuma que l’image renfermait une vertu mystérieuse, et, malgré toute réclamation , il retint le prétendu talisman pour le dépo.scr dans le temple de Gérés à Borne. Ce fut avec une pareille ingénuité qu’il menaça les conducteurs des navires sur lesquels étaient entassés tant de rares produits de l’art, d'en faire exécuter de semblables à leurs dépens, si,
* Quelle qu’ait été l’opulence de ce roi de Pergame et sa passion pour les arts , on a de la peine à croire qu'il eût réellement fait l’offre d’une somme équivalant à cinq cent quarante mille francs de nos monnaies actuelles, pour satisfaire une fantaisie. Une erreur de chiffre se sera peut-être glissée en cet endroit dans l’ancien manuscrit.
Ce tableau périt dans l’incendie du temple de Gérés, où Strabon dit l’avoir admiré.
par Uur négligence , ces objets éamriaieul durant la traversée.
Corinthe, après ces spoliations, devint la proie des flammes. Aucun édifice ne resta de> bout, et rincendic ne s’éteignit que lorsqu’il eut tout dévoré. Des narrateurs ont cru que le bronze de Corinthe , tant renommé chez les anciens, provenait de l’amalgame du cuivre avec l’argent et l’or en fusion durant le sac de la cité *. Les vapeurs de ces ruisseaux ardens, disaient-ils , n’empêchèrent point les soldats avides d’y puiser des débris à demi consumés.... De semblables récits sont peu dignes de foi.
L’embrasement durait encore lorsqu’un guerrier romain prétendit que les statues de Philopoemen devaient être brisées. Polybe, disciple de ce grand homme dans la science militaire, en défendit généreusement la mémoire; et le consul, près duquel U était en crédit, consentit à ce
* Pline a cru distinguer trois nuances dans ce bel airain de Corinthe : l'une rouge, l'autre blanchâtre, celle enfin qui se inodihait en raison des parties de cuivre, d’argent ou tl’or, mélangées dans la composition.
DigitLcd by Coogh
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que de si nobles effigies , ainsi que celles d’Ara- Uis, fussent épargnées. Les Achéens, en reconnai.ssance de la courageuse intervention de leur compatriote, érigèrent plusieurs monumcns en son honneur *.
Depuis celte catastrophe, Athènes fut souvent à même d’offrir un abri propice aux différens artistes que les calamités de la guerre avaient de nouveau dispersés. Celte ville, n’ayant point pris parti contre les Romains en faveur de Persée, leur ennemi détrôné , put jouir d’une sorte d’indépendance (1 5) , sous la protection du sénat, et, les arts y conservèrent un éclat qui, déjà pâlissait près des rois de Syrie.
Après la défaite d’Antiochus le Grand à Magnésie, les Syriens entretinrent peu de relations avec les peuples de la Grèce; ils s’étaient d’ailleurs accoutumés peu à peu au.\ usages des Mèdes et des Perses leurs voisins.... Antiochus- Epiphane eut beau consacrer des sommes immenses à des entreprises fastueuses (16), les
’ On lisait sur le socle de l’une de ces statues ; Im G rèce n'aurait fias commis bien des fautes quelle déplore , si l’on eût suivi les conseils de Polybe.
talens n’en dégénérèrent pas moins sous ses successeurs *; car la cour de ces monarques était devenue le théâtre de tous les crimes.
Wincklemann dit que les médailles de ces princes dénotent le mauvais goût et l’incapacité des graveurs du pays.
Alexandrie , tourmentée , vers ces mêmes temps, par les luttes scandaleuses de ses maîtres, changeait aussi de face , et perdait les avantages que lui avaient procurés les institutions libérales des premiers Ptolémées. Ce n’était pas sous les monstres qui, tour à tour, souillaient du sang de leurs proches le trône où ils brûlaient de s’asseoir, que les arts , amis de la paix, auraient reçu de nobles encouragemens. Ptolémée-Physcon **, dans les intervalles d’une vie dissolue, déshonorait le titre d’homme de lettres auquel il osait aspirer en qualité de commentateur des poèmes d’Homère ; son caractère cruel et soup-
* Cet Antiochus est celui que dépeint l’Écriture sainte, au moment de sa mort, dans les angoisses d’un repentir tardif.
** Ce surnom signiGe ventru.
çonneux éloigna de son palais tous les érudits dont il désirait se faire un cortège.
Les derniers rois de cette dynastie grecque inspirèrent tant de mépris et de haine, qu’ils virent déserter peu à peu les restes de la génération d’artistes attirés en Egypte Athènes
qui, selon l’expression de Plutarque, fut toujours la mère nourrice des lalens , profilait de ces émigrations successives. Ménagée par les Romains , elle aurait recouvré le lustre que sa suprématie , dans la sphère des heaux-arls , lui avait acquis autrefois; mais elle fut assez malavisée pour s’attacher aux intérêts de Milhridate, le perpétuel ennemi de ses protecteurs (1 7).
Sylla, chargé de la punir de sa défection, lui fit éprouver les calamités d’un long siège, s’en rendit maître, et livra ses habitans aux fureurs de la soldatesque.
[\v. J. c. 90 . ] — Ce général avait trouvé, dans la spoliation des temples d’OIympie et d’Épidaure, de quoi subvenir aux frais de son expédition. Les belles plantations du Lycée et de l’Académie lui fournirent les pièces de bois dont il eut besoin pour la confection de ses machines obsidionales. Dès qu’il fut entré victorieux dans la ville , sa vengeance contre le peuple qui
l’avait bravé par d’insultantes railleries, s’exerça sans pitié; ses troupes indignées en fîrent un carnage horrible : elles démolirent les magnifiques bâtimens du Pyrée et ceux de l’Arsenal , cliefs-d’œuvre en ce genre d’aidiitecture * ; puis ou transporta sur les rives du Tibre , non seulement une quantité prodigieuse de statues , de bas-reliefs , de tableaux , et autres objets de luxe, mais jusqu’aux colonnes et aux seuils de bronze des porticpies du temple de Jupitei'-
Olympien Indépendamment du plaisir que
causèrent aux Romains, qui déjà se montraient passionnés pour les arts, ces dépouilles précieuses , ils viient encore leurs salles d’étude s’enrichir de la volumineuse bibliotbècjue d’Apellicon , où se trouvaient les manuscrits d’Aristote ( 18 ).
Le dernier acte des rigueurs de Sylla fut l’enlèvement de ce riche butin , dont les Athéniens ne pouvaient réparer la perte. En les quittant néanmoins, le farouche vainqueur, ému par les
* Pliiion (le Bysnnce avait tracé tous les plans de cct arsenal sous l'administration de Démétrius de Phalère.
supplications de la multitude éplorée, lui rendit le droit d'élire scs magistrats; il coiisoulit même à laisser debout divers moiuimens d’orgueil iialloiial ipi’il avait résolu d’anéantir.
Les slaliiaires , les peiiilres, les ai'cliilccles, sans emjdoi, sans espoir d'un meilleur avenir dans cette cilé, devenue un séjour de misère et de deuil , s'acliemi lièrent tristement vers l'Italie, où déjà quelques-uns d’entre eux avaient obtenu, près des grands, les consolations d’un bienveillant patronage.
Ce ne sera donc plus dans Athènes, qui, dès lors, toujours prête à se soulever et toujours durement réprimée , ne savait ipi’agiter ses fers (19), mais dans Rome, maîtresse des trésors du inonde, que désormais le génie des arts achèvera de lutter contre sa destinée; ce sera là, ({u’alimenté par le faste des Césars, son flambeau, durant deux siècles encore, brillera d’un éclat assez vif; puis, s’obscurcissant par degrés, nous le verrons s’éteindre dans les ombres du moyen âge.
DÉTAnii SUPPLÉMENTAIRES.
La dépomlle mortelle d" Alexandre le Grand attendit long- temps les honneurs de la sépulture , etc.
Deux années entières furent employées à la préparation de ce convoi pompeux. Le corps , renfermé dans un cercueil plein d’aromates , partit de Babylone pour l’^ypte , sur un char resplendissant d’or et de pierreries, sous la conduite d’Aridée. Prévoyant sa fin prochaine , le' conquérant avait désigné le temple de Jupiter- Ammon pour son dernier asyle; mais Proléniée,
366 LIVRE CUÎQÜlfeME.
(|ui s’t'tail avancé jnsqu’cn Syrie, au devant des restes inanimés de ce prétendu demi-dieu , les dirigea vers Alexandrie , où il les lit déposer dans le superbe tombeau construit à ce dessein.
Les Athéniens promettent lâchement de livrer Démosthène à la vengeance d A ntipatre, etc.
Démade, (|ui avait rédigé l’acte de soumission de ses concitoyens, fut, quelipie temps après, député par la Képiibli(|uc vers ce même général macédonien , qui se trouvait alors dangereusement malade. L’orateur , forcé de s’adresser à Cassandre , ne soupçonnait pas que celui-ci eût intercepté la lettre tout récemment écrite à Antigone pour lui conseiller de s’emparer de la Macédoine. A la vue du traître et de son fils qui l’accompagnait , Cassandre ne put contenir son indignation , et dans sa fureur, il égorgea le fils aux yeux du père , et le père sur le corps du fils.
Etait-il étonnant que les artistes effrayés commençassent à chercher du repos hors de leur patrie, qui, sans cesse, était exposée aux invasions des copartageans de l’empire d’Alexandre ?
DÉTAILS SUPPLiHBlTTAIRES.
Les adulations prodiguées , dans Athènes , à Déniétrius-Poliorcète furent portées au point de lui devenir importunes , etc.
La République assigna pour logement à ce successeur de Cassandre les derrières du temple de Minerve, et l’on intervertit l’ordre des mois pour l’initier aux grands et aux petits mystères de Gérés. Les statues qu’on érigea promptement en son hôbneur, furent dorées. Mais quand la fortune inconstante eut trahi le dieu tutélaire ^ objet de ces adorations , ses autels croulèrent , et le prêtre alla brûler ailleivs son encens. Aucun signe enfin ne rappela sa triomphante apparition au Pyrée. '*
Antigone-Gonatas, son fils , vengea ces procédés d’ingratitude , après s’étre emparé du trône de Macédoine , que ses descendans occupèrent jusqu’à Persée, dernier roi de cette contrée.
Entre autres édifices que les deux premiers Ptolémées firent construire , on admirait le temple de Sérapis , et la tour du. Phare , etc.
Le temple était de marbre, orné de colonnes, et la masse s’élevait, en forme de tour carrée , au milieu d’un nombreux assemblage de bâtimens ; au pourtour extérieur régnait une suite de portiques. I^e tout fut démoli sous l’empereur Théodosc, et en cette conjoncture, Théophile, patriarche d’Alexandrie , signala son zèle ardent contre le culte des faux dieux. Les Egyptiens confondaient, en quelque sorte Sérapis, adoré dans ce temple , avec Osiris qui leur avait enseigné l’agricidture.
La tour du Phare fut fondée la première année du règne de Ptolémée-Pbiladelphe , sur un rocher situé à l’extrémité de la petite île de Pharos. La hauteur prodigieuse de cette tour, et le feu qui brillait au sommet durant la nuit , indiquaient aux nautoniers les éciieils à éviter dans ces parages. Un genre de construction si utile prit , dès lors , le nom de l’ile où le besoin en
était vivement senti Le phare d’Alexandrie
passait pour une des sept merveilles du monde.
Les sciences mathématiques signalèrent par d’ étonnantes découvertes l'époque où la dfmtftie des rois grecs s’établit en Egypte, etc. '
Il n’est pas de nom plus connu que celui d’Archimède : on pourrait considérer ce fameux géomètre comme l’inventeur de la mécanique, dont avant lui les principes étaient peu raison-
nés Le siège de Syracuse par Marcellus mit
ce savant homme, natif de cette ville, dans la nécessité de faire usage de toutes les ressources de .son génie pour la défense de sa patrie.
Euclide , dont la haute renommée de savant professeur de mathématiques avait fait accourir Archimède, jeune alors, à Alexandrie, jouissait près de Ptolémée-Philadelphe d’un crédit bien justifié par l’aménité de son caractère et surtout par un ton de modestie naturelle qui relevait, aux yeux mêmes de ses émules , le mérite de la plus vaste érudition.
Ératusthène eut part aussi à la faveur du mo-
370 LIVHB CINQI'IÈME.
iiarquc. La direction do la riche bibliotlRH|iie
d’Alexandrie fui confiée sous le règne suivant à
son intelligence; car il possédait à la fois les
qualités d’babile géomètre , de grammairien , de
philosophe , d’orateur éloquent et de favori des
muses.
Apollonius de l’érge, auteur d’un traité des Sections coniques , traduit en diverses langues , et commenté par les modernes, florissait sous le règne de Ptolémée-Philopalor, fils d’Evergète.
Théocrile et ColUnuiquc faisaient partie de la Pldicule poétique si renommée, à Alexandrie , etc.
Les poésies champêtres deTliéocrile, de même que celles de Moschus et de Bion , sont citées comme des modèles en ce genre gracieux ; cependant les E^logues de Virgile les surpassent par la variété , l’élégance , la finesse et le goût.
Callimaque, né à C\rène ville grecipie de la Libye, mérita la surintendance du Musée fondé sous les règnes de Ptolémée-Lagus et de Philadelplie. Les anciens l’ont considéré comme le prince des poètes élégiaques. Il avait des connaissances en tout genre.
Aristarque, judicieux commentateur d’Homère, et Zoïle, critique passionné de l’Iliade et de l’Odyssée , ne sauraient être omis dans la liste des littérateurs qui firent parler d’eux à la cour d’Alexéndrie. i; „
Ptolémée - Philadelphe engagea Manétlion , prêtre d’Héliopolis , à rédiger en grec les annales égyptiennes, dont la tradition s’élait conservée dans le temple qu’fl desservait. t
llérose de Babylone, qui composait alors une histoire de la Chaldée, voyageant dans la Grèce, émerveilla tellement les Athéniens par sou savoir et ses prédictions astrologiques, qu’ils loi élevèrent une Statue; la langue en fut dorée..,.. L’aspect'de cette bouche ouverte dut paraître , malgré l’ingénieuse allégorie, d’un clTet bizarre.
difficile de se faire une idée duicaractère quEuthicrale crut devoir donner n Viffigic mystérieuse de Trophonius, etc.
Les deux frères Trophoiiius et .\gamédès, l’iin et l’autre architectes du temple de Delphes , ayant été chargés de construire la trésorerie
372 LIVRE CIRQUliîME.
d’Hyriérus, fils de Neptune, selon les mythologues , et père d’Orion , se ménagèrent le moyen d’entrer furtivement dans l’édifice , de manière à pouvoir , durant les nuits , mettre la main au fond des coffres ; mais le roi , qui vit à la longue le dépôt de son or s’amoindrir, y tendit un
piège, auquel Agamédès se trouva pris Après
de vains efforts pour dégager son frère, Trophonius se résolut à lui couper la tète, de peur d’étre soupçonné complice des larcins.
La terre , au rapport de Pausanias , engloutit le meurtrier. Il eût été curieux d’apprendre comment le statuaire avait représenté ce personnage. Le gouffre qui le dévora, devint, dans la suite, l’entrée du souterrain redoutable delà Béotie , où le désir d’en consulter l’oracle attirait les curieux j ceux qui demandaient à être hissés dans le précipice, y voyaient, dit-on , des choses fort étranges , car, pleins d’épouvante , ils n’en sortaient qu’avec un cerveau dérangé.
DETAII.S SUPPLEMENTAIRES.
Lac/iès mit la dernière main au fameux Colosse de Rhodes , entrepris par Charès de Lindos , etc.
L’auteur de ce prodigieux ouvrage , prévoyant l’insuffîsance de la somme qu’il avait demandée pour son entière exécution , n’osa déclarer sa détresse et se donna la mort. L’effigie fut néanmoins aclicvée , à l’aide d’un supplément de finance, après dix ans de travail. La]dépense totale absorba, dit-on , trois cents talcns, équivalent d’un million six cent vingt mille francs de notre monuaie actuelle.
Ce colos.se, renversé, selon Pline, par un tremblement de terre cinquante-six ans après avoir été mis en place , ne fut relevé que sous Vespasien ; mais le calcul des dates parait fautif. Quoi qu’il en soit, les Sarrasins, s’étant rendus maîtres de Rhodes, au milieu du septième siècle, l’y trouvèrent gisant , et le vendirent à des juifs, qui chargèrent neuf cents chameaux de ses débris.
Le motif particulier des hommages que les
Rhndiens rendaient au soleil , provenait de ce que l’île , ayant été très ancicnneincnt subinerp;ée par les eaux de la Méditerranée, le sol , long-temps fangeux et malsain, s’était desséché peu à peu sous la salutaire influence de l’asti-e du jour.
Les madrés des différentes écoles de dessin , réfugiés dans les états de t Asie , furent libéralement récompensés en Bithjnie et a Pergame, etc.
INous n’avons pas des notions suflisantes sur les travaux de l’art dans ces contrée* , où ils furent toujours en honneur. Mcoinède 1" est le seul des princes Bithyniens de qui l’histoire ait fait connaître les projets en ce genre de magnificence, il fit construire dans la ville à laquelle il donna son nom, un palais superbe; la place piihli(]ue fut décorée de sa statue en ivoire; mais , ce monument ne pouvant rester en plein air sans se détériorer, on crut devoir en faire hommage au temple de Jupiter d’Olynipie.
L’opulence des successeurs de Bias et de Ni-
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DÉTAILS SUPPLÉMEItTAIRES. 375
comède attira dans cette cour plusieurs artistes grecs, qui y laissèrent de beaux ouvrages, et s’y seraient fixés peut-être, si l’hunieur hostile de ces princes n’eût fré({ueinmcnt exposé le pays au fléau de la guerre.
Frusias le Chasseur envahit l’ei^anie, et n’en ressortit (ju’après avoir renvei'sé les temples , les palais, mutilé les statues et les monuniens ([lie le goût des Attale y avait rassemblés ; ces actes de barbarie et les bassesses de ce roi méprisable jmis du sénat de Rome , éloignèrent peu à peu de ses états les hommes à talens qui s’y étaient établis.
Diverses branches d’iiulustrie ayant fait refluer chez les Pergaméniens de grandes richesses , les souverains de ce petit empire usèrent généreusement de leurs trésors au profit des arts et des lettres. Attale P” confia l’intendance des domaines qu’il possédait dans TÉolide au poète Ctésiphon. Le philosophe Arcésilas , chef d’une secte appelée moyenne académie. , et Lacy de son disciple , eurent aussi beaucoup de part à ses libéralités. Ce dernier pourtant avait coutume de dire que les portraits des rois ne devaient être admires que de loin. Ce fut, sans doute , ce qui lui fit refuser un établissement avantageux
à Per^ame. Loin de s’en offenser, Attale acheta , près des portes d’Athènes , un jardin commode, où Lacyde alla donner ses leçons.
Les successeurs de ce monarque , héritiers de son opulence et de ses nobles sentimens , se virent ériger des statues dans quelques cités du Péloponèse , en reconnaissance des secours pécuniaires qu’elles avaient obtenus de leur munificence.
Les rois de Pergame laissèrent rarement échapper l’occasion d’acquérir quelques-uns des chefs-d’œuvre du bel âge des arts, quel que fût le prix de l’enchère. On distinguait , au nombre de ceux dont ils avaient embelli leurs demeures, le groupe célèbre des lutteurs de Céphissodote , l’Ajax foudroyé, production du brillant pinceau d’Apollodore , et deux beaux tableaux de batailles, que vante Pausanias sans nommer les auteurs.
Pline , à propos de cette riche collection , décrit avec beaucoup d’éloge une mosaïque de Sosius , où cet habile ouvrier avait représenté , sur le milieu d’un pavé à compartimens , une colombe qui se désaltérait dans l’eau d’une jatte, tandis que d’autres voltigeaient à l’entour; on voyait , ajoute Pline , la forme de l’oiseau re-
flétée dans l’onde , détail dilTicile à rendre en ces sortes d’ouvrage. Les accessoires de cette jolie composition étaient bizarres ; car ils figuraient , vers les angles du carré , des balayures amoncelées : ce qui Ht donner à la mosaïque la désignation singulière de vestibule non balayé.
La mémoire d’Apelles était tellement honorée à Pergame , que les magistrats de cette capitale achetèrent un palais en ruines où se trouvaient
quelques restes de ces peintures Cet artiste
célèbre mourut-il chez les Pergaméniens ? Le compilateur Solin, surnommé le singe de Pline, ajoute que le corps embaumé du peintre fut enfermé dans un réseau d’or et suspendu à la
voûte de l’édifice De pareils contes se lisent
fréquemment dans les écrits des anciens.
La Sicile , Syracuse surtout , sous le règne d'Hiémn II devint , pour les émigrés de Sicyone et d’ Athènes , un favorable asyle, etc.
Les belles-lettres avaient fleuri de très bonne heure dans cette ile. On dit que le poème pastoral y fut inventé par le beau Dapbnis, fils de
^lercurc, et bercer trop seusible; car il mou* riit coiisiiiiié craiiiour, au dire des muses champêtres.
Kpicliarme, fondateur de la scène comique; .S tésicliore ; le philosophe Empédocle ; Gor- ;;ias, orateur célèbre; les historiens Tiraée et l•hiliste ; Dainophile et Gorgasus , artistes en plastkpie ; l’immortel Archimède enfin , naipiirent sur ce sol privilégié. Sa fertilité, son étendue, sa favoralile situation entre l’Europe et l’Afriipie, les relations commerciales de ses hahilans, tout concourait à la prospérité des villes nombreuses que différentes colonies grecques, phénieiennesetcarthaginoises,avaienthâtiessur ses côtes, l’anorme, Enna, Messane, Léontine, Agrigente, Ilymère et Lilylx'e étaient riches et puissantes; Syracuse l’emportait sur toutes par son luxe.
I>‘s arts du dessin y avaient fait des progrès assez rcmanpiahles , meme avant le règne de (iéloii. La statue élevée à ce prince, île .son vivant, et le monument sous lequel reposait .sa cendre, en font foi. Le mausolée, envii-onné de neuf tours d’une élévation prmligieuse , était orné de riches sculptures. I/exécution de ces ti'avauv recherchés eut lieu vers le temps, à peu
DETAILS SUPPMfMENTAlRES. 379
près, oîi les Alliéniens remporlèrenl leurs premières victoires sur les Perses.
Bien que les villes florissantes de la Sicile eussent été fréquemment soumises au despotisme de quelques chefs ambitieux , les talens d’imagination et de goût y furent constamment appréciés dans le calme de la servitude comme sous le régime républicain. On voyait à SvTacuse des gymnases, des tbéAtrcs, des portiques superbes. Ses temples les plus remarquables étaient ceux de Jupiter-OIympien , de Diane , <le Pi-oserpine, de Gérés et de Pallas. Cicéron ne tarissait pas en décrivant la magnifique structure des portes de ce derniei’ temple.
Les tableaux, les statues, les vases ricbement ciselés, et autres objets île même espèce, étaient plus abondans peut-être dans cette seule cité, qu’en toute autre de la Sicile. Ces ouvrages précieux , transportés en grande partie à Home, par Claiulius Marcellus , servirent à la pompe du petit triomphe qu’il y obtint après sa victoire.
Panorme, aujourd’hui Pa terme , fut fonilée |>ar les Phéniciens ; Mcssane ou Messine , jiar une colonie venue de Me.ssène; et Svracuse l’avait été par Arcbias , Corinthien , quatre cent
cinquante ans environ après le siège de Troie... Cèrès reçut le jour, selon Diodore, près d’Enna; les liabitans de ce canton, ajoute le même liistorien, furent les premiers à qui la déesse enseigna les procédés de l’agriculture. Le temple que Géloii fit élever en son honneur, était un des plus somptueux de l’île entière.
H\ mère avait été déti-uite par les Carthaginois; mais les Romains la rebâtirent dans la suite à peu de distance de ses ruines. On y trouva deux statues d’une grande beauté ; l’iine représentait la ville sous un costume féminin ; l’autre, le poète Stésichore, né dans la primitive enceinte. Les concitoyens de cet ancien lyrique lui con- ■sacrèrent ce monument, en mémoire du bon conseil qu’il leur avait donné de ne point confier le commandeinent de leurs forces militaires à Phalaris d’Agrigente. Ce fut à ce sujet qu’il débita l’apologue ingénieux de l’Homme et le Chcml, dont il était l’inventeur.
Agrigentc était ornée d’une grande quantité de beaux édifices. Les temples de Minerve, de .lupiter-./m/yvïw.y, et celui de .lupiter-Olympien , passaient pour des merveilles. Diodore vante les l)as-reliefs et les peintures qui décoraient les galeries de ce dernier, et les magnifi(|ues colonnes
DÉTAILS SUPPLÉMIWTAIRES. 381
sur lesquelles s’appuyait la voûte de ce sanctuaire.
L’histoire anecdotique des tyrans de Syracuse fournit, relativenient aux intérêts de l’art, (|uelques détails curieux. Hiéron I", frère et successeur de Gélon , voyait avec plaisir les savans étrangers visiter sa capitale; et, durant le séjour qu’y firent Simonide, Épicharnie, Eschyle, Pindare , Bacchylide , les entretiens de ces beaux-esprits adoucirent peu à peu l’humeur de ce monarque, naturellement irascible. En fait même de littérature, on ne pouvait sans risque contrarier ses opinions , s’il est vrai que le grammairien d’Aphidas eût été, par son ordre, précipité d’une roche escarpée pour s’étre permis, eu sa présence, des observations, d’amères critiques sur l’Iliade et l’Odyssée , que le prince admirait sans réserve.
Denvs l’Ancien avait aussi l’amour des lettres
et du goût pour les arts. La poésie le délassait des soins du gouvernement; mais, chez lui, l’avarice dominait toute autre passion : un camée, richement enchâssé, par exemple, ou d’autres objets de bijouterie, dont la principale valeur consistait dans la délicatesse du travail , n’excitaient sa convoitise que par rapport aux pierre-
HVRE CIITQUIKME.
ries el aux métaux précieux qui s’y Iroiivaieiit amalgamés.
Keniarf|uait-il de pareilles raretés dans un sanctuaire, il les enlevait sans scrupule, en di> saut : Im divinité ni en fait l’offre, il serait incivil de refuser. Ayant dépouillé de cette manière une statue de Jupiter du manteau d’or qui la couvrait, il s’en justifia par ces mots : Cest un vêtement bien lourd en été, tmp froid aussi pour
l’hiver Dans une autre occasion, le même
Denys poussa l’elTrontcrie jusqu’à faire raser la barbe tl’or d’un Eisculape , parce qu’il n’était |>a8 convenable que le fils d’Apollon parût plus âgé que son père, dont la nudité du menton attestait réternelle jeunesse. *
Le cruel Agatliocle, usurpateur à son tour du pouvoir souverain dans Syracuse, y avait cxei-cé la profession de potier, laquelle supposait quelques notions du dessin ;
L’ar^He par mt.'ft mnitiA aulri'foi» faronnét',
A produit sur mou froni Tor qui l’a couronné *.
’ Tragédie A'Agathode, par Voltaire, âgé de quatre-vingt-quatre ans.
Loin de rougir de son premier métier, lorsqu’il fut sur le trône, il s’en faisait gloire, et dut conséquemment favoriser les travaux et l’étude du dessin. Winckelmann rappelle, à l’appui de cette conjecture , le tableau célèbre qu’Agatbocle avait commandé pour conserver le souvenir d’un combat où sa cavalerie s’était signalée par des prodiges de valeur. Cette peinture flattait tellement la vanité des Syracusains, (pie Marcellus, jaloux de gagner leur confiance, n’osa les en priver lorsqu’il fit transporter au Capitole tant d’autres raretés, jusqu’alors inconnues aux Romains.
Le même antiquaire cite encore les belles médailles siciliennes de cette épocjue, représentant une tête de Proserpine, et au revers la Victoire, qui ajuste le casque sur un trophée.
Après la mort d’Agatbocle, et la retraite de Pyrrhus, dont les Siciliens avait ri'claraé les se- (xnirs contre Carthage, Hiéron II fut nommé roi de Syracuse; il dut cette élection à son propre mérite, et ne s’occupa durant un règne de cinquante ans que du bonheur de ses sujets. 11 sut par sa prudence maintenir ses états dans une paix profonde , tandis que les rivalités sanglantes des successeurs d’Alexandre épouvantaient la
384 LIVRE CINQDliME.
Grèce, et que la guerre allumée entre Carthage et Rome embrasait les pays voisins de la Sicile.
Proche parent d’Archimède et juste appréciateur du génie de ce savant mathématicien , Hiéron eut souvent recours à ses lumières, notamment pour la construction de la galère à vingt rangs de rames dont il fit présent à Ptoléinée-Philadelphe.
C’était en quelque sorte un palais flottant. On y trouvait des salles ornées de sculptures et de mosaïques remémoriant les principales scènes du siège de Troie. Ijsl chambre dite tie Venus était meublée de la manière la plus voluptueuse. Des sièges garnis de duvet invitaient au repos. Des peintures gracieuses et de jolis panneaux sculptés en ivoire embellissaient le pourtour de l’appartement, sur un fond de bois de cyprès. On avait , en outre , incrusté dans les compartimcns du parquet, des pierreries et des émaux de toute couleur. Rien n’avait été oublié de ce qui pouvait servir aux besoins de la vie, et charmer les ennuis de la navigation, pui.squ’il s’y trouvait une bibliothèque de livres choisis, des buffets pleins de vaisselle, et des baignoires d’une grande commodité.
En dehors enfin , les bords étaient couverts
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DETAILS SDPPLÉMENTAIRES. 385
de plantes odoriférantes enracinées sur une couclie légère de terreau ; au moyen d’un acqueduc, elles recevaient l’arrosage qui y entretenait la fraîcheur. Cent artistes furent employés à la fabrication de ce navire. Hiéron venait souvent animer leur activité par sa présence , et tout fut terminé dans l’espace d’une année.
La poétique imagination des narrateurs anciens a rebrodé, peut-être avec un peu de complaisance, les descriptions qu’ils ont recueillies. On sait, au surplus, que les Siciliens eurent toujours, pour la décoration de leurs monumens d’apparat, un luxe recbercbé.
Les produits de l’agriculture, que les vues économiques d’Hiéron avaient rendus surabondans en Sicile, lui permirent d’expédier à Rome d’immenses provisions de grain, durant la formidable invasion de l’armée d’Annibal en Italie. Il joignit à cet envoi très opportun une figure de la Victoire en or massif, du poids de trois cents livres. I.es Romains , après les funestes journées de Trasimène et de Cannes, durent recevoir la riche statue avec d’autant plus de reconnaissance , qu’elle leur parut d’un favorable augure.
Les habitans de Rhodes éprouvèrent aussi les
effets de la libéralité d’Hiéroii. 11 leur fit parvenir cent talens et quantité de matériaux de construction , dès qu’il eut reçu la nouvelle de l’affreux tremblement de terre qui bouleversa l’île entière, et renversa de ses bases le fameux colosse du Soleil. Ce fut en mémoire de ce bienfait, qu’un groupe allégorique orna, depuis, la principale place de la cité restaurée; il représentait le peuple Rliodien couronnant celui de Syracuse.
La mort d’Hiéron eut pour sa patrie, et la Sicile en général , des conséquences bien lâcheuses. Ce bon prince, craignant que ses successeurs n’abusassent , comme les Denys , de la puissance absolue, avait eu la pensée de substituer dans Syracuse le régime républicain au gouvernement d’un monarque : il croyait d’ailleurs que tels étaient les vœux secrets de la classe la plus nombreuse; mais Démarate, sa fille aînée, qui se flattait de frayer le chemin du trône à son époux, mit toujours obstacle à ce projet d’abdication. L’héritier direct, loin d’adopter , à sa majorité , la sage politique de son aïeul, se rendit tellement odieux à ses sujets, que des conjurés le mas.sacrèrent, et ne firent grâce à aucun de ses proches.
Diverses factions agitèrent Syracuse, jusqu’au moment où Marccllus, après un siège de trois ans, e.scalada les murs de cette place, malgré les merveilleux travaux que le génie d’Arcliiinède avait connnaïulés pour rendre vains tous les efforts des assiégeans.
Les Romains, maîtres de la Sicile, laissèrent à la plupart de ses cités, leurs privilèges. Ils continuèrent de tirer, des riches manufactures du pays, les meubles splendides, les vases de prix, les tentures mélangées d’or et de soie, qui n’avaient été que fort tard en usage dans les demeures des citoyens, même du plus haut rang... 11 était passé en proverbe de dire, à Rome, d’un particulier opulent : Sa fortiuie ne s’élève pas au dixième de celle d'un Sjrracusain.
Le proconsul Flaminius fit proclamer, durant la solennité des jeux isthmiques , l’édit du sénat qui rendait aux cités de la Grèce le droit de se gouverner selon leurs lois particulières , etc.
De toute part les Grecs accouraient à ces jeux, que Thésée avait institués en l’honneur de Nep-
388 LIVRE cinquiJ';me.
tune. On les célébrait à l’isthme de Corinthe, où , d’après le témoignage de Pindare , ils se renouvelaient de trois en trois ans. Pline et Solin prétendent que ce n’était que tous les cinq ans. Les athlètes s’y disputaient les prix de la course, de la lutte, du pugilat, etc. L’afHuence des spectateurs était telle, que les principaux magistrats des villes grecques pouvaient, seuls, y avoir des places réservées. Ceux d’Athènes avaient le droit de disposer d’un espace mesuré sur la voile du navire, que celte République dépêchait à l’istliine.
Les Éléens , par superstition , n’osaient se présenter à cette réunion solennelle ; ils redoutaient l’efTet des imprécations qu’anciennement avait proférées contre eux Molione, mère d’Euryte et de Cléatus; lesquels, s’étant acheminés vers le local de ces jeux , avaient été massacrés sur la route par Hercule.
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DÉTAILS SUPPLÉMEITTAIHES.
Le Thésée de Parrhasius paratt nourri de roses ; Euphranor disait du sien (pi on le voyait nourri de chair , etc.
Winckelmaiiri prétend qu’Euphranor , en s’exprimant ainsi , n’avait point eu la pensée de dénier le talent de bon coloriste à l’artiste célèbre q ni a vai t pein t le même héros ava n 1 1 ii i ; il trouvai t seulement que le pinceau suave de Parrhasius convenait moins à la représentation de Thésée , qu’une touche plus vigoureuse et plus hardie.... Cydias, à l’époque où florissait ce même Eupliranor, fit connaître l’utile emploi d’une nouvelle teinte rouge qui n’était que l’ocre avivée par la torréfaction , dans une bouti(|ue incendiée où le hasard la lui fit trouver. On avait déjà découvert d’autres substances colorantes qui n’étaient point en usage au temps de Parrhasius, et dont Euphranor , sans doute , sut tirer un heureux
parti Quant à l’àge où doit être classé cet
Eu]>hranor, Pline dans ses écrits se contredit lui-même : tantôt il le fait contemporain de Praxitèle; tantôt il le désignerait comme ayant
existé beaucoup plus tard, en disant qu’Attale voulut aclieter du peintre Nicias le fameux tableau de la nécromancie : or Nicias était élève d'Aiitidote, lequel avait eu pour maître Eupliranor. Cette remarque est fondée sur les notions que le sculpteur Falconnet a puisées dans un manuscrit de Pline, à la bibliothèque de Saint- Pétersbourg.
Pbis de mille personnages soupçonnés d'avoir épousé les intérêts du roi de Macédoine , furent dans la nécessité de se rerulre à Rome pour s'y justifier, etc.
L’historien Polybe se concilia, durant cette émigration forcée, l’amitié de Scipion-Érailien qu’il suivit au siège de Carthage. Ce digne citoyen eut assez de crédit près du sénat de Rome, pour en obtenir que ses œmpagnons d’exil, réduits à trois cents au plus, après dix-sept ans de détention en Italie, eussent la liberté de rentrer dans leur pays natal.
A leur retour, deux de ces républicains , nommés Crytolaüs et Diœüs , aigris par les rigueurs
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qu’ils avaient eues à endurer, tentèrent de ranimer l’énergie des Acliéens ; mais de fausses mesures, des efTorls mal combinés, loin de donner une nouvelle existence à la ligue, en accélérèrent au contraire la totale dissolution.
Les mallieurs de la Grèce ayant rappelé Folybe à Mégalopolis, sa patrie, il eut la douleur^ pendant ce voyage , de contempler les ruines encore fumantes de Corintlie, et d’être en quelque sorte le témoin de la dilapidation des objets précieux, en sculpture et en peinture, qui se vendaient à l’encan.
Memmius , en livrant C-orinlhe au pillage, eut soin lie mettre en résetve un nombre infini de tableaux et de statues qu’il destinait à t ornement du Capitole, etc.
Ce général fit transporter à Rome jusqu’aux vases d’airain de l’intérieur des théâtres et qui contribuaient à la répercussion de la voi.x des acteurs. Les effigies des dieux qui n’étaient qu’en bois, restèrent enfouies sous les décombres de Corinthe; elles en furent retirées lorsque Jules-
César fit relever les murs de cette ville , autrefois si célèbre. Pausanias mentionne plusieurs de ces figures exhumées , et notamment un Bacclms doré , dont le visage était peint en rouge ; un Belléroplion avec la tète , les pieds et les mains en marbre; un Hercule, enfin, d’autant plus curieux, (]ue les traditions ancien nés attribuaient celte statue au ciseau de Dédale , fils d’Eupalainus.
lya République d’ Athènes ^ n ajant point pris parti contre les Romains, en faveur de Persée , conserva scs privilèges, etc.
Les Athéniens auraient été bien malavisés de de*plaire au sénat de Rome, dont ils avaient obtenu l’appui contre le père du dernier roi de Macédoine, en une conjoncture très critique; voici le fait :
On sait que Philippe, héritier de l’ambition et de la bravoure de .sa race, ne s’entremêlait dans les querelles des Grecs que pour étendre chez eux son influence. Dans ces vues, il embrassa les intérêts des Achéens durant les hos-
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tililés cruelles qui causèrent , comme nous l’avons dit, la destruction de tant de monumens des arts. Les Athéniens, au commencement de ces luttes funestes, se tinrent à l’écart, et cette neutralité leur fit perdre la considération dont ils avaient joui si lon"-temps chez ce peuple de frères. Cependant l’hilippe ne cherchait qu'un prétexte pour entrer, en qualité de médiateur intéressé, sur leur territoire et pour y parler en maître. Le hasard lui fournit l’occasion (ju’il guettait. Deux jeunes Acarnaniens, se trouvantà Athènes pendant la célébration des mystères de Gérés, auxquels les initiés seuls avaient droit d’assister, osèrent s’y introduire furtivement. Leur accent les fit reconnaître, et cette profanation leur coûta la vie. La nation Acarnanienne, indignée d’une si barbare condamnation , en demanda vengeance au roi de Macédoine, alors son allié. Celui-ci fondit sur l’Atticpie, à la tète de son armée. Athènes essaya de lui résister, aidée parles Rhodiens et le roi de Pei’game; mais le danger croissant, elle implora l’assistance des Romains, et leur dut son salut
Les soldats macédoniens brisèrent, en se retirant, jusqu’aux matériaux qui auraient pu servir à la réparation des monumens qu’ils
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avaient ruinés en deliors de la ville. Les Atliéniens ne s’en vengèrent qu’en mutilant tout ce qui rappelait le souvenir des services que leur avaient rendus les ancêtres de Philippe.
Anüochus - Épiphane consacra des sommes immenses à des constructions fastueuses , etc.
Le temple de .lupitcr-Olympien , fondé par Pisistrate , et continué sous l’administration de Périclès , ne fut achevé qu’à l’aide des largesses d'AntiocInis , lequel enrichit, en outre, celui d’Apollon d’un grand nombre de statues.
Ixî même prince lit couvrir d’un toit doré le .sanctuaire de Jupiter dans Antioche; et la statue qu’il y plaça , fut exécutée dans les mêmes proportions que celle de Phidias, tant admirée en Elide. Les Tégéates durent encore à ses fantaisies mineuses la construction d’un superbe théâtre en marbre.
L’architecte auquel il confia la direction de ces diverses entreprises , se nommait Cossutius. 11 le choisit, politiquement sans doute, parmi les artistes qui s’étaient établis à Rome ; car il n’en manquait pas de très renommés à Athènes.
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Le butin fait en Égyjtte par ce prince, les dépouilles de plusieurs temples dont les trésors avaient excité sa convoitise, les énormes contributions qu’il prélevait sur ses alliés, remplissaient ses coffres à mesure que ses folles prodigalités les vidaient.
Athènes fut assez malavisée pour se lier aux intérêts de Mithridate, l'irréconciliable ennemi des Romains, etc.
Ce fougueux roi de Pont, ne songeant qu'à soustraire les états de l’Asie à la domination du sénat de Rome, avait mis, par ses intrigues, la Républiijue d’Alliènes dans des dispositions favorables à ses plans. Aristion, sr>pliiste ambitieux et d’une élorpienec insinuante, décida ses compatriotes à accepter l’alliance de Mithridate, qu’Archélaüs, un de ses généraux, était venu leur proposer. Celui-ci commença par faire voiturer vers Athènes le trésor d’Apollon, qu’il avait enlevé du temple de Uélos. Aristion, chargé de le conduire , se fit accompagner de deux mille soldats pour la sûreté du transport, et à
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l’aide de celte escorte, il usurpa l’autorité dans sa patrie. Dès lors il ue lui fut pas difficile d’y disposer des emplois eu faveur de ses adliérens et d’écarter tous ceux qui se montraient contraires à son plan d’alliance avec Milliridate.
Sylla vint assiéger .Athènes et la livra au pillage Àristion et tous ses parti.sans périrent
sous le fer des vainqueurs.
Sflla fu transporter à Rome la bibliothèque d' Ape.llicon , où se trouvaient les manuscrits d’Aristote , etc.
Cet Apellicon , pliilosoj)lie péripatéticien , que Strabon n’a qualifié que du titre de demisavant, avait une telle passion pour les livres, qu’il ne se fai.sait aucun scrupule de les dérober, ([uand il ne pouvait autrement s’en procurer l’acquisition.
Aristote, avait laissé sa bibliotbèque à son disciple Tbéophraste; celui-ci la légua de même à Nélée, lequel , se réservant les écrits du pbilosopbe, céda tout le reste à Plolémée-Pbiladelplie.
Les héritiers de Nélée, qui connaissaient tout
le prix des CMÎuvres du savant précepteur d’Alexandre, les enfermèrent dans un coffre, qu’ils cachèrent sous une voûte obscure, pour les soustraire aux recherches des rois de Pergame. Le dépôt resta, durant plus d’un siècle, enfoui dans ce caveau.
Lorsqu’enfin le bibliomane Apellicon obtint à peu de frais ces précieux manuscrits, que l’humidité avait fort endommagés , il tâcha d’en réparer les lacunes. D’autres littérateurs s’en occupèrent encore après lui ; de là les erreurs qui se sont glissées dans le texte, indépendamment de celles qu’Aristote a commises.
Athènes toujours preste ti se soulever et toujours durement réprimée, ne savait qu agiter ses fers, etc.
Après la bataille de Pharsale, les Athéniens, qui s’étaient déclarés pour Pompée, avaient tout lieu de redouter les effets du ressentiment de César; mais ce vainqueur, plein de clémence, les rassura par ces mots : Je pardonne aux vivans en mémoire de leurs ancêtres. Il prit même la cité sous sa sauve-garde; ce qui n’empécha pas
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ces amnistiés ingrats d'élever dans la suite des statues à Cassius, l’un de ses meurtriers ; puis ils s’attachèrent ù la fortune d’Antoine , et se virent exposés an courroux d’Octave.
Tibère et ses successeurs accordèrent aux
Athéniens quelques privilèges Vespasien les
traita comme des brouillons qui ne savaient pas user de la liberté.
Adrien, flatté d’avoir, chez eux , reçu le litre d’archonte, devint leur protecteur, de même
que les Antonins L’empereur Sévère les
ménagea |ieu; mais ils eurent à s’applaudir de la bonne volonté de Valérien, et bien plus encore de l’intérêt que leur montrèrent Constantin le Grand et Coiistunce.
Les Goths s’emparèrent d’Athènes, sous le règne de Galien ou de Claude, son successeur, et ne gardèrent pas long-temps leur conquête ; ils y rentrèrent pourtant à l’éjioque où les fds de Théodose se partagèrent l’empire. Elle tomba depuis au pouvoir des Latins, des Vénitiens, des Grecs modernes , etc.
En 1453 , cette ville fut prise et saccagée par les Turcs. Aujourd'hui les Hellènes insurgés en sont' maîtres. Doit-elle espérer un meilleur avenir?
Encombrée de ruines, Athènes n’est plus qu’une misérable bourgade, connue cliez les Orientaux sous le nom de Séline. Le souvenir de son antique origine est perdu pour ses babitans. Dans cette enceinte dévastée, l’oj>presseur et l’opprimé foulent aux pieds les débris de sculpture, où le voyageur curieux voit briller encore la mourante étincelle du beau feu qui jadis anima le génie de Phidias.
« A Sétine, dit M. de Chateaubriand , nous « avons vu la butte d'un santon * sur le haut « d’une corniche du temple de Jiqiiter-Olym- « pieu; à Jéru.salem, le toit d’un cbevrier parmi « les ruines du temple de Salomon; à .Alexan- « drie, la tente d’un Bédouin ** au pied de la « colonne de Pompée; à Carthage, un cimetière « de Maures dans les décombres du palais de « Didon.... Ainsi finissent les empires ! »
Telle est aussi la destinée des chefs-d’œuvre de l’art.
* Sorte de moine turc.
** Arabe vagabond.
PIN nr TOMB PREMIER.