NEUVIEME LEÇON
UNITÉ d'origine DES RACES HUMAfNES.
Après avoir exposé les caractères des différentes races humaines, il nous reste, pour terminer ces études d'anthropologie , à faire ressortir cette grande vérité que l'on peut rattacher toutes ces races à une seule et même espèce.
Notons ici un point bien important, afin d'écarter plusieurs objections qui pourraient être faites à ce système.
M. Isidore Geoffroy -Saint-Hilaire ne prétend pas prouver l'unité de l'espèce humaine. Seulement il pense que rien dans la science ne s'oppose à ce qu'on puisse l'admettre, que tout au contraire vient à l'appui de cette opinion. Il ne veut pas dire que l'origine unique des races humaines est démontrable et réelle, mais simplement qu'elle est probable.
Sans entrer dans de grands développements sur
cette démonstration, chose à laquelle il consacrera plusieurs leçons de son cours de Tan prochain, il a voulu noter au moins, dans son cours actuel, les principales raisons qui militent en faveur de ses idées.
Il établit d'abord en principe, que Tespèce n'est ni fixe, comme le dit Cuvier, ni variable à l'infini, comme 'le pensait Lamark, mais qu'elle peut subir certaines modifications en rapport avec les iafluences des agents extérieurs. Admettre en effet la fixité des espèces, n'est-ce pas d'abord fournir un argument important à la préexistence des germes, telle que l'admettait l'école de Cuvier ^ et par conséquent à la théorie de la pluralité des races 1
L'idée de Geoffroy Saint-Hilaire, qui est la variabilité limitée de l'espèce, découle au contraire de la théorie de l'épigenèse*.
En effet, dans les premiers cas, les organes sont primitivement créés, ils ne font que- se développer au fur et à mesure- que l'animal grandit; il n'y a
1 Nous verrons plus tard celui-ci ne pas partir de ce principe dans la question de Torigine des races humaines.
2 Voir plus loin la théorie de Geoffroy Saint-Hilaire dans la biographie de ce savant.
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pas alors d'harmonie possible des organes de ranimai avec le milieu où on le placera. On aura beau le transporter dans n'importe quel climat, il restera toujours ce qu'il était; — on arrive donc à la fixité de l'espèce.
Admettez, au contraire, avec l'école d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, que les organes se créent peu à peu, vous laissez alors le champ Ubr€ à tous les changements que pourront produire les divers milieux, et vous arrivez à la variabilité de l'espèce, mais non à celle de Lamark, qui disait, par exemple, qu'en élevant le râtelier d'un cheval, on forçait le cou de celui-ci à s'allonger de telle sorte que le cheval devenait girafe ; vous arriyez à une variabilité circonscrite dans les limites du possible et du vrai.
Étant posé ce premier principe, mentionnons-en un second qui va nous être utile, c'est celui de Tinégalité ou des arrôts de développement.
Tel animal présentera comme état définitif, dans un organe, l'état intermédiaire d'un autre animal que nous dirons supérieur ou inférieur à lui, au point de vue seulement de cet organe.
Ces différences entre deux animaux seront ou normales, c'est-à-dire prévues dès le commencement, et alors les deux êtres formeront deux espèces
distinctes, ou deux genres, ou deux ordres distincts, etc. ; ou bien ces différences ne se produiront que d'après les circonstances dans lesquelles on placera ou se placeront ces animaux, et alors on aura les variétés d'un même type, d'une même espèce.
C'est ce qui arrive pour l'espèce humaine, et nous pourrons dire :
Aucune race humaine ne se distingue d*une autre par un système propre à elle seule ; — mais les mêmes modifications organiques existant chez toutes , se présentent plus ou moins marquées dans chaque race, — Il ny a là quune inégalité de développement.
Nous allons maintement développer cette opinion et montrer comment M. Geoffroy Saint-Hilaire a pu arriver à la formuler ainsi.
1® La taille est essentiellement différente, nonseulement chez les diverses races, mais encore chez les individus d'une même race. Si l'on prend d'un côté lesLapons, de l'autre lesPatagons, c'est-à-dire les hommes les plus petits, et les hommes les plus
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grands, on a en présence deux caractères bien différents : le petit opposé au grand. C'est presque le oui et le non. Mais la question des races n*est pas de cette manière posée scientifiquement.
Il y a des intermédiaires pour la taille entre les habitants de la Patagonie et ceux de la Laponie. Et en partant de cette idée, voici ce à quoi Ton arrive :
Toutes les races ont présenté à leur naissance une taille de 50 à 60 centimètres par exemple, puis toutes ont grandi ; seulement la taille des Lapons se sera arrêtée à 1 mètre 30 ; les Kamschadales seront montés jusqu'à 1 mètre 57; les habitants des îles Marquises, à 1 mètre 78; les Caraïbes, à 1 mètre 86; les Patagons enfin, à 2 mètres. On voit donc qu'en définitive les Lapons se sont arrêtés à une taille qui, pour les autres races, n'aura été qu'un état de transition et qu'elles dépasseront plus ou moins, suivant les circonstances qui favorisent cet accroissement. Ici donc c'est une question d'inégalité de développement.
2® La couleur différente que l'on remarque chez chaque race est encore dans le même cas que la taille . Les partisans de la pluralité des races disent : Il y a des hommes blancs, des hommes noirs*
De cette manière, ils présentent deux caractères bien opposés, ce qui paraît donner quelque fondement à leur théorie. Car on dit alors avec eux: le blanc est le contraire du noir. Cela n'est pas ; il n'existe pas de races blanches. L'albinisme complet est une monstruosité que l'on rencontre du reste chez tous les pleuples.
De plus, dans les races dites blanches, on rencontre des individus entièrement noirs *. On a cité des personnes blanches jusqu'à Tâge de cinq ou six ans et devenues noires ensuite. — On a encore cité des nègres qui ont blanchi à une certaine époque de leur vie *.
Mais allons plus loin. Remontons à l'enfance chez les diverses races. Eh bien ! nous trouverons que les nègres aussi bien que le Mongol naissent blancs, et que ce n'est qu'au bout de quelques jours qu'ils prennent la couleur qui leur est propre. C'est ce que le docteur Guyon a observé en Afrique. —
* Les Juifs sont très-colorés, quelquefois même noirs ; on trouve dans TAncien Testament cette phrase : Formosa sum sed nigra,
2 En Chine, les femmes qui habitent les villes sont blanches ; quelques-unes de celles qu'on trouve dans les montagnes et les lieux froids sont blanches à yeux bleus et cheveux blonds. Le capitaine Cook a vu aussi chez les Malais des individus & yeux bleus et cheveux blonds.
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Camper cite aussi un cas analogue : il a vu naitre Teofant d une négresse, qui est resté rouge comme Tenfant caucasique pendant trois jours, au bout desquels il s'est manifesté quelques points noirs à la racine des ongles, au:( parties génitales, autour des mapaelons ; enfin, le sixième jour, Tenfant était noir.
Donc, Ton voit que le blanc s'est arrêté, sous le rapport de la couleur, à un état qui n'a été quQ transitoire pour le nègre, et que, dans certains cas, il peut le dépasser lui aussi.
Ce n'est donc encore ici qu'une inégalité de développement.
3*^ La forme de la iéte nous présentera des faits anajogues aux précédents. Oa dit ordinairement que le blanc a la tête ronde, globuleuse, la mâchoire courte, Tangle facial très-grand, — tandis que le nègre a une tête allongée, déprimée, une mâchoire proéminente, un angle facial très-petit.
Mais examinez les choses d'un peu plus près, vous verrez que, tandis que le blanc adulte a un angle facial de 82®, celui-ci est de 87® chez l'enfant def cette race et de 90® chez le fœtus. Daas la race éthiopique, l'angle de l'adulte est de 75® ; celui du fœtus peut aller jusqu'à 85® et 86®.
Or, on sait que les enfants de notre race ont, dans leur jeune âge, la tête plus grosse que dans l'âge adulte. C'est plus tard que peu à peu leur mâchoire proéminera et que T angle facial sera alors de 80,^.
Or, supposez que la mâchoire continue à avancer , vous verrez, comme dans certains cas anormaux de la race caucasique, comme dans la plupart des hommes nègres, l'angle descendre jusqu'à 75® à l'état adulte.
D'après cela, on voit donc que le nègre a dépassé un état qui a été l'état stationnaire pour le blanc. Encore ici, nous sommes en présence d'une inégalité de développement.
4® Le nez. — Chez l'enfant caucasique, tout le monde sait que la saillie nasale est très-peu apparente, le nez est presque entièrement déprimé. Ce n'est qu'à mesure que Ton avance en âge que Ton voit cet organe faire de plus en plus saillie sur la face ; quelques personnes de notre race conservent même toute leur vie cet épatement. — Chez le nègre, l'enfant a aussi le nez un peu apparent, et il garde ce caractère jusque dans l'état adulte. On voit donc que, dans ce cas, c'est encore une inégalité de développement, inégalité qui est cettiQ
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fois en faveur du blanc, celui-ci ayant dépassé un état qui est stationnaire chez le nègre.
6® Le tablier desHotteniotes, indiqué parPéron, est un des faits qu'on a présenté comme le plus tranché et le plus important en faveur de la pluralité des races. Mais ici ce n'est encore qu'une inégalité de développement. Cuvier et de Blainville, qui ont disséqué la femme hottentotte, connue sous le nom célèbre de la Vénus Jiottentoiey ont vu que, chez elle, les nymphes étaient développées d'une manière exagérée. Nous avons déjà indiqué ce fait, et aussi son existence chez les femmes d'Abyssinie, qui appartiennent cependant à la race caucasique. C'est donc une différence du plus au moins, et comme nous le disions, un nouvel exemple de l'inégalité de développement.
Rattachons à ce fait celui des développements graisseux de la région fessière chez les Hottentots ; on a pu le voir chez les individus qu'on a montrés l'an passé à Paris. Ces peuples utilisent ces excroissances pour y placer leurs enfants *.
^ Dans les moutons Caramanlis, on a trouvé à la queue un amas de graisse que Ton peut assimiler & ce que nous voyons cliez }es Hottentots.
6® La qv£ue des niam-niama est un exemple fort instructif au point de vue de l'origine simple ou multiple des races humaines, puisque ce n'est qu'un développement exagéré du coccyx. Voyez comme ]a théorie de l'inégalité de développement serait bien appliquée si le fait de l'existence de cette queue était vérifié. — En effet, en remontant à l'état fœtal, on trouve chez les fœtus de toutes les races une petite queue. Entre les races qui la conservent et ceux chez lesquels elle disparait, il n'y a donc comme différence qu'une inégalité de développement.
On arrive donc en résumé, ' en se bornant simplement à l'étude des faits, à ces deux assertions :
1® Il ny a pa^ d'hommes blancs et noirs, d'hommes à face allongée ou courte , mais il y a des hommes à peau plus ou moins colorée ^ à mâchoire plus ou moins allongée,
2® En prenant les races humaines dans leur développement successif, on voit que T homme noir a été dans son jeune âge aussi peu coloré que nouSj et même dans l'état embryonnaire moins coloré que nous ne le sommes à l'état adulte;
Que la face est courte et Fannie facial très-grand
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chez les individus jeunes de toutes les races, mais que seulement la face s allonge, et l'angle fardai dîW minue un peu chez le Caucasique, un peu plus chez le Mongolique, plus encore chez FKthiopiqv£;
Qv£ dans une mé?ne race on trouve des différences marquées sous le rapport de la couloir et des autres caractères.
Donc on peut dire avec Buffon que tous les hommes sont le même homme teint de la couleur du climjat.
A cette opinion plusieurs objections ont été faites, mais M. I. Geoffroy ne tenait, dans le cours de cette année, qu'à présenter la question sous son jour le plus simple, mais en même temps le plus scientifique.
Cette question de Tunité de Torigine des races a été résolue de deux manières :
1^ On admet plusieurs origines ; 2^ on admet Tunité d'origine ; mais deux écoles partagent cette opinion, celle do Cuvier et celle de Buffon et d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire.
Cuvier, comme nous le disions plus haut, admet
que les espèces animales sont immuables, qu'elles traversent la suite des siècles sans changer aucunement. Cuvier, s*il eût été conséquent avec luimême, aurait donc dû admettre quil y a plusieurs espèces, puisqu'il reconnaît à chacune des caractères particuliers ; mais, entraîné par des eonsidérations très-graves, il a admis qu'il y avait plusieurs races distinctes, mp-isque leur origine était unique. Buffon et Geoffroy Saint-Hilaire admettent, au contraire, que sous l'influence de circonstances extérieures, le type primitif a changé, quoique s'étant conservé dans ce qu'il a d'essentiel. En effet, on trouve chez notre race ce qui se passe chez les animaux domestiques : ainsi des mouflons sont nés nos moutons, et de ceux-ci naissent des races secondaires, tertiaires, et ainsi de suite; de sorte que l'on arrive à des variétés dont le nombre est en rapport avec celui des variations de milieu qu'ont subies ces animaux.
. Portons cette idée dans le règne humain : partout on trouve le type de l'homme, mais il y a des différences dans les détails ; youdra-t-on expliquer ces différences î Non, car, dit Bufibn, le progrès des sciences naturelles consiste en ce que l'esprit substitue la connaissance du comment à celle du pourqiLoi, Nous ne savons pas pourquoi tel elima^
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méridional donne en Amérique aux hommes la cou* leur rouge, tandis qu'en Afrique il donne la couleur noire ; mais quand nous demandons : Est-il possible, physiologiquement, que ces dernières races aient une origine commune, la science répond : Oui, cela est possible, car elle a fait la même réponse pour les animaux domestiques; et, chose remarquable, on trouve plus de différence entre les diverses races d'animaux qu'entre les races humaines. Ainsi, le lévrier et le barbet diffèrent en ce qu'ils se guident à la chasse, Tun par l'odorat, l'autre par la vision. Notez aussi que cette différence s'adresse au domaine des facultés.
De plus, d'après M. I. Geoffroy Saint- Hilaire, dans la science tout concourt à rendre favorable l'hypothèse de l'unité d'origine de l'homme : 1** la distribution géographique continue ; 2** la division de chaque race en variétés.
Le second point est évident ; car on trouve dans une même race des différences telles qu'il faudrait en faire plusieurs espèces, ce que n'admettent pas les partisans de l'origine multiple.
Quant à la distribution géographique, nous voyons qu'elle est continue, et que, de plus, dans les intervalles des diverses races, on trouve des races intermédiaires ; ainsi on a trouvé des métis entre notre
race et la race éthiopique, en Abyssinie. Le fait a été constaté par MM. Fauberville, d'Abbadie, Trémont.
M. d'Abbadie a vu que, vers le 30® L. Sud, il y a une transition insensible entre les deux races et qu'on ne peut pas les distinguer : les gens du pays eux-mêmes tiennent à appartenir à notre race. Le seul caractère distinctif est dans la différence de longueur des cheveux ; ceux-ci sont crépus chez tous, mais plus courts chez la race éthiopique pure. De plus M. d'Abbadie a vu que les plis transversaux qui existent à l'M de la paume de la main chez les individus de race caucasique manquaient chez les Ethiopiens. M. L Geoffroy a vérifié ce fait.
Ajoutons un mot :
Les produits entre les différentes races humaines sont féconds, ce qui n'a pas lieu pour les métis de deux espèces différentes ; car ceux-ci sont ou inféconds de la première génération, ou féconds jusqu'à la quatrième ou cinquième génération seulement. Le mulet, par exemple, métis de l'âne et du cheval, est infécond. Il y a dans l'histoire naturelle bien d'autres f^its de ce genre à citer. Le produit du nègre et du blanc est parfaitement fécond : c'est le mulâtre. Il en est de même du zambo, métis de là.
94 UmTB D*0MOINB
rade eaucasiqae et de la race nègre; du basier, métis d'au Caucasique et d'une Hottentote, produit à couleur basanée et remarquable par Télargissement de la face et la proéminence des pommettes.
Nous reviendrons sur ces faits dans une étude sur Tespèce.
Tous ces produits, disons-nous, sont féconds, et cela est un argument en fateur de l'origine unique des races humaines i
iJM
Je donne en terminant la lettre que j'écrivis k M. Geoffroy Saint-Hilaire, pour lui demander Tautorisation de publier à part ces leçons déjà parues dans la Bévue des Cours publics:
MoNSUSUR ET CHER MAITRE,
Bamo sum et nil humani a me alienum puto,
(Térence.)
Vous ayez accueilli arec bonté et encouragé arec sollicitude les premiers efforts tentés par mon inexpérience, dans la carrière des sciences naturelles.
Vous m'avez ainsi imposé une tâche qu'il m'est doux de remplir, celle de vous prouver chaque jour ma reconnaissance.
Aussi ai-je reproduit aussifidèlement que j'ai pu quelques-unes de vos leçons publiques.
Que TOUS n'ayez pas été insensible à cet hommage ^ cela double pour moi le plaisir de le renou- Teler à ravenir, et c'est ce que j'essaie de faire aujourd'hui en vous dédiant l'analyse de vos leçons sur l'homme.
Ce petit opuscule aura peut-être une opportunité plus grande, malgré sa trop restreinte publicité, par ce fait que plusieurs professeurs ont ti'aité le même sujet dans ces derniers temps.
M. Flourens, au collège de France, examinant les vues de Camper sur le sujet qui m'occupe, et analysant ses travaux de l'angle facial, a parlé de l'origine des races humaines, et il dit en terminant : « Tous les hommes sont frères ; ils sont nés ou ont pu naître d'un même père. » Malgré ses habitudes d'affirmation complète, M. Flourens semble se ranger ici sous le même drapeau que vous.
M. de Quatrefages au contraire va plus loin, il affirme que nous sommes tous de la même origine et il veut le prouver.
Quand un esprit aussi distingué que le sien annonce une telle intention de sa part, le devoir des esprits non convaincus et encore peu éclairés
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sur des sujets si complexes, le devoir de ces esprits est, dis-je, d'attendre la démonstration.
M . de Quatrefages ajoute quon lui pose le dilemmesuivant : Ou vous admettez ou vousn'admettez pas Torigine unique des races humaines. Dans le premier cas vous êtes un higot et les libres penseurs vous repoussent; dans le second vous êtes un libre penseur et TÉglise vous rejette de son sein.
Or, pour éviter ce dilemme, le professeur dont je parle dit qu'il se tiendra constamment sur le terrain de la science, le seul qui puisse être susceptible de changement et de remaniement, tandis que celui de la foi est un roc inébranlable.
Il pourrait dire aussi que la première partie du dilemme ne peut pas être appliquée par les Ubres penseurs, car pour eux il importe peu que nous descendions ou non du même homme.
La seconde partie est seule vraie, car si on admet la pluralité des races, l'édifice catholique s'écroule.
Quoi qu'il en soit, si les catholiques veulent prendre comme un argument l'unité d'origine, qu'ils s'en servent non pour eux mais pour le bien de l'humanité. C'est ce que ne prouvent pas" les désordres qui ont lieu en Australie où l'on regarde les hommes comme des chimpanzés sans queue, et indignes de vivre.
Du reste, comme l'a dit M. de Quatrefages, ce n'est pas tel ou tel système religieux qui pourra influer sur la solution d'une question purement zoologique. — La zoologie seule doit dire si l'unité d'origine est probable, si elle est démontrable I
Veuillez agréer l'assurance de mes sentiments distingués et de ma profonde gratitude,
Camu^le Delvaille.
Voici la réponse de M, Geoffroy Saint-Hilaire .
Mon cher Monsieur,
Nouvseulement j'autorise la publication que vous projetez, mais je ne puis que la voir avôc plaisir. Si vous trouvez que quelques-unes des vues que j'ai émises soient bonnes à répandre, répandez-les; tout ce que vous ferez sera bien fait.
Je verrais avec la plus grande satisfaction que M. de Quatrefages allât plus loin que moi, sur la question capitale de l'origine commune des races humaines. Tous les hommes sont-ils frères 1 La religion et la tradition répondent : oui ! La science