DE LA CLASSIFICATION DES RACES HUMAINES
A Tépoque ou Linné écrivît son Systema naturœ, on n avait que peu de renseignements à ce sujet. Linné n'a donné que des indications sur les races humaines ; comme de son temps on ne connaissait que quatre parties du monde, il n'admet que quatre races: Teuropéenne, Tasiatique, lafricainfe, l'américaine. Il dit que la première est blanche, la seconde jaune, la troisième rougeàtre, la quatrième noire.
Après lui on découvrit en Océanie une race nouvelle que les continuateurs de Linné appelèrent ^ace brune.
Puis intervint l'illustre naturaliste qui est avec BufTon le père de l'anthropologie, nous voulons parler de Blumenbach. Il adopta au fond la clas* sification de Linné, mais il vit que la race blanche
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oecape plus d'espace ea Asie qa&i Europe et qu on la troure aussi en Amérique; il changea son nom d'européenne en celui de cautxuique^ parce qu'elle était partie dn mont Caucase, trouTant en effej; sur ces montagnes les types les pins parfiûts de notre race. Quant à l'asiatique de Linné, il l'appela mon" jTo&^ue; l'africaine, éUdopique, H supprima la race brune et établit la race malaie, qui habite la Malaisie et qui est jaune.
n donne pour caractère à la race caucasique le déyeloppement du fix>nt, la brièreté de la face, le peu de saillie des pommettes , la rectitude et la saillie du nez ;
A la race mongolique les pommetteà larges, le nez déprimé, les lèyres un peu épaisses, les cheveux lisses ;
A la race éthiopique les cheveux crépus, les pommettes saillantes, les lèvres épaisses, le front déprimé, la face allongée.
Beaucoup d auteurs admettent aujourd'hui cette division, d'autres ajoutent une race américaine.
Voici la classification de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, résumée dans un tableau.
[blanche ou basanée à saillant! barbe abondante. R. Caucasique.
Bace] cuivrée, barbe et poils
du corps rares. R. Àlléganienne, un peu lisses ) ^^ 1 oblique, kcuivrée. R. Américaine. primé. 1 ibasanée ,
ne
^«"^ ^^ Races."^ *^i"®*^--
Races J I axe I '1 petite. ^.Hyperboréenne,
à cheveux^ f f (jaunâtre. R. Malaxe.
tr.-obliq. R. jaunâtre. R. MongoUque, très-déprimé, membres inférieurs très-grôles. R. Australienne, saillant. Race bronzée. R. Cafre.
1 ♦ H«s /noir®; ibiendévecrépus,1ir^j^e-i ^^j^^^ I ^^^^^^ ^.Èthiopique,
nez 1 prjni Hnférieursltr.-gréles. R. Mélanienne. l basanée. R. Hottentote.
Nous allons successivement donner les caractères de ces onze races.
1® Hace caucasique. Les cheveux sont lisses, le nez saillant ; l'angle facial est le plus ouvert : sa moyenne est de 82". Il y a développement complet du système pileux dans le sexe masculin ; la taille est moyenne ; il y a des hommes à taille trèsélevée, d'autres de fort petite taille; ces derniers se trouvent dans les régions froides. — La peau
n'est jamais blanche, il y a toujours de la matière colorante , seulement moins que dans les autres races. Le dépôt de pigmentum peut aller chez nous jusqu'à produire une peau presque noire.
On pourrait dire qu'actuellement la race caucasique est répandue dans l'univers entier; mais' en faisant abstraction des colonies nouvelles qu'elle a fondées, nous voyons qu'elle habite essentiellement l'Europe, excepté les régions voisirifes du cercle arctique. On la trouve aussi dans la zone septentrionale de l'Afrique, le long de la Méditerranée ; elle existe encore en Egypte, où elle remonte en suivant le Nil jusqu'en Nubie et en Abyssinie. On la trouve enfin en Asie-Mineure, en Perse, dans rinde, en Judée, en Arabie, en Syrie.
Elle fournit trois grands rameaux :
1® Le rameau arabe qui a la figure allongée;
2** Le rameau égyptien où la même chose se présente ; seulement ici, l'angle facial perd un peu de son ouverture, la peau devient plus foncée.
3" Le rameau indo-germ^inique pu arien ^ parti en toute apparence des plateaux de l'Asie centrale (Inde et Perse). La découverte de cette origine a été faite il y a plusieurs années par Augustin Thierry et W. Edwards.
Nous avons dit plus haut que, dans notre race»
il y avait des hommes noirs, par exemple, en Nubie. On pourrait objecter avec raison que ce pays est très-près du pays de» nègres et que le mélange a pu se faire, d'autant plus que, chez quelques Abyssins, on remarque que les cheveux sont crépus. — Mais cette objection fdt-elle vraie, on verrait, néanmoins, que la peau blanche n'est pas le caractère constant de notre race. En effet, dansTInde, les castes les plus inférieures ont la peau excessivement colorée, presque noire, tandis que les plus élevées, celles des Brahmes, ont une couleur que les voyageurs expriment par les mots de couleur caje au lait, ou pain dépice clair. On sait de plus que, dans le midi surtout, on trouve des hommes à peau brune et quelquefois noire.
11® Race alléganienne. Longtemps on croyait que la race caucasique avait seule le nez saillant. Mais, aujourd'hui, on a reconnu que la race alléganienne, qui vit dans les monts Alléganis, présentait le même caractère.
Ces peuples se trouvent disséminés parmi d'autres nations d'Amérique. Ce qui les distingue de nous, ce sont les deux caractères suivants : la couleur un peu cuivrée du visage et l'absence presque complète de barbe.
Notons ici une circonstance remarquable. On
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s*est demandé si ce défaut de barbe venait, ou de ce que ces hommes Tarrachaient, ou de ce qu'elle ne poussait pas. L'une et Tautre explication sont vraies.
Leur barbe pousse très-peu et les iUléganiens s'arrachent le peu de poil qui leur couvre le visage. Cette pratique se rattache à un fait général qu'il ne faut pas perdre de vue, lorsqu'on fait l'histoire comparative des différentes races humaines : c'est que chaque peuple, chaque sexe, considère comme beauté ce qui est le caractère exagéré de cette race, de ce sexe. Ainsi, les caractères importants de notre race, sont la blancheur de la peau, le large' développement du front, la proéminence du nez. Eh bien, nous voyons ces caractères prisés à un haut degré chez nous. — Nos femmes ont soin de conserver leur peau aussi blanche que possible. Nos statuaires et nos peintres nous représentent avec des fronts très-dé veloppés et un nez assez saillant.
Les peuples dont nous parlons sont très-intelligents, mais malheureusement la guerre incessante qu'on leur fait empêche que chez eux le développement intellectuel et moral puisse se faire librement.
Les quatre races qui viennent ensuite ont la
nez moins saillant, elles ont un caractère commun, que Ton trouve au plus haut degré chez la race mongolique, c'est l'obliquité des yeux.
3^ JRace américaine, hes cheveux sont lisses, le teint cuivré, le système pileux peu développé. C'est une race trôs-répandue; il serait possible de la diviser en deux rameaux : l'un dolichocéphale, l'autre brachycéphale * .
4° JRa^e hyperboréenne. Cette race a été, pouf la première fois, séparée des autres par M. C. Duméril. Elle habite près du pôle ; elle comprend les Lapons , Esquimaux , Samoiëdes , Groè'nlandais. M. Duméril dit qu'ils sont petits, ont la peau basanée, que leurs femmes sont nubiles de très-bonne heure. On explique la plupart de ces caractères par les habitudes de ces peuples ; en effet, ils logent, pendant six mois de l'année, dans des pièces étroites fortement chauffées et enfumées. — On peut les diviser en deux rameaux qui sont les Esquimaux
4 Pritchard appelle Prognathes les peuples dont la mâchoire est projetée en avant. Ceux qui ont le caractère inverse ont reçu le nom (Vorthognathes (mâchoire droite) ; on le donne aux espèces de notre race. Ces mots n'ont cependant qu'une valeur secondaire; ils ne font qu'indiquer les deux extrêmes d'une infinité de termes qui se fondent les uns dans les autres.
Retzius a appelé brachycéphales les peuples à crâne court et globuleux, il a appelé dolichocéphales ceux à crâne allongé.
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(dolichocéphales) et les Lapons (brachycéphales).
5® Race maiaie. On y trouye aussi des types fort nombreux. Il est probable, par suite , que Ton finira par en faire des rameaux séparés. Ces peuples ont la peau jaunâtre ; il n'y a pas de teinte range.
On les trouve dans un grand nombre de pays ; aussi chez ces peuples la couleur n'est pas très -fixe. Ceux de Malaca, Sumatra, Java, ont la peau jaune; mais on trouve, dans beaucoup d'îles de TOcéanie, des individus de même race qui semblent préférer, sauf une exception, les bords maritimes, et que Bory de Saint-Yincent avait désignés, pour cette raison, souslenom de race neptunienne. Dans les îles de Ta Société, de Taati, de Gambier, la beauté de cette race*, sa ressemblance avec la nôtre, a frappé les navigateurs. Il y a des documents récents fournis sur eux par le P. Henry, lequel écrit qu'on les prendrait pour des hommes caucasiques, seulement un peu plus jaunâtres que nous ; qu'on trouve môme chez eux des enfants blonds. Le missionnaire dit que ces hommes sont admirablement faits, et il ajoute : » C'est ainsi qu'Adam devait se promener dans le Paradis terrestre ! » Ces peuples sont très -intelligents.
6® Race mongolique. Les cheveux sont encore lisses et la peau jaunâtre peu foncé, surtout dans
la ddisse élerée, ôhez les individu^ qui sortent peu; ainsi les femmes, qui restent presque toujours dans leurs maisons, présentent, quelquefois» une peau aussi blanche que celle des femmes caucasiques. — Le nez de la racé mongolique est court, large ; les lèvres sont grosses, les pommettes saillantes. C'est une des races humaines les plus répandues; elle occupe la plus grande étendue de la surface du globe ; on la troùye dans toute l'Asie, excepté aux lieux où se trouvent des individus de notre race, et des races malaie et hyperboréenne.
Nous voyons que jusqu'ici nous avons déroulé pour ainsi dire les anneaux d'une même chaîne, mais entre la race dont nous avons parlé et la suivante, il y a presque un abîme.
7® Race australienne. Elle habite la Nouvelle- Hollande; malgré sa différence avec les races qui précèdent, elle a, comme elles, les cheveux lisses. Le nez est fortement déprimé, les lèvres épaisses, les mâchoires proéminentes, la peau noire; les muscles des bras et des jambes présentent un dévelojppement très-faible, et cela s'explique parce que ces peuples sont très-misérables. Ils sont aussi trèspeu avancés et très-peu intelligents. La guerre in-
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cessante qae leur font les Anglûs les menace d'une destraction complète.
Nous passons maintenant anx cheveux crépus.
8* Race cafre. Le nez est saillant, la peau n'est pas noire, mais d'un brun noirâtre; c'est la couleur bronze foncé. Ces peuples sont remarquables par leur intelligence et leurs idées élevées, quoique, cependant, ils soient au nombre de ceux que leurs voisins attaquent et veulent détruire pour cause d'infériorité. Ils ont la notion de Dieu et l'appellentle beau suprême;\S& croient à l'immortalité de r&me; ils pensent que leurs ancêtres vivent au-dessus d'eux et les protègent. Ces peuples sont remarquables par leur habitation géographique ; on ne les trouveque dans la Cafrerie (Afrique australe) , à côté de la race hottentote.
9* Race éthiopique. Cette race, appelée aussi race vègre, comprend des peuples à face allongée, à angle facial de 70® ou 75'', à lèvres épaisses, à nez large, épaté, à pommettes un peu larges, à yeux quelque peu obliques. On a dit que l'ombilic était plus bas chez eux que dans la race caucasique, que le mollet était placé plus haut, que le cristallin était plus épais. Ces faits méritent confirmation. Chez les nègres, la tête est très-comprimée.
La race éthiopique habite une grande partie de rétendue de l'Afrique.
10° Hace mélanienne. Les cheveux sont crépus, le pigmentum es't noir.
Cette race se trouve dans les mêmes régions que la race malaie. Ces peuples se distinguent des nègres par leur barbe, par la gracilité de leurs membres inférieurs et supérieurs. Ces défauts tiennent sans doute à la misère et à Toppression dont ces peuples sont l'objet de la part de la race malaie qui est plus intelligente. Il y a des îles où ces deux races vivent ensemble, d'autres où se trouve la race malaie seule, d'autres où il n'y a que la race mélanienne.
11° Bace hottentote. Elle est remarquable par l'élargissement de ses pommettes, l'obliquité de ses yeux; elle a, commelarace nègre, les lèvres grosses et les cheveux crépus. Le nez est plus imparfait que dans cette dernière race ; il est peu saillant à la partie postérieure. On trouve chez les Hottentots un caractère fourni par le mode d'implantation des cheveux ; la ligne d'implantation forme sur le devant une courbe régulière, sans angles alternativement rentrants et saillants comme chez nous.
Les Hottentots présentent une particularité pour
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la prononciation; ils font entendre en parlant nne sorte de dapement que quelques auteurs regardent comme un signe d*infériorité, prétendant que ces peuples ne pourraient exprimer certains mots. Mais il n'est pas ainsi : ce même clapement se retrouve chez les Cafres. dont Tintelligence bien développée ne peut être mise en doute. Un grand nombre de ces derniers savent l'anglais , et on a appris par eux que ce olàpement est un signe de ralliement pour toutes ces races.
On a dit également que le tablier des Hottentotes était un organe spécial ; mais cela n'est pas. Ce tablier n'est qu'un développement exagéré des nymphes qui existent chez les femmes de tous les autres peuples, seulement chez les Hottentotes elles peudent en dehors et affectent la forme d'un petit tablier, ce qui leur a fait donner ce nom. Du reste» l'existence de cet organe ainsi développé n'est pas un signe d'infériorité, car on le retrouve ches les individus de nos variétés nubienne et abyssine.
Tel est l'ensemble des caractères qui distinguent les différentes races humaines les unes des autres. Avant de passer à la discussion sur la valeur de * ces oaractères, nous jetterons uq coup d'oeil sur les
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diverses régions du globe considérées sous le rapport de la distribution géographique de ces races.
En Europe, — On trouve la race caucasique sur la plus grande étendue. Près du cercle polaire arctique habite la race hyperboréenne.
'EnAsie. — lia race caucasique. A l'est, de l'autre côté du"Gange, la race mongolique qui habite la Chine, la Tartarie, le Japon, etc. Au nord, quelques peuplades de la race hyperboréenne. Au sud, sur les côtes, la race malaie.
En Afrique. — Presque partout, excepté au nord, la race éthiopique. Au nord et un peu à l'est, la race caucasique. Au midi, les races cafre, hottentote et malaie. Enfin, disséminés au milieu de la race éthiopique, on trouve les Foullahs dont nous avons déjà parlé.
En Amérique. — Sont les races américaine, hyperboréenne, alléganienne.
En Océanie, — On trouve, pour l'Australie, la race australienne; dans les îles, les races malaie et mélanienne.
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