‹ Études sur l'histoire romaine [microform]; Guerre sociale-Conjuration de CatilinaChapitre 18 sur 43 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

La durée et la rigueur inusitées de Thiver retardèrent Touverture de la campagne. Lorsque les opérations militaires purent commencer, Marins fut opposé à Sylla, qui menaçait le Latium, et Carbon à Métellus, qui, soutenu par Pompée, allait envahir TOmbrie et la Gaule cisalpine.

Marius avait établi dans Préneste de grands magasins. Il y avait fait transporter Tor du Capitole, et jusqu'à des statues également enlevées à des temples et destinées sans doute à la fonte (1). Située sur une montagne presque inaccessible, Préneste passait alors pour imprenable ; mais en la choisissant pour place d'armes de préférence à Rome, Marius songeait moins aux avantages de sa position militaire qu'au danger de laisser ses magasins et son trésor en quelque sorte à la disposition du sénat, qui lui inspirait autant de défiance que de

haine.

Les premières manœuvres des deux armées nous sont entièrement inconnues. On ignore même où Sylla avait pris ses quartiers d'hiver; mais comme, à la fin de la campagne précédente, il avait fait sa jonction avec le corps de Pompée, il y a grande apparence qu'il avait établi la base de ses opérations dans le pays des Marses. Du moment que les Samnites et les Lu-

(I) Phn., XXXIII, 5. — Voy. la note de Hardoum.

Câniens faisaient cause commune avec les consuls, la position de Sylla dans la Campanie devenait très-critique, et ses communications avec ses lieutenants auraient été presque impossibles. Je crois donc qu'il s'était contenté de jeter des garnisons dans les villes de la Campanie qui s'étaient déclarées pour lui après la bataille du mont Tifata, sans essayer de tenir la campagne contre ses adversaires, bien supérieurs en nombre dans cette province. Il paraît encore que les frontières du Samnium n'étaient point menacées, car Marius avait été rejoint par un corps considérable de Samnites, commandés par le jeune Pontius Télésinus, dont le frère était devenu le généralissime des confédérés depuis que la blessure de Papius Mutilus avait mis ce chef renommé hors d'état de servir sa patrie. Avec ce renfort, l'armée de Marius se composait de quatre-vingt-cinq cohortes (1).

Aussitôt que, pour me servir d'une expression de Napoléon, on commence à voir clair sur l'échiquier, nous trouvons Sylla, maître de Sétia dans le pays des Volsques, marchant sur Signia, où Marius avait pris position, et cherchant à se réunir à Cil. Dolabella, un de ses lieutenants, détaché dans le pays des lîerniques, peut-être aux environs d'Anagnia (2). Probablement le plan de Sylla avait été de couper les communications de Marius avec le Samnium, et de donner la main à ses garnisons de la Campanie. Marius essaya, de son côté, de s'opposer à la jonction de C. Dolabella; à cet effet, quittant sa position de Signia, il se porta, par un mouvement rétrograde, dans la plaine de Sacriport, entre Signia, Anagnia et Préneste. Ce fut en ce lieu que les deux armées principales se rencontrèrent. Sylla, comptant sur l'arrivée prochaine de son lieutenant, cherchait à engager l'action et pressait la marche de ses troupes. Mais Marius, en se retirant, avait coupé la route sur plusieurs points, et son arrière-garde disputait vivement chaque passage difficile. On combattit quelque temps de la sorte, en marchant au milieu d'une pluie battante, qui, détrempant la terre, aug-

(1) Plut., SulL, 28. — Environ 40,000 hommes

(2) Cfr., Plut., SulL, 23. — App., Cir., I, 87.

If

ESSAI

mentait la fatigue du soldat. Arrivé à Sacriport, le jour de'jà très-avancé, Sylla voulut attaquer renncmi, qui paraissait vouloir accepter la bataille en ce lieu ; mais ses tribuns lui montrant les soldats liarassés, les uns couchés dans la boue, les autres se soutenant à peine appuyés sur leurs boucliers, le conjurèrent de leur donner quelque repos, et de ne pas mener au combat des hommes qui avaient à peine la force de tenir leurs armes. La nuit précédente, Sylla avait vu en songe le vieux Marius avertissant son fils que la journée du lendemaii^ lui serait fatale (1), et sur la foi de ce rêve, Sylla voulait absolument en venir à une action générale. Entre Tévidence du danger et ses idées superstitieuses, il demeura quelque temps indécis, mais la prudence remportant ù la fin, il donna, quoique à regret. Tordre de camper à Sacriport. Déjà, suivant la pratique constante des légions romaines, ses soldats creusaient un fossé et plantaient des palissades, lorsque Marius, espérant avoir bon marché de ces troupes accablées de fatigue, co^nmença lui-même le combat en les chargeant à la tète de sa cavalerie. Tant d'audace irrita ces braves vétérans el leur fit oublier tout ce qu'ils avaient souffert de la marche et de la pluie. Abandonnant leurs ouvrages ébauchés, ils plantent leurs javelots sur le bord du fossé, et s'élancent, Tépée à la main, contre leurs adversaires. Le choc fut terrible, et le combat se maintint quelque temps indécis, jusqu'à ce que cinq cohortes et deux, escadrons de cavalerie qui formaient la droite de l'armée de Marius, jetant tout à coup leurs enseignes (2), passèrent à Ten- Demi (3). Cette défection décida la journée. La déroute devint généralej et bientôt le chemin de Préneste fut couvert d'une masse confuse de fuyards qui se précipitaient pour y chercher un asile. On se hâta de leur fermer les portes de la place, d ms la crainte que les vainqueurs n'y entrassent pêle-mêle avec eux. Acculés amsi aux murs de Préneste, ces malheureux lurent ^'^illés en pièces sans que le désespoir pût leur rendre as-cz

(1) Plut., 5wîf.,28.

(2) Il parait que, dans les guerres civiio#/»o? T.ùa.-: Jti« chef» éi^iient inscrits sur les enseignes nailiUires.

(3) App , Civ.f I, 87.

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de courage pour faire quelque résistance. Marius, entraîné dans le flot des fuyards, ne dut son salut qu'à une corde qu'on lui jeta du haut des murs, et au moyen de laquelle on le hissa dans la ville (1). Le jeune Télésinus parvint également à s'y réfugier; mais, de leur nombreuse armée, vingt mille hommes avaient péri, la plupart dans la déroute, huit mille étaient prisonniers. Sylla, dans ses commentaires, avait écrit, au rapport de Plutarque (2), qu'il ne perdit que vingt-trois de ses soldats dans cette mémorable journée; assertion plus que suspecte, lorsqu'il s'agit d'une bataille où Ton ne combattit qu'avec Tépée; mais Sylla voulait se faire passer pour le protégé des dieux, et ne négligeait aucune occasion de frapper le vulgaire par le merveilleux de ses succès.

Jusqu'à présent, nous l'avons vu ménageant ses ennemis, tant qu'il suppose que ce semblant d'humanité peut servir ses dessoins. Désormais, assuré du triomphe, il révèle tout entier son caractère féroce. Après le combat, tous les Samnites prisonniers furent égorgés de sang-froid sous les murs de Préneste (3).

De son côté, Marius ne se montra pas moins cruel. La bataille de Sacriport ouvrait les portes de Rome à son rival ; il ne voulut pas que ses ennemis pussent féliciter le vainqueur. Par son ordre, le préteur Junius Brutus Damasippus réunit le sénat dans la curie, qu'il fit seciètement environner par une bande d'assassins. Là, tous les sénateurs désignés par Marius, ou seulement suspects au préteur, furent impitoyablement massacrés (4). On exerça de hideuses atrocités sur les cadavres des

(1) Plul.,5Mt/.,28.

(2) \\d.,ibid.

(3) App., Civ., I, 87. — La haine furieuse de Sylla contre la nation samnile n'a point été encore expliquée. Je ne comprends l'inaction de ce peuple pendant une année entière, et l'acharnement qu'il montra dans la suite, qu'en admettant l'hypothèse que j'ai proposée plus haut, à savoir qu'un traité exista d'abord eiilro Sylla et les Samniics, eu vertu duquel ceux-ci lui permirent de passer en Campanie; la rupture de ce même traité aurait été considérée de part et d'autre comme une trahison dont il fallait tirer une terrible vengeance.

(4) App., Cfy., I, 88. — Vell. Pal., II, 27.

ESSAI

victimes, qui, après avoir été traînés par les rues, exposés à tous les outrages de la populace, furent enfin précipites dans le Tibre. Quelques heures après cette sanglante boucherie, les meurtriers prenaient la fuite, abandonnant Rome a Sylla, qui n'y trouvait plus qu'une plèbe affamée aujourd'hui saluant son entrée de ses acclamations, qui la veille applaudissait au sup-

plice de ses amis. » i p.

Dans le nord, la guerre se poursuivait avec une égale fureur et là encore la fortune de Sylla accompagnait ses lieutenants. T. Albius Carrinas, battu par Métellus sur les bords de TAesis, perdait son camp, et, par suite de cette défaite, était contraint d'abandonner une partie de l'Ombrie (i). En vam Carbon, arrivant d'Étrurie avec une armée nombreuse, espérat-il un moment laver la honte de ce revers. Au lieu d'accabler son ennemi tout d'un coup, il perdit du temps à manœuvrer pour l'envelopper complètement. Déjà il se fiattait de le réduire, lorsque la nouvelle de la bataille de Sacriport vint le frapper de désespoir. 11 perdit la tête et se replia précipitamment sur Ariminum, suivi de près par Pompée, qui, dans cette retraite, semblable à une déroute, lui fit éprouver des pertes considerarables (2).

§ xvn.

Depuis la prise de Rome par Sylla, Carbon n'est plus le chef de la république; il n'a plus d'auspices, plus de Jupiter Capilolin qu'il puisse invoquer à son aide. Déjà depuis longtemps son armée ne comptait presque plus de Romains dans ses rangs. Le voilà devenu une espèce de capitaine d'aventure, conduisant une armée étrusque, et défendant l'Étrurie, sa patrie adoptive. Sur ce terrain la guerre semble reprendre une fureur nouvelle; c'est qu'il s'agit à présent de l'existence même d'un peuple qui, après une longue léthargie, s'agite quelques instants à la lumière , pour disparaître bientôt à jamais d« la scène du monde.

(1) App., Ctt;., I, 87.

(2) Plut., Pomp.t 7.

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SUR LA GUERRE SOCIALE

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Si Ton tourne les yeux vers le midi de l'Italie, un spectacle semblable se présente. Marins et les Romains qui restent attachés à sa fortune, étroitement bloqués dans Préneste, ont cessé de jouer un rôle dans le grand drame qui s'achève. Mais ce vaste champ de bataille du Latium, cette terre arrosée de sang, ne cessera pas pour cela de s'engraisser de nouveaux débris humains. Les Samnites descendent plus ardents dans cette arène ; c'est que la prise de Rome les soulage d'un grand poids. Ils rougissaient de se voir les alliés des Romains ; aujourd'hui, libres de l'apparence même d'un engagement, ils recommencent cette vieille lutte dont l'origine remonte aux temps héroïques, et cette fois, c'est un duel à mort entre les deux nations. Ainsi, après avoir porté ses aigles victorieuses dans toutes les parties du monde, Rome, reculant, pour ainsi dire, de quatre siècles, se trouvait encore disputant péniblement aux Samnites et aux Étrusques la possession de l'Italie.

Carbon, laissant une partie de ses troupes dans Ariminum, avait concentré le reste devant Clusium, et couvrait cette ville, qui renfermait ses dernières ressources, par un camp retranché sur les bords du Glanis (1). De son côté, Sylla, après avoir confié à un de ses lieutenants, Lucrétius Ofella (2), le blocus de Préneste, avec des forces suffisantes pour arrêter au besoin les Samnites, s'ils essayaient de secourir cette ville, se disposait à envahir l'Étrurie avec l'élite de son armée. En même temps , Pompée refoulait Carrinas sur l'Ombrie méridionale , et Métellus, embarquant ses légions sur l'Adriatique, les portait à Ravenne, et tournait ainsi la forte position d' Ariminum. A cheval sur la voie Émilienne, qui, partant de cette dernière ville, aboutissait à Placentia, Métellus fermait le passage aux renforts que Carbon pouvait tirer de la Gaule cispadane. Enfin, un corps détaché dans la Campanie tenait en haleine les Lucanicns et les Samnites, qui, à l'exemple des Romains de Sylla, remplissaient cette riche province de massacres et de dévastations (3).

(1) La Cbiana. — App., Civ., I, 89.

(2) C'était un déserteur du parti de Marins.

(3) App., Civ., I, 89. — Flor., 111, 21, 22

ESSAI

A son entrée dans lÉtrurie, Sylla ne rencontra d'abord que peu d'obstacles. Sur les bords du Glanis et devant Saturnia, il obtint quelques succès d'avant-garde (1), qui TenhardirP-nt à attaquer rarméc principale de Carbon, dans la position formidable qu'elle occupait en avant de Clusium. Là, sa fortune parut l'abandonner pour un instant. Pendant tout un jour on se battit avec le dernier acharnement, et la nuit seule sépara les deux armées -, mais les Étrusques avaient conservé toutes leurs positions ; les légions ennemies avaient fait des pertes considérables, et Sylla lui-même, troublé d'une résistance à laquelle il ne s'attendait point, ne se crut pas en mesure de renouveler ses attaques. D'ailleurs, sa situation en Étrurie commençait à lui donner des inquiétudes. On lui annonçait que les Samnites et les Lucaniens allaient descendre en force dans le Latium ; il était urgent de les arrêter au débouche des montagnes, de couvrir le blocus de Préneste, de couvrir Rome même restée sans défense. Sylla fut donc contraint de faire retraite; mais ce fut avec honneur; car dans sa marche rétrograde il battit une des divisions que Carbon détachait au secours de Carrinas, alors vivement pressé par Cn. Pompée (2).

Carbon, de son côté, était hors d'état de poursuivre ses avantages; il recevait à la fois les nouvelles les plus alarmantes. Dans\a Gaule, la diversion de Métellus le privait d'une partie de ses ressources, et le proconsul y faisait chaque jour de nouveaux progrès. D'autre part, il apprenait que Préneste allait manquer d^ vivres et se trouver réduite aux plus dures extrémités. Dans ces conjonctures, il partagea son armée. Huit légions, sous la conduite de Marcius, un de ses lieutenants, marchèrent sur Préneste; tandis qu'avec le reste de sos troupes il reprit le chemin d'Ariminum, espérant pouvoir accabler MéteUus, isolé dans la Cispadane (3), pendant que le gros des forces

(1) App.,Cîv.,l, 89.

(2) U.^ihid., 00.

(3) On voit que Carbon et Sylla attachaient l'un et 1 antre une grande importance à la possession de la Gaule cisalpine. Outre lesrecrues que cette province envoyait sans cesse, elle fournissait aux armées de la république et à t&uie l'Italie une immense quantité do provisioiis de bouche, surtout des viandes salées.

SUR LA GUERRE SOCIALE

de Sylla serait aux prises avec Marius et les Samnites. Par la jonction des deux grandes armées étrusque et samnite , la guerre pouvait changer de face ; Marius allait être dégagé, tandis que Sylla, environné de toutes parts par des forces supérieures, se verrait obligé de livrer une bataille dont toutes les chances étaient contre lui.

On a peine à comprendre pourquoi, dans ce grand mouvement, Carbon ne se réserva pour lui-même qu'un rôle secondaire; car si l'armée de Sylla était battue, Métellus, isolé dans une province ennemie, était perdu sans ressources. Carbon avait un génie organisateur. Son grand talent c'était d'improviser des armées ; d'ailleurs, général timide et lent, dès qu'il s'agissait de les conduire. Peut-être, se rendant justice, se crut-il moins propre que Marcius à exécuter un mouvement qui demandait de l'audace et de la rapidité. Peut-être encore, à une époque où les trahisons étaient si fréquentes, et lui-môme en avait fait la triste expérience, fut-il rappelé dans Ariminum par la découverte de quelque complot. 11 disait qu'en Sylla il avait à combattre tout ensemble un lion et un renard, et que le renard était le plus dangereux (1).

Marcius, en se dirigeant sur Préneste, avait sans doute dans ses instructions l'ordre d'éviter la route que suivait Sylla dans sa retraite, c'est-à-dire, suivant toute apparence, lavoieCassia, qui traversant Vulsinii, Sutriura, aboutissait, sur la rive droite du Tibre, à la porte Flumentale (2). Je suppose qu'il marcha par une route parallèle, mais sur la* rive gauche du fleuve : c'était le chemin le plus court, mais il prêtait le tlanc à Pompée, qui, après avoir battu Carrinas dans plusieurs rencontres, matiœuvrait dans les environs de Spolcte (3), où il tenait son ennemi presque assiégé. Pour arriver à Préneste, le Samnite Pontius Télésinus avait également de grands obstacles à surmonter; le principal était le passage de certains défilés dont on ignore la position précise, mais que je serais tenté de placer

(1) Plut., Sull., 28.

(2) Cfr. Cic.,P/ii7.,XII,Û.

(3) App., Civ., I, 90.

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,80 ESSAI

aux environs de Val.Montone (1). Si les Samnites surprenaient ZTçZi ces défilés avant l'arrivée de SyUa, P--te^ délivrée sans doute, lors même que Marcius eut manque son mtvem^^^^^ côté opposé. Ainsi, la victoire devait appartenu- Trarmlqui saurait soutenir les plus longues marches Le prix de c tTespèce de course fut à Sylla. De sa personne il occupa ies défilés de Préneste. repoussa les Samnites et couvrit le blocu« » cependant, surpris par Pompée, perdit beaucoup demonTe et se vit au moment d'être contraint a mettre ba les Trmes avec toutes ses troupes, sur une hauteur ou il s était atssé enfermer m. Échappé à grand'peine après avoir mannTle b ™soV il fit une retraite précip tée sur

cLum dans laquelle il fut abandonné par presque tous s s soldats. La plupart, paysans étrusques de -uvelle ^v^ courages par ce revers, regagnaient par troupes leurs villages, Xt leurs armes et leurs enseignes. Une légion, coupée du S ï^" cipal, se retira sur Ariminum; enfin, de quatre-vingts cohortes, Marcius n'en ramena que sept a son gênerai (3).

Carbon n'avait pas le droit d'accuser son lieutenant, car il n'avaUété ni moins malheureux ni moins imprudent Maigre un et de si dures leçons, au lieu de se borner à faire une guerre de chicane, il n'hésita point à engager une ac ion g nerale Réuni à Norbanus, le consul de l'année précédente, il atteignit Métellus, près de Faventia dans la Gaule cispadane, et ':TJo^recounu sa position, il donna le signal de l'attaque bien qu'il restât à peine' une heure de jour et que ses soldats Tssent fatigués d'une longue marche. L'avantage du nombre St pour eux; mais Métellus était fortement retranche dans un errain ace denté et coupé de vignobles, où il e ait impossiblede raborder en ligne. Arrêtés parées obstacles naturels, les assaillants ne purent agir avec ensemble, et furent repousses vigoureusement sur tous les points. Déjà des monceaux de cadavres encombraient les abords du camp de Métellus lorsque la nuit survint, toujours à craindre à la guerre, et surtout dans

(1) J'essayerai tout à l'tieure de détermioer celle position.

(2) App., Civ.,1, 90.

(3) Id., ibid.

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une guerre civile, où elle favorise les trahisons. Cinq mille des soldats de Carbon passèrent à l'ennemi, le reste se dispersa de tous les côtés. A peine le consul put-il retenir autour de lui un millier d'hommes avec lesquels il regagna rÉtrurie (1). Il laissait encore cependant des troupes assez nombreuses dans la Gaule cisalpine : mais, avec de jeunes soldats sans discipline et remplis de témérité, les mêmes fautes se reproduisaient sans cesse; Carbon avait plutôt des masses tumultueuses qu'une armée; toujours demandant le combat avec une audace imprudente, elles se débandaient au premier revers. M. Lucullus, lieutenant de Métellus, eut bon marché des débris de ces troupes démoralisées, et les battit complètement auprès de PJacentia (2).

Après cetto bataille, toute la Cisalpine reçut la loi du vainqueur ; chaque chef, chaque corps isolé s'empressa d'offrir sa soumission pendant qu'il pouvait encore s'en faire un mérite. Ici, les soldats abandonnaient leurs officiers; là, les généraux livraient leurs armées. C. Verres, questeur de Carbon, désertait, emportant sa caisse militaire (3). Près d'Ariminum, une légion entière (4) se mutina contre Albinovanus qui la commandait, et s'alla rendre à Métellus. Si Albinovanus n'avait pas suivi ses soldats, c'est qu'il méditait une plus noire trahison, et qu'il voulait se faire distinguer par Sylla entre ces déserteurs vulgaires, qui, chaque jour, abandonnaient une cause désespérée. Accueilli par Norbanus comme un homme sur lequel on pouvait compter dans la mauvaise fortune, il fut nommé gouverneur d'Ariminum. Là, au milieu d'un repas, il fît égorger ses chefs qui s'étaient réfugiés dans cette place, et, tout couvert du sang de ses camarades, il ouvrit ses portes à Métellus (5).

(!) App., Civ.,l, 91.

(2) Id., ibid., 92. — Fidentia, 3ui?. Plut., Sull., 27.

(3) Cic, in Verr., Act. sec, I, 13.

(4) Appien appelle ce corps une légion lucanienne : Tilo; Aeujcavwv (Civ., I, 91.) Ne devrait-on pas iraduire plutôt une légion lucquoise? Outre que la trahison d'une troupe lucanienne paraît peu probable en raison des dispositions de sa patrie, jo ne m'expiiqjvrais pas comment des Lucaniens se seraient trouvés dans l'arméa cc Cet >jr..

(5) App. Civ., I, 91. —Norbanus parvint à s'éciiappsf «$ 5 ^-a^iier

ESSAI

Accablé coup sur coup de tant malheurs, Carbon lui-même désespéra de sa cause. Cependant, les Samnites et leurs confédérés de ritalie méridionale n'avaient point encore été entames, et les Étrusques, malgré leurs défaites, paraissaient disposés a défendre courageusement leur pays. Mais ils avaient retire leur confiance à un chef toujours malheureux. Carbon commençait à se trouver tout à fait isolé au milieu d'un peuple étranger, qui n'aurait oublié l'origine de son général qu'à la condition qu'il les menât toujours à la victoire. Chaque bataille perdue le rendait suspect à ces hommes qui s'étaient sacrifiés pour lui. Découra-é lui-même, effrayé du mécontentement de ses troupes, il prit le^'parti de quitter Htalie et d'aller tenter ailleurs la fortune Dans le désordre général on pouvait , avec de Taudace et un nom, se faire dans quelque province une position mdependante. Sertorius s'était solidement établien Esnagne; Carbon voulut essaver d'en faire autant en Afrique. Dans ce dessein, il quitta son camp devant Clusium, à la faveur de la nuit, accompagné seulement de quelques Romains, trop compromis pour espérer leur pardon de Sylla. Sa fuite avait été préparée avec le secret le plus profond, et il était déjà hors d'atteinte, que son armée i-norait encore son absence. Il n'avait nommé personne pour le remplacer, et ses principaux lieutenants. Carrinas, Maicius et Damasippus, commandant chacun des corps détaches plus ou moins éloignés de Clusium, n'avaient point été mis dans la confidence de ses projets.

Sans chefs, sans ordres, livrée à la plus complète desorganisation, cette armée, qui comptait encore trente raille soldats, eut le courage d'attendre l'ennemi devant Clusium et de défendre ses drapeaux. Vingt mille hommes restèrent sur le champdo bataille; le reste se dispersa, et le sort deFEtrurie fut décide (i).

Rhodes. Son extradition ayant été réclamée par Sylla, il se lua sur ia place publique, pendant que les Rhodiens délibéraient sur la demande du dict.iteur. tm . o n no

(l)Cfr. App., Ci..,I, 92. - Vell. Pat., II, 28. - Plut.,Sui ., 28. - Appen ailnbue à Pompée l'honneur de cette victoire; \elle.us Pa- Œs nomme les deux Servilius ^ comme les lieutenants de Syllît

' Ou suppose que l'un d'eux fut P. Servinus Valia Isauiicus.

SUR LA GUERRE SOCIALE. ia3

En voyant la constance des Étrusques dans celte guerre, malgré leurs défaites continuelles, la facilité avec laquelle se reformaient sans cesse leurs armées, plusieurs fois presque complètement dissipées, qui ne remarquera l'inhabileté de Carbon à se servirdes immenses ressources dont il disposait? Depuis longtemps, à la vérité, l'Étrurie avait perdu par la faute de ses gouvernants, ces habitudes militaires qui s'acquièrent si difficilement et se perdent si vite. Sous ce rapport, elle le cédait à toutes les nations italiotes. Ses cohortes étaient ti'op peu exercées pour se mesurer en ligne avec les soldats aguerris de Sylla; mais derrière des murs, ou dans de foites positions, comme à Clusiura, elles devenaient redoutables. L'Étrurie avait quantité de places bien fortifiées et dans des situations avantageuses; d'ailleurs, les montagnes qui couvrent une grande partie de cette province offrent à chaque pas des postes faciles à défendre. C'est là que Carbon aurait dû attendre ses adversaires, et qu'il les aurait combattus avec de grandes chances de succès.

Les lieutenants de Carbon, abandonnés à eux-mêmes^, se réunirent pour délibérer sur le parti qu'ils avaient à prendre. Se maintenir en Étiurie, au milieu de trois armées victorieuses, ieur parut impossible ; se rallier aux Samnites pour continuer la guerre dans le midi, c'était, dans les conjonctures présentes, une entreprise difficile, mais leur seul espoir de salut, et il était digne de braves gens de tout tenter avant de mettre bas les armes. Ils avaient encore quatre légions, fort aflaiblies sans doute, mais éprouvées par les fatigues d'une campagne quidu-

qui commandèrent dans cette journée; le témoignage de Velélius étant confirmé par un passage de Plutarque, me paraît devoir être préféré. — Plutarque mérite une confiance particulière pour les événements •de cette époque, ayant eu à sa disposition les mémoires de Sylla, qu'il cite souvent. — On remarquera, de plus, que Pompée poursuivait alors dans l'Ombrie les lieutenants de Carbon qui ne prirent point part à la bataille de Clusium. Au lieu de se porter sur l'Étrurie méridionale, il semble que Pompée projetait un mouvement sur les derrières de Télésinus. A cet effet, il devait marcher par la Sabine et le pays des Marses, pour occuper la rive gauche du Liris. De la sorte, il «ût fermé aux Samnites la route de leur payg.

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