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rait depuis plusieurs mois. Ea trois ou quatre marches ils pouvaient gagner le camp de Télésinus, qui les invitait à le jomdre; car dans le même moment, il se préparait à une des manœuvres les plus hardies dont Thistoire ait gardé le souvenir. Ils parlent donc et parviennent à dérober une marche a 1 ennemi. Ils suivaient, je le présume, la route de Spolèle ou de Narnia à Reate (Rieti) , pour, de là, remonter le Telonius jusqu a Carseoli. Puis, par un embranchement de la voie Valena, ils pouvaient gagner Sublaqueum (Subiaco), où ils espéraient trouver les Samnitos. Plus probablement, avertis par Pontius Tclesinus ils marchèrent de Reate par la voie Salaria, dans la direction de Tibur, vers un lieu de rendez-vous qui leur avait cte
indiqué. . ^ .
Le -énéral samnite, cependant, venait de concentrer toutes ses forces dans le voisinage de Préneste. Sous ses ordres étaient les contingents lucaniens commandés par M. Lamponius, et ceux de la Campanie conduits par Gutta de Capoue. Toutes ces troupes, qui s'élevaient ensemble à près de quarante mille hommes, ignoraient encore les desseins de leur général. Apres une démonstration contre les défilés gardés par Sylla, les Sammtes à rapproche de la nuit, tournent ces positions dans le plus grand silence, et se portent à marche forcée sur Rome.
Le plan de Télésinus et ses espérances sont restes dans une profonde obscurité. Pour moi, je ne puis admettre, avec la plupart des historiens, que sa pointe sur Rome ait été un coup de tête, une subite inspiration de son désespoir ; car puisqu'il requit pour sa manœuvre la coopération de l'armée étrusque, il faut que son projet ait été préparé assez longtemps a lavance, et je serais porté à croire qu'il recommença, mais avec plus de succès, le grand mouvement tenté peu auparavant de concert avec Carbon, et qui avait échoué par la faute de
Warcius. .
Quelques auteurs ont avancé que le but du Samnite fut seulement de dégager Marius et son propre frère, assièges dans Préneste, en obligeant Sylla de courir au secours de Rome ; mais si telle eût été son intention, il était inutile de se porter sur Rome avec toutes ses forces, et la division étrusque eut
SUR LA GUEUra SOCL\lîi;.
probablement suffi pour emporter une ville alors presque sans défense. A mon sentiment, le plan de Télésinus était plus vaste, et n'allait à rien moins qu'à réunir toutes ses forces au centre des positions occupées par les Romains, pour tomber successivement sur leurs armées séparées les unes des autres et assez éloignées pour ne pouvoir se secourir promptement. Sylla était devant Préneste avec une partie de ses légions, une seconde armée se trouvait à Clusium ; Pompée manœuvrait pour couper le chemin du Samnium à Télésinus. On voit que celui-ci pouvait battre Sylla avant qu'il eût fait sa jonction avec Pompée, et se porter ensuite contre ce dernier sans qu'il fût possible à Tarmée romaine d'Étrurie de venir en aide à l'un ou à l'autre. Enfin, reflet moral que devait produire en Italie la prise de Rome entrait encore dans les prévisions du Samnite, et sans doute aurait eu pour conséquence immédiate de rallumer la guerre dans le nord de la Péninsule.
Les confédérés, laissant Préneste sur leur gauche, entrent dans la vallée de l'Anio Novus, et de là gagnent la voie Tiburtine, où, probablement, ainsi que je l'indiquais tout à Theure, ils se joignirent à Carrinas et aux quatre légions, restes de l'armée d'Étrurie (1). C'était pendant la nuit des calendes de
(1) Que Télésinus ait tourné les défilés de Préneste par le nord, c'esi-à-dire en laissant Préneste d sa gauche, me semble un fait constant, sur lequel les expressions très-précises employées par Plutarque ne doivent laisser aucun doute. II avait, dit-il, Sylla en lête et Pompée en queue; il était enfermé de toutes parts. Dans cette situation, il prit la résolution de marcher sur Rome. «. ÉTret 5' f.aÔïTo 2ûXXav p,6v>caTà arcy.a, no|i.irxïov Sk )taT' cùpàv €cy,^po[jLcuvTa; ètt' o.Orôv, itp^oii.Êvc; Tcù Trpo'aw xat ÔTvîau. » (Plut., Sulla^ 29.) Or, Pompée venait de rOmbrie, et soit qu'il se fût mis à la poursuite de Carrinas et des autres lieutenants de Carbon, soit qu'il cherchât à couper aux Samnilesleur ligne de retraite, on doit présumer qu'il se trouvait la veille des calendes de novembre dans la Sabine ou dans le pays des Marses. — Si les Samnites eussent marché sur Rome par la route des marais Pontins, ayant Préneste à leur droite^ et suivant la voie Latine ou la voie Labicane, l'armée de Pompée aussi bien que celle de Sylla aurait menacé leur flanc, mais ils n'auraient pas été enfermés entre, les deux généraux romains, car le moyen de supposer que Pompée aurait eu le temps de se jeter sur la route de la Campanie?
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xiove;nbre, Van Je Ron^ G72 (23 août, 82 .av. J. C.) que ce te grande armée se précipitait sur Rome. En ce moment la ville, presque abandonnée, n'avait qu'une très-faible garnison destinée seulement à contenir la populace urbame. Sylla était retenu aux environs de Préneste; Pompée poursuivait au hasard es lieutenants de Carbon. Cependant, la certitude d'avoir donne le change à leurs adversaires augmentait l'ardeur des confedérés. Déjà, pour prix de leurs efforts, ils se repaissaient en taînation L pillage et de rincendie de Rome, et -t e^p.r doublait leurs forces et leur faisait oublier la fatigue d une
Il est évident en effet qu'il avait quitté l'Ombrie en même temps oa selon toute apparence un peu plus tard que les ^t " ^^^^^^ ^^^^^^^^ nas et aue ceux-ci lui avaient dérobé une marche. IHaui donc que le g ;; des'?or"s de Télésinus se trouvât au nord de Pr.nest^ probablement dans les environs de Subiaco. J'ajouterai f ^^. "^^j^^/^ ^^^^^ coup plus difficile de cacher son mouvement a ^Jl ^ - .1 eut pris^ia roue directe pour aller à Rome. Le Romam. a la ^^^^^ LJnno v?r orieuse et irès-forte en cavalerie, n'eût pas demande mieux que df 1 ombat^rren 'plaine, et Télésinns, sans ^oute ne vouiau^a^^^^^^^^^
ter la bataille qu'après avoir fait sa jonction ^^'^^ U e^étT imparconfédérés qui tenaient encore la campagne. Enfin, il eut cte impai
do nable à Sylla de ne pas couvrir Rome de -^ ^i^'^" j^^'^^L^,^, ^^ les Sumnites étaient à peu près maîtres de \^'tTl7on^^\^ avaient une armée considérable dans le Latium. Si cette roule eut cte oXt , T^lésinus aurait pu prendre Rome, lorsque Sy la ma cha su r^iniriè - Tous les auteurs sont d'accord sur ce pom , que les coa IS'rrivè^ent e matin des calendes de novembre devant la po le Col ine ; il semble donc qu'ils s'avançaient par le ^^;"-" f J^^^^^^^^ 11 est v;ai qu'Appien rapporte que les ^-^«•\'!f^' ^P^^,^,^^^^ nocturne, s'arrêtèrent dans le voisinage d'Albano, a ^"^ '^ ^«
inl I 021 Mais comment croire qu'arrivant sur Rome de ce cote, fs a;;m perdu uTtem^spîécieux à tourner autour des remparts pour aller s Tc^^^^^^^ Colline, s'exposant à -ncon'^^^^^^^^^^^
dans cetle marche de flanc? Remarquons encore que. dan. la bataille qui X t, l'armée des confédérés avait sa droite du cote de Rome, et nivelle fut poussée dans la direction de l'Étrune après sa detdite. - ^imagine qu'Appien, ne s'étanl mis aucunement en P;^;(ne d examiner les incidents de celle mémorable journée, n'aura parlé d Albano ^ne parce qu'il savait que la route directe du Samnium a Rome passe 2ar ce vma^ge. J'ai dit%lus haut le motif qui rend le lémo,guage de Pluiarque particulièrement digne de foi en celle occasion.
SUR LA GUEaUE SOCIALE.
ïnarcbe de |>lus de quarante miHes. Sam imites, Liicaniens, Étrusques, bi'ùlant de haine et de Tengean<:e, entraînaient avee eux les Romains de Caibon à la ruine de leur patrie. En une nuit leur avant-garde arrive à un raille de Rome (1), devant la parte Colline. Là^ épuisés de lassitude, ils font une légère halte.
Au lever du jour, Pontius Télésinus aperçoit les temples et les tours de Rome dorés par les premiers rayons du soleil. 11 croit déjà les voir briller à la flamme de ses torches. Enfin, sa superbe ennemie est en sa puissance. 11 appelle ses Samnites et leur montre le but de leurs derniers efforts : « La voilà, s'é- €rie-t-il, la tanière de ces loups ravisseurs ; brûlons-la, détruisoiis-la ! Tant que la forêt maudite oîi ils se retirent ne sera pas rasée, les loups ne laisseront pas de liberté en Italie (2) ! » Samnites et Lucaniens, en poussant des cris de joie, s'élancent à sa suite.
Tout d'un coup, la porte Colline s'ouvre, un gros de Romains armés en sort et s'avance fièrement à leur rencontre. C'étaient les débris des maisons les plus considérables de Rome, échappés aux proscriptions de Marius, que leur jeunesse avait dispensés de prendre les armes dans le camp de Sylla ; c'étaient des ma-
(1) Cfr. Plut., SulL, 29 : ^eV.a ara^icu;. — App., Ch\, T, 92. — De Subiaco, où était, je pense, le quartier général de Téîésinus, à Rome, il y a quarante milles. On se demande si celte dislance a pu être par- <;ourue dans une nuit par une armée de quarante à cinquante mille hommes. Ici , il faut se rappeler les marches extraordinaires des troupes italiennes. En 547, le consul C. Claudius Néron partit des environs de Canusium pour se rendre à Sena Gallica dans TOmbrie, où, réuni à son collègue M. Livius Salinator, il défit complètement l'armée d'Asdrubal. La nuit même de cetie victoire, il repartit de Sena, et rentra le sixième jour dans son campprèsde Canusium](liv. XXV1I,50). De Sena à Canusium il y a au moins 270 milles; ainsi son armée faisait 45 milles par jour. On voit dans "Végèce (I, 9), qu'on apprenait aux soldats romains à faire 20 milles en cinq heures, au pas militairo, et 24 au pas accéléré, pleno gradu. Je suppose que les Samnites n'avaient ni chariots, ni tentes, et probablement peu ou point de cavalerie. Partis de Subiaco à six heures du soir, ils pouvaient se tro ivcr devant îa porte G^jiline à six heures du malin.
(2) Yell. Pat., lï, 29.
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lades, des blessés, des vétérans, depuis longtemps retirés du service. Ils avaient frémi d'indignation en voyant paraître un ennemi devant leurs remparts, et, à l'exemple de leurs ancêtres, ils avaient voulu marcher au-devant de lui. Cette généreuse troupe, commandée par Appius Claudius, descendant des plus illustres patriciens, se jeta tête baissée sur les Samnites, et se fit hacher en pièces après des prodiges de valeur (1).
Toutefois, leur audace en imposa à Télésinus. Il n'entendait pas les cris des femmes qui croyaient déjà la ville au pouvoir de Fennemi ; il ne voyait pas l'épouvantable confusion qu'y avait jetée son approche. Mais qui aurait pu croire en effet que tous les défenseurs de Rome venaient de se faire tuer hors de ses remparts? Télésinus hésite, et craint des obstacles qu'il n'a pas prévus. Maintenant, il veut donner quelque repos à ses soldats harassés, attendre Tarrivée de toutes ses troupes. Il perd un temps précieux. Bientôt paraissent quelques escadrons romains qui augmentent son irrésolution. C'était une avantgarde de sept cents chevaux, qui, partis la nuit du camp de Préneste, arrivaient à bride abattue, annonçant que Sylla les suivait avec toute son armée, et qu'il serait à Rome vers le milieu du jour. Télésinus, renonçant à un assaut, se prépara pour
la bataille.
En effet, Sylla ne tarda pas à se montrer. Furieux d'avoir été trompé par son ennemi, ce fut à regret qu'il laissa quelques instants à ses soldats, hors d'haleine, pour prendie leur repas. Dès quMl les eut mis en bataille, il fit sonner la charge. Il était près de quatre heures après midi. De part et d'autre on se battit avec la rage du désespoir, et les généraux des deux armées donnèrent l'exemple en s'exposant en soldats. Sylla courut les plus grands dangers. Monté sur un cheval blanc, il servait de but aux traits des Samnites, et une fois entre autres, sans la présence d'esprit de son écuyer qui fouetta son cheval, il était percé de deux javelots qui le rasèrent en passant derrière lui (2).
La nuit tombait, lorsque son aile gauche, vivement pressée
(1) Plnt, Snî?.,5D,
(2) W., md.
SUR LA GUKRRE SOCIALE
par Télésinus en personne, pua et se mit en désordre. Sylla accourut aussitôt pour la ramener au combat, prodiguant les promesses et les menaces. De sa main il saisit même plusieurs soldats et les contraignit à tourner la tête. Mais une dernière charge de l'ennemi enfonça tout ce qui résistait encore, et alors toute cette aile gauche se débanda, et Sylla lui-même fut entraîné par les fuyards. On dit que, dans ce danger, il tira de son sein une image d'Apollon, enlevée au temple de Delphes, et l'apostrophant en fureur : « Eh quoi, s'écria-t-il , Apollon Pylhien, n'as-tu donc élevé si haut Cornélius Sylla le Fortuné, ne lui as-tu fait gagner tant de batailles que pour l'abandonner et le trahir devant les murs de sa patrie (1) ! »
Aucun miracle n'eut lieu. Ses soldats s'enfuyaient de toutes parts, se précipitant vers la porte de Rome, pêle-mêle avec l'ennemi. On craignit un instant que les Samnites n'y pénétrassent, et les vétérans de garde sur ce point laissèrent tomber la herse. Nombre de fuyards furent écrasés dans la presse, ainsi que quelques sénateurs curieux qui s'étaient un peu trop avancés pour voir une bataille, spectacle encore plus intéressant que lems jeux de gladiateurs (2).
Cependant les débris de l'aile gauche, acculés contre les murs de Rome, se voyant dans l'impossibilité de fuir, recommencèrent à combattre au milieu des ténèbres, mais sans ordre, sans chefs pour les diriger, frappant au hasard. Cette horrible boucherie dura jusqu'à la neuvième heure (3). Alors les armes échappèrent aux mains lassées, et l'épuisement sépara les combattants. Quelques fuyards ne s'arrêtèrent qu'au camp devant Préneste, où ils annoncèrent la perte de la bataille, la mort de Sylla et la prise de Rome. Peu s'en fallut que Lucrétius Ofella ne levât le siège.
Dans la confusion d'une mêlée nocturne, Sylla ignorait ce qui se passait sur les autres parties du champ de bataille. Il croyait son armée anéantie, et pensait peut-être à se donner la
(1) Plul., SulL, 29.
(2) A pp., Cît)., 1, 93. — Plul., SuU., 2D.
(3) Plui,,5uif., 29.
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mort, lorsque des cavaliers le rencontrèrent, eiivov^S:; »-•'-' Crassùs, qui commandait son aile droite. Us annoncertquo rennemi, est battu en pleine déroute, qu'ils l'ont poursuivi jus^ qXAnt;mnae, mais qu'ils sont épuisés de fatigue, et qu'on se hâtÊ de leur envoyer des vivres (1).
Jamais général ne passa plus brusquement du désespoir au coÏÏe d e'ia joie. DèTqu'il fut jour, Sylla ralliant tout ce qu . trouva de ses troupes, les conduisit à AntcmniB, ou les restes de l'armée ennemie sedéfendaient encore. Une division de trois mille hommes, peut-être des Romains de Carbon, de-nandait a capituler: Sylla leur promit la vie à condition quils tournera en aussitôt leurs armes contre leurs camarades (2 . "^ obea "t sans balancer, et cette perfidie acheva la déroute. Huit m 1^ prisonniers, la plupart Samnites, et ces traîtres avec eux fu en îe lendemain massacrés de sang-froid (3); c'était presque tout ce qui restait de l'armée des confédérés.
Cinquante mille morts des deux partis étaient étendus sur e champ de bataille. Longtemps on chercha Télesinus. On le trouva enfin percé de coups, mais respirant encore, entoure de cadavres ennemis. L'orgueil du triomphe se lisait dans ses veux éteints, qu'il tournait encore menaçants vers Rome (4). Heureux M la mort le surprit tandis qu'U se croyait vainqueur !
Gutta, le chef des Campanicns, trouva comme lui une mort glorieuse sur le champ de bataille. On ignore la destinée de Lamponius. Quant aux lieutenants de Carbon, Marcius, Carrinas et Damasippus (S), on les amena prisonniers a Sylla,
(1) Plut., SuU., 30.
% Pi;\.!'tc'. cit. - App. Cf.., I 93. - Les auteurs varient sur le nombre des victimes. Cfr. Oros., V. 21. - Dionys. Hal., V, 77. - Senec.. de dem., I, 12, 3. — Liv., Epit., 88.
(4) Vell. Pat., Yicioris magis quam morienhs vultum piafe-
reiw, II, 27. ^ „ . ,„^, f..^. 1-
(5) Il règne quelque incertitude sur sa mort. Sallusle iat., 5ij, le fait mouriî- proscrit par Sylla. - L'Épitome de Tite-Live, 89, rapporte qu'il se tua lui-même en Sicile, se voyant sur le pomt deire pris pir des soldats de Pompée. - Dion Cassius dit que sa tête fut .portée à Préneste avec celles des autres chefs (frag. 13o).
qui les fit aussitôt mettre à mort. Leurs têtes sanglantes, celles de Télésinus, de Gutta et des a.ulres chefs, pkntées au bout des piques, furent promenées autour des murailles de Prénesle, pour annoncer à ses habitants qu'ils n'avaient plus d'espoir. Marins et le. frère de Pontius Télésinus tentèrent de s'échapper par un souterrain qui donnait sur la campagne ; mais trouvant toutes les issues étroitement gardées, ils ne voulurent pas laisser à leurs ennemis la joie de les voir mourir. A cette époque, la fureur des combats de gladiateurs avait fait inventer une espèce de suicide à deux. Déterminés à périr, deux amis se battaient Tun contre l'autre ; acteurs et spectateurs à la fois, c'était un dernier plaisir qu'ils se donnaient (1). Tel fut le genre de mort que choisirent Marius et Télésinus. Le Romain, plus adroit escrimeur, tua le Samnite^ et blessé Uiirmême, se fit achever par un esclave. Eux morts, la ville ouvrit ses portes.
Lucrétius Ofella fit d'abord décapiter tous les chefs^ et quant aux soldats et aux habitants, il attendit les instructions de son général. Sylla fut à Préneste ce qu'il s'était montré à Antemnae. A son entrée dans cette malheureuse ville, on divisa, par son ordre, les prisonniers en deux classes. Dans la première, bîs Romains ,• les Samnites et les Prénestins dans l'autre ; tous lui furent présentés dans l'attitude de suppliants. Aux premiers il dit qu'ils méritaient la mort pour leurs crimes, et que cependant, comme Romains, il leur laissait la vie. Pour les Samnites et les Prénestins, il n'y eut point de grâce. Sauf les femmes, lés enfants et quelques citoyens nommément exceptés, tous furent tués à coups de flèches sous ses yeux. Ils étaient près de douze mille (2). Le pillage de cette ville sans habitants fut donné aux soldats ; son territoire, empesté par douze mille cadavres sans sépulture, fut confisqué au profit des vainqueurs.
(I) Voy. un exemple d'un duel semblable entre Pelreïus et Juba (Hirt., Beîl.Af., 94).
(V) Cfr. App., Cù'., I, 94. — Pluî., SuU,, 32. — Val. l\^ , IX, 5, U — Strab., V, p. 539. — Suivant Valère Maxime, les femmes mêmes n'auraient point été épargnées du massacre. — Les Samnites d'AntcmHse et ceu.K de Préneste furent tués à coups de flèches, probableînent par les auxiliaires de Sylla, ses légions se refusant à celte horrible boucherie.
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