‹ Études sur l'histoire romaine [microform]; Guerre sociale-Conjuration de CatilinaChapitre 3 sur 43 · SUR LA · texte numérisé non relu

SUR LA

Dès le moment où Thistoire romaine se dégage des fables qui entourent ses premières époques, elle nous fait assister à une lutte animée, incessante, entre les deux castes qui composent la nation. D'un côté, une noblesse altière, possédant richesses et honneurs; de l'autre, un peuple intelligent et courageux, réduit à une condition voisine du servage. Celui-ci demande avec patience, mais avec une inébranlable fermeté, un partage égal des droits. Chaque jour la noblesse perd un peu de terrain, dont le peuple s'empare aussitôt. C'est comme un long siège. Les patriciens défendent la brèche pied à pied, et s'ils cèdent enfin au nombre , ce n'est qu'en obtenant une capitulation honorable, qui assimile en quelque sorte les vainqueurs aux vaincus.

Malgré ses divisions intestines, la république occupe le premier rang parmi les nations ; et patriciens ou plébéiens, les enfants de Rome ont conquis à l'égard des peuples voisins la position de maîtres vis-à-vis de leurs vassaux. Longtemps ils ne comptèrent que des sujets dociles ; avertis enfin, excités par le triomphe des plébéiens, les Italiotes à leur tour réclament leur émancipation.

2 ESSAI

Leurs efforts pour l'obtenir, leurs succès, leurs revers, la catastrophe qui termine cette grande lutte en écrasant tous les partis, tel est le sujet que je me suis proposé de traiter.

1 embrasse trois époques distinctes. J'examinerai d'abord les griefs des Italiotes; je rechercherai Torigine de leurs espérances d'affranchissement, transmises par les Romains euxmêmes , car l'idée de liberté ne vient jamais d^m esclave ; il faut qu'elle lui soit suggérée par un homme libre. Je raconterai les longues instances des villes italiotes, les secours qu'elles trouvèiint dans la nation dominatrice, les partis et les séditions

que leur cause y excita.

La seconde époque comprendra la guerre sociale proprement dite, alors que, lassés de leur longue patience, les peuples de l'Italie réclamèrent leur émancipation les armes à la mam ; guerre courte, mais terrible, qui ne cessa que par l'épuisement

des deux partis.

La troisième époque prend un caractère nouveau. Au heu de nations qui se combattent, deux hommes paraissent, qui résument, pour ainsi dire, toute la guerre dans un duel à mort. Syllacst le champion de Taristocratie romaine; Marius celui de l'émancipation italique. Sylla triomphe, et son épée impitoyable ne laisse en Italie que des esclaves, désormais réunis eu une seule nation par une terreur commune.

Je terminerai en examinant les conséquences de cette révolution qui exerça une immense influence sur les destmees de

Rome et du monde.

Les sources auxquelles j'ai puisé pour mon travail sont malheureusement loin d'être abondantes. On sait que les commentaires de Sylla ont péri, ainsi que les livres de Tite-Live qui racontaient la guerre sociale. Dans quelques abrégés qui nous restent, on sent l'espèce de répugnance que les Romains ont éprouvée à s'arrêter sur une époque de leur histoire où Thonneur dé leurs armes fut un instant compromis, où la victoire même leur fut plus funeste qu'une défaite (1). Ils ont appelé cette guerre Marsiqne, comme s'ils eussent voulu en déguiser la gravité en ne nommant qu'une partie de leurs adver-

(1) Quii bac clade trislius? quid calamitosius ? (Flor., III, 18.)

SUR LA GUERRE SOCIALE. d

saires. Enfin, dans la lutte entre les factions de Marius et de Sylla, ils ont affecté de ne voir que l'ambition de deux hommes, tandis que, sous leurs noms, la démocratie et l'aristocratie se livraient la plus sanglante de toutes leurs batailles.

••Recherchant avec soin les lambeaux épars des auteurs latins et grecs, j'ai essayé de les coordonner ; dans certaines occasions d'interpréter des passages obscurs ; parfois même de deviner des événements dont on ne connaît que les conséquences. Je ne me dissimule pas combien cette tentative est hardie, combien elle est au-dessus de mes forces ; mais je croirais avoir rendu sertice à Thistoire, si de mon travail pouvait ressortir quelque vérité négligée, si mes erreurs mêmes servaient d'avertissement aux écrivains qui traiteront le même sujet après moi.

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