PREMIÈRE PARTIE
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Les peuples de Tltalie soumis par les armes ou la politique dû Rome obéissaient tous en réalité à son gouvernement ; mais il y avait des degrés dans leur sujétion, et les rapports internationaux de chacun d'eux avec la république souveraine étaient réglés par des conventions particulières. En substance, ces traités, dont les détails nous sont d'ailleurs presque inconnus, paraissent avoir divisé les peuples de la Péninsule, suivant leur origine , en trois catégories principales très-inégalement partagées. Dans la première étaient les Latins, dans la seconde les Italiotes de race aulochthone, ou du moins très-anciennement établis dans le pays qu'ils occupaient. Enfin, la troisième catégorie, qui comprenait les nations dont l'arrivée en Italie était relativement récente, se subdivisait en presque autant de classes distinctes que l'on comptait de races différentes.
Depuis longtemps intimement unis à Rome, les Latins, en reconnaissant sa suprématie, conservèrent le droit d'élire leurs magistrats et de s'administrer suivant leurs coutumes. Entre tous les alliés, ils obtinrent des privilèges spéciaux, tels que celui d'ester personnellement en justice à Rome; à certaines conditions, ils purent même acquérir les droits politiques dans la cité romaine (1).
(1) Le Latin obtenait ces droits lorsqu'il avait exercé une magistrature annuelle dans sa patrie, ou lorsqu'il fixait son domicile à Rome, pourvu qu'il hissât des enfants dans sa ville natale (voy. la loi Ser- ?ilia.§lV).
f igonius conclut d'un passftBe célèbre do Tite-Live, que dans les
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Ce dernier avantage les distinguait surtout des autres nations italiotes. Bien que régies par leurs lois et leur administration nationales, elles étaient soumises à une espèce de tutelle exercée par les magistrats romains (t), et leur condition était inférieure à celle des cités latines.
Ni les unes ni les autres ne payaient de tribut à proprement parler, mais elles devaient fournir un contingent militaire fixé par la république romaine, et dont Téquipement, la solde, souvent même une partie àe l'entretien, étaient à leur charge. Absolument semblable, pour son organisation, à la milice romaine, ce contingent entrait pour plus de moitié dans la composition de Tarmée de ligne dont Rome disposait pour défendre son territoire ou étendre ses conquêtes (2).
Quant aux peuples étrangers, la plupart étaient soumis à un tribut, et gouvernés à peu près despotiquement par des magistrats romains. Leurs soldats, appelés auxiliaires (3), n'étaient
comices législatifs et judiciaires (jamais dans les comices électifs) les Latins étaient admis à voler avec les Romains, dans une tribu désignée par le sort. « Sitella allata est ut sortirentur ubi Lutini sutTragium ferrent. » (Liv.,XXV, a.) D'ailleurs il remarque que c'était moins un droit qu'une faveur, et que l'opposition d'un magistrat pouvait toujours les en priver (voy. Sigon., De ant. jure Ital.). Celle faveur me paraît encore considérable, surtout si on la compare à certaines distinctions humiliantes pour les Latins, dans l'application des peines militaires, par exemple. N'est-il pas plus probable que le passage de Tite-Live se rapporte aux seuls Latins qui se trouvaient dans le cas de prétendre aux droits de cité romaine?
(1) App., Civ., I, 38.
(2) Anciennement les Latins étaient incorporés dans les mêmes manipules que les Romains ; mais alors vraisemblablement le commandement de la légion, et sans doute celui de l'armée, alternaient entre un Romain et un Latin. Après la soumission définitive du Lalium, je crois que les Latins formèrent, comme les autres alliés, des légions ou des cohortes distinctes; du moins l'hypothèse contraire obligerait à croire que les Latins furent moins bien trai'és que les Italiotes, dont les contingents étaient dirigés par des chefs nationaux, on, ce qui est encore moins admissible, que dans une armée de la république, un chef ladn pouvait commander à des soldais romains.
(3) Remarquer la distinction qui existait autrefois entre les mots tocii et auxilia, qui devinrent dans la suite synonymes. Auxilium Qb auctu quo accesserant ex qut adjummlo essent âliemigena
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point admis dans les légions. Tel était le régime imposé aux Gaulois établis dans la Cisalpine, et probablement aux Liguriens (1).
Plusieurs cités, colonies étrangères en Italie, étaient plus favorablement traitées. On ne les confondait point avec les barbares, car elles appartenaient à une race respectée pour son antique civilisation. Je veux parler de quelques villes grecques, dans le sud de la Péninsule, qualifiées de cités libres, dénomination plus honorable que réelle. 11 est vrai qu'elles se gouvernaient par leurs institutions nationales, mais sous le protectorat très-ombrageux de la république. Leur position était à peu près la même que celle des Italiotes, avec cette diflerence toutefois, que leurs contingents n'étaient point admis ta servir dans les légions. En temps de guerre, leur coopération se bornait à fournir des vaisseaux et des soldats de marine (2).
Faute de renseignements complets, on ne peut définir exactement les rapports politiques entre Rome et d'autres peuples, qu'on hésite à ranger parmi les alliés italiens, et qui cependant ne pouvaient être classés au nombre des barbares soumis au régime arbitraire des provinces. On ne sait, par exemple , si les Étrusques, séparés des nations voisines par leur langue et leurs institutions, jouissaient du droit latin ou italique , ou si, comme il est probable, il existait à leur égard des capitulations particulières. 11 semble que la domination romaine ait été fort douce pour ce peuple, du moins pour leur noblesse, pour les Lucumons, entre les mains desquels résidait toute influence politique. Peu nombreux, et amollis au point de ne plus inspirer d'inquiétudes, ils avaient trouvé grâce devant le sénat de Rome. Peut-être encore un autre motif contribuait-il
(Varro, V, 90). Auxiliares dicuntur in hello Socii Roman9rH'm EXTERARUM NAïiONUM (Fcstus, apud Just. Lips,, De milit. Rom., I, 7).
(1) Quidam Ligus ex cohortibus auxiliariis (Sali., Jug., 93). Ce mot est précieux dans Salluste, qui recherche, comme on sait, les expressions antiques, et les emploie dans leur acception primitive.
(2) De là le mot de Socii navales, pour désigner les équipages de la flotte, qui se conserva encore long»>emps après être devenu un contre-sens (voy. dans Tite-Live des affranchis romains désignés par ce nom, XLU, 27;XLU1, 12).
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à les faire traiter avec quelque faveur, ^a connaissance de, plus anciennes traditions religieuses, du dro.t sacre e de lart d'interpréter les présages, faisait regarder la plupart des serveurs usques'comme des espèces de pontifes; en change kur science divine était toujours prête à servrr les intérêts de Rome. 11 est douteux qu'ils aientfourni des «""«"S^^"^^^?":';»"^^; ie ne trouve qu'un exemple de leur coopération dans les guerres de la répulilique : c'est en l'an de Rome 528 brsqu une invasion formidable de Gaulois menaçait toute l'Italie. A ce époque ils mirent en campagne, conjointement avecesSabms{i), trente-quatre mille hommes. Mais leur pays allait servir de champ de bataille, et ce n'était pas une armce. mais une levée en masse que l'ilalie opposait aux Gaulois. Ailleurs, même dans les guerres d'Annibal, on ne voit jamais de troupes étrusques citées parmi les contingents italiens. Assurément si elles taisaient partie des armées de la n^puWique, elles n étaient point organisées en légions. On sait quota milice romaine se composait uniquement d'iiommcs libres: or les paysans étrusques étaient serfs, sinon de droit, du moins de fait; et comme serfs
ils devaient être exclus du service militaire.
Les traités faits avec les Ombriens sont également ignores ; mais d'après les traditions sur leur antique origine (2), on a lieu de croire qu'ils étaient au nombre des nations favorisées, c'est-à-dire de celles qu'on ne rangeait point parmi les barbares. C'était une race belliqueuse retrempée par des invasions gauloises. Leurs soldats étaient estimés; mais il est douteux qu'ils fussent incorporés dans l'armée de ligne (3).
Quant aux Brutiens, depuis leur défection dans la seconde gume punique, ils paraissent avoir été réduits aune condition
(1) Folybe, lib.II, 5. La réunion des Sabins et 'J<=? É'r'isques me fail soupçonner que ce conlingent se composait en majorue de Sab.n.
soudoyés par les Lucnmons.
/5\ Ilmbrorum gens antiqulssinialtaliae(Flm., 111, !»)• I Va^e Cime, en citant, lib. V, 3, 5, la belle conduiie de deux cohirtes ombriennes à la bataille de Verceil, les désigne par le nom de Camerinum ville où elles avaient été levées, ainsi que les ecrmms roma'ns iëTonI en général quand ils parlent de troupes légères. •Voy. Tite-Live et César, passim.)
analoKue h celle des Ilotes. Leur nom même devint un terme de mépris pour désigner les esclaves attachés au service dos magistrats romains (I). . j , jf On pourrait peut-être se faire une idée assez exacte de la différence qui existait aux yeux des Romains entre les peuples de l'Italie, en se reportant aux préjugés qu'on trouve actuellement dans nos colonies au sujet de la couleur. Ainsi l'Européen I être noble par excellence, c'est le Romain ; l'homme à peau b anche sans mélange de sang africain, mais d'une autre race que la race européenne, me représente le Grec, l'italiote, l'Etrusque. Enfln. le mulâtre ou le nègre , placé au dernier rang, est dans la position qu'occupaient les Gaulois, les Germains et tous les bar-
l)cLr6S
La constitution intérieure des cités italiotes offrait une assez grande ressemblance avec celle de Rome. Dans la plupart on voit une aristocratie plus ou moins puissante, des magistratures électives et toujours temporaires. Presque partout, excepté en Etrurie, la révolution opérée à Rome vers la fm du quatrième siècle avait produit des résultats analogues. 11 n'y avait peut-être plus de caste privilégiée pour la gestion des charges publiques ; mais a rinflueiice exercée autrefois par la noblesse d'origine, avait succédé celle des familles illustres {optimates) ; en sorto que les magistrats étaient presque toujours choisis dans la même classe de citoyens, c'est-à-dire parmi un petit nombre de familles riches, possédant une nombreuse clientèle. Le gouvernement municipal appartenait de fait tout entier à un sénat qui ne se recrutait guère que dans ces mêmes familles, et il était encore plus rare qu'à Rome , que des hommes nouveaux parvinssent aux honneurs. Bien que des traités reconnussent aux cités italiennes le droit de s'administrer d'après leurs propres lois, il est douteux que le gouvernement de Rome leur eût permis de changer complètement leur constitution; par exemple, de substituer à l'oligarchie des formes démocratiques. Son action sur les 5énats italiens était facile, et il était de son intérêt de leur conserver un pouvoir qui ne lui portait point ombrage. En résumé, il parait qnie les petites républiques italiepues dépendantes d-Rome n a-
(1) A.Gell., lib. X, 3.
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SUR LA GUERRE SOCIALE
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valent suivi que d'assez loin \e mouvement démocratique dont elle avait donné le premier exemple.
Autrefois, dans la Péninsule, des fédérations unissaient les différents peuples d'origine commune ; Rome s'était appliquée à les détruire, et y avait en partie réussi. Sa politique soupçonneuse s'était efl'orcée de substituer des villes aux nations, et de donner à chaque ville ses intérêts distincts et séparés. Cependant, ne fût-ce que pour se concerter dans Texécution des ordres de la république souveraine, les cités d'une même nation avaient conservé des relations politiques, images bien imparfaites de leurs diètes au temps de leur indépendance (1). Longtemps, afin d'isoler davantage ses sujets, Rome avait interdit les mariages, jus comubii, entre peuples différents ; mais il est probable que cette étrange tyrannie avait perdu avec le temps beaucoup de sa rigueur, par l'effet de la sécurité qu'inspii ait une longue paix (2).
A la suite de ses conquêtes, la république avait établi sur un grand nombre de points de la Péninsule des colonies composées de ses nationaux ou de ses alliés. D'ordinaire les anciens habitants étaient admis à jouir des mômes droits que les colons (3). Suivant leur charte de fondation, ces colonies étaient nommées ou romaines ou latines. Les habitants des premières possédaient le droit de cité, mais non celui de suffrage; souvent, en efl'et, le sénat ne leur avait donné des terres que pour se débarrasser d'une populace turbulente. Les colonies latines avaient été instituées en général pour indemniser les alliés aux dépens d'un peuple qu'ils avaient aidé à soumettre (4). Dis-
(1) Par exemple, en 528, les contingents italiens sont distingués par nations; donc plusieurs villes s'étaient concertées pour le recrutement. , ^. ,
(2) Diod. Sic, f:a;cerpe. de i-ententiw, XXXVII, 10, p. 130, éd. Dmd.
Ol ira?' àu-cpoTÉpci; oTpàrtwTai — aux^^^î oÎ/Côîou; )tai oy^^eveïç îcaTôvdvWv, ou; 6 Tx; sTît^aaîaç vou.o; èTveîTCiinîtei xcivwveîv xyi; TciaOrr,; cpiÀîa;. H s'agit de l'armée *(le C. Marius et de celle de Q. Pompœdius Silon.
(3) Antium, nova colonia, missa cum eo ut Aniiaiibus permitterelui si et ipsi adscribi coloni vellent (Liv., VIII, 14).
(4) Souvent des Italiens et même des Romains s'y faisaient affilier. « In colonias lalinas sœpè noslri cives profecti. » (Cic, Fro A. Cœ- ■cinaf 33.}
persées dans toute l'Italie, et presque toujours établies dans des villes fortifiées, les colonies, quelle que fût leur origine, formaient comme autant de garnisons fidèles, car leur existence dépendait de la tranquillité de la nation qu'elles avait dépouillée d'une partie de son territoire.
Ce n'est pas tout : la république possédait encore dans toute ntalie de vastes domaines enlevés aux peuples vaincus. Dans les confiscations qui suivaient une guerre, on faisait une distinction entre les terres cultivées, qui étaient sur-le-champ données ou vendues, et les terres incultes, de tout temps nombreuses en Italie. Ces dernières devenaient propriété de la république ; on les appelait ager publicus, domaines nationaux. Dans l'état où la guerre les avait laissées, il eût été difficile d'en tirer parti immédiatement; mais la république en abandonnait la jouissance à quiconque voulait les cultiver, à la charge de pa^fer la dîme des produits. Elle exigeait également une redevance des propriétaires qui envoyaient leurs troupeaux dans ces domaines (1). Romains et Italiotes étaient admis à cultiver Vagerpublicus. Bien que ces terres fussent transmissibles comme un bien patrimonial, elles en difi'éraient essentiellement, en ce qu'elles pouvaient être retirées à leurs détenteurs, aussitôt qu'il devenait nécessaire de leur donner une destination publique. Sous ce rapport, on peut les comparer à des biens affermés par bail emphytéotique, mais sans terme précis. Je reviendrai bientôt sur ce point ; maintenant, je me contenterai de remarquer que ces domaines romains, éparpillés dans o îles les provinces italiotes, donnaient continuellement à la republique l'occasion de s'immiscer dans les affaires des villes alliées. 11 n'y en avait pas une qui, dans son voisinage, ne vît des terres détachées de son territoire, relevant aujourd'hui de la juridiction romaine. Survenait-il une contestation au sujet de ces biens, un riche Romain, par exemple, envahissait-il le champ d'un Samnite voisin du domaine public, la plainte du Samnite était jugée à Rome par les pairs, souvent par ley complices du coupable. Le malheureux dépouillé, incapable d'ester en justice,
(1) App., Civ.,h 7, 8,9, 11, 18.- Nitbuhr, Des colonies romaines et latines.
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n'avait d'autre espoir que dans l'appui du Romain, patron de sa cité. Aussi ce patronage devint-il une espèce de l",ibut imposé aux Italiotes par l'avarice des hommes itinnents dans le forum. On voit que la liberté de l'Italie se réduisait, au fond, a une lesère satisfaction d'amour-propre accordée aux vaincus, mais que la toute-puissance restait en réalité au peuple conquérant. A mesure que la position du citoyen romain s élevait et s entourait de nouveaux avantages, celle de l'italiote devenait plus précaire et plus pénible. Tant que la république n eu a combattre qu'en Italie, le service militaire de ses alliés semblait requ« par «ne néceslité commune. En général, il n'avait d^aïUeurs que la durée assez courte des campagnes de ce temps. Des concessions de terre, un partage égal du butin (1). leur offraien quelques dédommagements en retour de leurs sacrifices pour ra'^rLdissement de Rome. Mais lorsqu'elle étendit ses conquêtes a^delà des mers, les expéditions militaires furent de longue durée. Il fallut entretenir des garnisons lointaines, recruter sans cesse de nombreuses armées, s'épuiser d'hommes et d argent Cependant, les trésors des nations vaincues passaient a RÔme • le gouvernement des provinces soumises appartenait a ses magistrats; la gloire des succès revenait tout entière au peupT qui donnait les généraux. Licenciés après de longues campagnes, les soldats italiotes ne rapportaient dans leur pays quèTs vices des camps. Leurs officiers, quelque longs, quelle glorieux qu'eussent été leurs services, ne sortaient jamais d'une position subalterne. Pour eux. le grade de prefe^ du con- H,"gent fourni par leur cité (2) était le seul auquel ils pussent
m Voy Just. Lips., dePradâ, lib. V, dial. .5 11 ne s'agissail daas ces oanaRerque du bulin tait sur le champ de ba.aillc ou dans UDe vîue pr sf kssaut. Les conlribuùons imposées aux va.ncns enlraieat dans le trésor de la république, saut les gratiBcat.ons prélevées queltl oar les !;énéraux pour récompenser leurs solda s. ^ (tpeu ê re^plusieurs contingenls alliés élaient-.ls qoelquefois réinis soùs les ordres d'un même chef iialiote. Dans la deuxième ^^ ê Dunique, le Samni.e Numérius Décimius commanda un corps déuché de 8^U hommes (Liv.,XXII, 24). Alors Rome avait mlei^t à mina er les Samniles, mais plus tard on vou que loule J'V'S on con-
Tr wVéïaiisous les ordres d'un général romain, quand même elle Stté cr^osr qu" de iroupes alliées. 11 semble encore que e'é-
prétendre, tandis qu'ils se voyaient sans cesse obligés d'obéir à de jeunes Romaii*, revêtus par la faveur, souvent au sortir de l'enfonce, de la dignité de tribun ou de légat.
En campagne, la discipline militaire pesait avec une rigoureuse partialité sur les soldats italiotes. Un général en chef, revêtu de Vimperium, hésitait à punir de mort un citoyen romain, surtout s'il avait un grade (1) ; pour une faute légère il pouvait faire tomber la tête d'un préfet italien; et ce qui devait être encore plus sensible pour l'honneur militaire, rexécution de la sentence était alors accompagnée d'une ignominie qu'on épargnait au coupable de la nation privilégiée. Certes, on est moins surpris que les soldats romains se soumissent à la bastonnade infligée avec des sarments de vigne, que de voir dans le même camp des soldats alliés battus avec des bâtons d'un autre bois (2).
Celte supériorité du citoyen romain, dont le plus vil se croyait d'une autre nature que le reste des hommes, se faisait sentir aux Italiotes avec d'autant plus d'amertume, que, rapprochés de leurs maîtres par leur situation, leur langue et leurs mœurs, ils ne s'en voyaient séparés que par une ligne de démarcation idéale, infranchissable, pourtant. Sur un champ de bataille, l'italiote savait qu'il valait un soldat de Rome; après la victoire, il redevenait l'égal du barbare qu'il avait vaincu. J'insiste sur les humiliations d'amour-propre dont les Romains abreuvaient quiconque leur était soumis, parce qu'il n'y a pas d'exactions ou d'injustices qui ne soient plus supportables que les outrages faits à la vanité. Plus d'un despote a prolongé sa tyrannie en sachant à propos flatter l'orgueil de ses
sujets.
Tel ne fut jamais le soin des magistrats de Rome. Us ne songeaient qu'à frapper les peuples par la grandeur de leur puissance, à élever la barrière entre les vainqueurs et les vaincus.
taienl ies consuls romains qui nommaient les préfets (voy. Polybe, VI, frag. 5).
(1) Cfr. Just. Lips., lib. V, (liai. 18. — Sali., Jug.t GO. — Caes., Ciu.. 111, 7 i ; Af., 54. — Liv., IX, 1 '.
(2j Liv., LpU lib. LYll. — Miu., XIV, 3.
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Désobéir à un de leurs ordres, k un de leurs «T'f ««' ''^'f ' ^ meure en état de rébellion, car pour tous ses sujets un Rou.am ^^inhiUible, et c'était un crime que d'eu douter, ^t: S uger le caractère de i'adminisU...on ro— . 1 faut se rappeler par quels moyens on arrivait a"^.chaiots PU w t Prnnels étaient les hommes qui les remplissaient. \
,'^!u,i ounaie. b en à tous les citoyens la carrière des ma- Lesloi=ouMaiemwL était fermée à ceux que
gistratuios mais da aie be.^^^ ne plaçait point dans
nublinres s'obtenaient par les suffrages du peuple, il était de la dSe importance de se taire des créatures dans chaque cls delà sTiété. Pour réunir ces sutTrages au grand jour de ['élection il n'y a point de démarches, de fatigues, souvent de ba ses^e ' QU L Uon.ains des familles illustres ne s'imposas- S au s'oilu- de l'enfance. Les uns offraient le crédit de leurs famil es à d s plaideurs embarrassés, les autres ouvraient leur Wse à de pauvres artisans ; quiconque volait aux comices eia. IL' cai lé de toutes les manières. Dès que le candidat avai !?llVnrrtve annuel la loi permettait de briguer la dignité de âSui cel !a laquelle'on devait débuter, il paraissait dans Tv. ac mibliq ne revêtu d'une robe blanche , seriaU la main a tous les campagnards, aux plus vils plébéiens, sollicitait leur lo e so^ven l'ach tait à prix d'argent. A l'époque ou je com- ; n'ce mon récit , la corruption était parvenue à ce point, qu ^s adiaTs de suffrages avaient lieu à peu près publiquement. 1 V aval Î homme qui faisaient métier de distribuer 1 argen Lx éîecteml d'autre! che. qui l'on déposait de grosses sommes pour être délivrées après l'issue des comices (1).
t.) Cf. Cio...Pro M,... .. - «. Cic.,^.e P-..^co.«.^passini^
,d.,Pro •''«"''"• 'l\-l^l,'^^l^^ éuil fort ancienne a
de aml..(u, prou« ''"« '^„*""Te. à cel effet montre combien elles Rome, et le "ombre des '» > V°4'"^/„„\^^ ';,, ,, ,■,„ de Ron.e 322. étaient im>^'^^^"'''^\^J'ZZJrdes robes blanchies à ta orav.
SUR LA GUERRE SOCIALE
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Le questeur nommé voyait s'ouvrir pour lui les portes du sénat D'ordinaire, il était attaché à la personne d'un consul ou d'un magistrat d'un ordre supérieur; il était son lieutenant : quelquefois il obtenait un petit gouvernement pour lui-merae. Dans ces fonctions on apprenait les affaires, on trouvait des occasions de se distinguer, de faire souvent citer son nom dans le sénat ou dans icô assemblées du peuple (1).
.Après la questure on parvenait à Fédilité curule, magisUature purement civile, dont les fonctions consistaient à veiller à "farrivée des subsistances, à Tentretien des monuments publics, à rembellissement de la ville, enfin à présider et l^ préparer les jeux et les spectacles solennels (2). Cette charge entraînait à d'énormes dépenses les édiles qui voulaient se rendre populaires. Ils bâtissaient des temples, des portiques à leurs frais, ouvraient des routes, construisaient des aqueducs ; surtout ils s'efforçaient de surpasser leurs devanciers par la magnificence des jeux qu'ils faisaient célébrer et dont ils supportaient en partie la dépense vraiment colossale. Heureux l'édile qui avait pu faire mourir dans l'arène un nombre inusité d'habiles gladiateurs, qui avait présenté au peuple des animaux rares, encore inconnus (3)! Son nom était dans toutes les bouches, et chacun applaudissait à sa naissante ambition.
L'édilité durait un an. On arrivait ensuite à la préture. Il y avait six préteurs (4) : deux présidaient les tribunaux à Rome, les autres gouvernaient des provinces ou commandaient des armées. Enfin, après avoir successivement parcouru les trois
dans les anciennes lois de la républiciue, il est difficile de juger la portée ue celte disposuion, qui ne fut adoptée qu'après de vifs débats. Ceoendant, â celte époque, les plébéiens demandaient à partager le consulat avec les patriciens ; en proscrivant les robes blanches, les iriDuns, auteurs do la loi, interdisaient peut-être aux candidats un costume que les patriciens seuls avaient le droit de porter : de la sorte, ils préparaient la mesure plus importante qui devait elablir detinilivemeni fegalite politique entre les deux ordres.
(1) Deferri m heneficiis (Cic, Pro Arch.^ 5).
(2) Cic, de Leg., 111, 3.
(3) Voy. les lettres de Caelius à Cicéron {ad Div., Vlll, 4, 8, 9).
(4) C'est en l'an de Rome 556 que le nombre de» préteurs fut porté à SIX (Llv., XXXII, 27).
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degrés précédents, on se présentait une dernière fois aux comi'ces pour demander le consulat. Alors redoublaient les intrigues, les tentatives de corruption, les manœuvres de toute espèce,' car c'était là le dernier terme de l'ambition d'un Romain. Les consuls présidaient au gouvernement de la république ou dirigeaient en personne les guerres importantes. A rexpiration de leur magistrature , c'est-à-dire au bout d'une année, ils étaient envoyés dans une province avec le titre de proconsuls, souvent pour commander des expéditions militaires, presque toujours pour administrer un vaste gouvernement. Leurs fonctions pouvaient leur être prorogées pendant plusieurs
années.
Amasser et dépenser tour à tour de grandes richesses, tel était, comme on le voit, le soin principal des candidats aux honncius. Les profits de la questure permettaient de briller dans rédilité curule. Ruiné par sa magnificence, Tédile refaisait sa fortune comme préteur, et rentrait à Rome assez riche pour acheter les suffiages aux comices consulaires. Souvent il engageait tous ses biens dans cette dernière élection, sûr d'en retrouver de plus considérables dans la province qui lui serait adjugée après son consulat. En un mot, la carrière des emplois publics était une espèce de jeu, où Von faisait des bénéfices proportionnés aux mises que Ton hasardait. A son début, un jeune Romain était initié à Fart de s'enrichir aux dépens des sujets de la république, par le préteur ou le proconsul auquel il était attaché. Eût-il apporté dans ses fonctions les sentiments les plus nobles, il se pervertissait facilement par les exemples qu'il avait sans cesse sous les :,eux. Il savait que sans autres protecteurs que ses vertus, il ne pourrait se faire remarquer, qu'il n'obtiendrait jamais un rang considérable. Puis, les occasions de s'enricbir étaient si fréquentes, si faciles; c'était à qui achèterait la bienveillance d'un magistrat romain. Les habitants des provinces conspiraient à l'envi pour le corrompre ; et telles étaient les tentations dont ils l'entouraient, qu'il était sans exemple qu'un préleur ou un proconsul ne fût revenu riche à Rome, laissât-il une réputation d'intégrité dans le gouvernement qu'il résignait à son successeur. Bien peu cependant étaient suivis par les regrets des peuples, car la plupart ne déguisaient ni
leur rapacité ni leur violence. Il n'y avait sortes de maux qu'ils ne fissent souffrir à leurs sujets d'une année.
Le voisinage de Rome, la crainte de la tribune, le caractère fier et les dispositions belliqueuses des Italiotes, devaient imposer quelque retenue aux magistrats qui avaient des gouvernements dans la Péninsule; et cependant veut-on savoir quelle était la domination romaine en Italie? Quelques exemples la feront connaître mieux que ces observations générales. Sans doute les provinces étaient encore plus maltraitées : qu'on devine leur sort si la chose est possible !
Un consul romain passait à Téanum, ville de la Campanie, dans le pays dos Sidicins. Il voyageait avec sa femme, ses officiers, ses affranchis, ses esclaves, en un mot avec ce que l'on appelait sa cohorte. Dans de semblables occasions il devait être défrayé par la république ; mais, comme la plupart des magistrats romains, il vivait partout aux dépens de ses hôtes. Un consul à Téanum! voilà toute la ville émue. Les magistrats s'empressent autour de lui. On le loge dans la meilleure maison, on l'héberge magnifiquement lui et son monde. Maint affranchi reçoit des présents; peut-être le consul lui-même daigne-t-il en accepter, soit pour épargner à Téanum le fardeau des logements militaires, soit pour se souvenir des Sidicins dans le sénat, où les pauvres alliés ont tant besoin de protecteurs. La femme du consul veut se baigner. Le bain des femmes n'est pas assez magnifique, il ne lui convient pas. « Je veux le bain des hommes, » dit-elle. Aussitôt M. Marins, principal magistrat de Téanum, envoie son questeur pour que la foule des baigneurs cède la place à l'illustre voyageuse. Mais il leur faut du temps pour se rhabiller, et la femme du consul attend un instant à la porte des thermes; elle se plaint; grande colère de son mari. Par son ordre ses licteurs saisissent M. Marins, et le battent de verges dans le forum (1). Cela se passait vers 630 : quelques années après, un autre Marins, préteur italiote, vengeait cette honte dans le sang des Romains, sous les murs de Téanum.
(0 A. Gell., lib. X, 3. A cette occasion, les magistrats de Calés défendirent à leurs concitoyens de se baigner dans les ihernies quani il y aurait en ViUe un magistrat romain.
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Pour un crime semblable, un questeur italien recevait la bastonnade; un autre évitait cetle ignominie en se précipitant du haut des remparts de Ferenlinum (1).
Ailleurs, Q. Thermus, préteur romain, mécontent des vivres qu'on lui donnait, fpisait fustiger publiquement par ses licteuK is décemvirs d'unj ville où il s'était arrêté (2).
Mais peut-cfe croira-t-on que le despotisme romain n'atteignait que les riches ou les magistrats de Tltalie? Souvent le peuple voit, non sans plaisir, ses maîtres humiliés par des maîtres plus puissants, trop haut placés d'ailleurs pour qu'il en ait rien à craindre. Qu^on se détrompe. Depuis le préteur jusqu'au paysan, tous les Ualiotes sentent le poids d'un joug de fer, et il y a de petits tyrans qui se chargent de représenter Rome auprès des misérables.
Un jeune homme qui avait été prolégat en Asie, revenait à Rome, après avoir fini son service. 11 passait par Venusia en Apulie, porté dans une litière ; spectacle étrange pour les habitants de ce pays, peu habitués à la mollesse des riches de Rome. D'aventure survient un bouvier, qui, voyant entre les rideaux de la litière un jeune homme vigoureux, nonchalamment couché, crut faire une plaisanterie en demandant aux porteurs « si c'était un mort qu'ils menaient de la sorte. » A la vérité, c'était une de ces paroles de mauvais augure que les Romains superstitieux n'aimaient pas à entendre. L'ex-prolégat furieux commande à ses esclaves de châtier le mauvais plaisant ; armés des courroies de la litière, ils le chargent de coups et le laissent pour mort sur la place (3).
Par compensation à sa tyrannie, Rome accordait bien quelques avantages à ses alliés : une paix profonde à l'intérieur, au dehors une prutection puissante. Dans une province tributaire ou dans un royaume allié, l'Italiote avait même quelque chose de celte majesté qui dans tout le monde s'attachait au nora romain. Plusieurs villes commerçantes de la Péninsule s'étaient enrichies grâce à ce redoutable protectorat; mais c'était une
(1) A. GeU.,X, 3.
(2) M. Cciion, cité par A. Gell., X, 3* C3) A. Gcll.,X, 3.
exception ; et la grande majorité des Ualiotes qui se livraient à l'agriculture ne connaissaient que les vexations et jamais les bienfaits du gouvernement de la république.
Un efiet fatal de la domination romaine fut l'appauvrissement et la dépopulation de Tltahe. A Rome, où le commerce et l'industrie étaient méprisés, une seule route conduisait à la fortune; c'était la carrière des emplois publics. De retour de son gouvernement, un fonctionnaire romain achetait des terres, bâtissait des villas; bientôt il devenait un gros seigneur terrien. S'il y avait dans son voisinage quelque domaine à sa convenance, il se le faisait céder ; quelquefois il s'en emparait , tandis que le légitime propriétaire combattait bien loin sous les aigles romaines. Peu à peu tous les petits propriétaires étaient dépouillés pour former de vastes domaines à la classe privilégiée des fonctionnaires publics. Des parcs, des jardins, des piscines creusées à grands frais, prenaient la place des champs cultivés. Les laboureurs disparaissaient, et les campagnes se peuplaient d'esclaves, dangereux par leur nombre, dangereux encore par leurs habitudes de vol, auxquelles ils se livraient impunément. Plusieurs maîtres, dit-on, en partageaient les fruits avec ces misérables (i).
C'était principalement sur les terres enlevées autrefois aux peuples de ritalie, et devenues propriétés de la république, que s'exerçait la rapacité des riches romains. Dans l'origine, les patriciens s'étaient adjugé les champs les plus fertiles, et là môme où ils avaient consenti à partager avec les citoyens pauvres, ces dejniers n'avaient pu tirer presque aucun parti de leurs lots, lorsqu'ils étaient trop éloignés du lieu de leur résidence habituelle; tandis que les riches, y envoyant leurs esclaves, les exploitaient avec de grands profits. Les Ualiotes, il est vrai, étaient admis aux mêmes conditions que les Romains à ces spéculations sur le domaine public, c'est-à-dire moyennant une redevance fixée par les censeurs ; mais on conçoit tout le désavantage que des vassaux devaient avoir dans une concurrence avec leurs maîtres, et combien peu d'impartialité ils devaient attendre de la part des triumvirs chargés des partages.
0) Diod. Sic \ lô.
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SUR LA GUERRE SOCIALE
Les esclaves n'étaient point soumis au rccrufement, et par conséquent il y avait un intérêt manireste à les substituer aux cultivateurs libres, qui, à chaque instant, pouvaient être enrôles et enlevés à ragricullure. Aussi les guerres étrangères versaient-elles chatiue année en Italie une immense tfuantité d^esclaves, pendant que la population libre s'éteignait rapidement dans la misère ou périssait dans des expéditions lointaines. On observera, en outre, que malgré la dépopulation flagrante de l'Italie, les villes alliées devaient toujours fournir à la république le même nombre de soldats, et supporter les dépenses, chaque jour croissantes, de leur entretien et de leur équipement.
Rome ayant toujours besoin de soldats, et K; nonibie en diminuant d'une manière alarmante, il fallut bien chercher un remède à une situation si grave. Dès Tannée 387,1e tribun du peuple C. Liciuius Stolo avait fixé par une loi le nombre de jugerez que chaque citoyen pouriait tenir du domahie public, ainsi que celui de bœufs et de moutons qu'il élèverait dans les nombreux pâturages qui en dépendaient (1). Probablement, l'accroissement des esclaves avait déjà inspiré quelques inquiétudes, car Licinius avait encore prescrit que dans toute exploitation rurale il y aurait au moins un tiers de cultivateurs libres (2). Ces lois, dont le but était de conserver à l'Italie une population belliqueuse , ne se maintinrent guère au delà du cinquième siècle. Éludées d'abord, et par leur auteur luimême (3), elles ne tardèrent pas à être ouverlenient violées. Les grandes propriétés se formèrent rapidemenl, et le domaine public devint presque tout entier la proie de Toligarchie romaine.
A celte époque, les rapports devenus plus fréquents avec les Grecs et les Asiatiques, commençaient à introduire en Italie des besoins nouveaux et un luxe elTréné. Tandis qu'un petit nombre d'hommes nageaient dans l'opulence, la multitude était plongée
(1) Cfr. Orelii Onomaslicoii TuUianum, Lex Licinia, de modo agro* rum, p. 212.
(2) A pp., Civ., l, 8.
(3) Liv., Vil, 16.
dans une misère profonde, et peu d'années après le temps où je commence mon récit, un consul pouvait dire avec raison : u que la république ne comptait pas deux mille citoyens qui possédassent un patrimoine (1). »
Cette situation était peut-être plus insupportable pour les Romains que pour leurs alliés : plus libres que ces derniers, ils firent hautement entendre leurs plaintes ; elles enhardirent les Italiotes, et déterminèrent enfin une explosion que le prestige de la puissance romaine avait longtemps contenue.
Un jeune homme, d'une famille plébéienne, mais illustre et alliée aux plus anciennes maisons de Rome, instruit par des philosophes grecs, Tibérius Sempronius Gracchus, dont le caractère bon et humain n'avait pu être corrompu par l'orgueil exclusif de sa nation, se rendait en Espagne, vers l'an de Rome 617, pour servir en qualité de questeur dans l'armée qui se rassemblait contre Numance. En traversant l'Étrurie, il fut frappé de l'aspect désolé de ce pays, célèbre autrefois par sa richesse (2) ; la campagne lui parut déserte ; ou s'il y rencontrait des hommes, c'étaient des serfs abrutis, ignorant leurs maîtres, travaillant sans activité sur une terre dont la fertilité ne devait pas améliorer leur sort. Dans les villes, il trouva quelques Lucumons, habitant des palais magnifiques, vivant, dans le luxe et la mollesse, des revenus de leurs vastes propriétés qu'ils ne visitaient jamais. Les vices d'une société étrangère nous choquent plus que ceux de notre pays, auxquels l'habitude nous rend comme insensibles. La plaie de l'Étrurie, plus hideuse peut-être que celle de Rome, épouvanta Gracchus, et faisant un retour sur sa patrie, il comprit qu'elle n'était guère moins misérable. « Et nous aussi, se dit-il , nous avons nos Lucumons, et nos campagnes peuplées d'esclaves. Si un nouvel Annibal
(1) Cic, De o/r., II, 21.
(2) Plut., Tib. Gracchus, 8.
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ss
venait fondre sur nous, si les Gaulois repass lient les monts, où trouver des hommes à leur opposer? 11 y a moins d'un siècle, à la voix de nos consuls, Vltalie , en quelques jours, arma 'huit cent mille soldats (1) libres et courageux. Aujourd'hui, si nos esclaves brisaient leurs fers, pourrions-nous leur
résister ? w
L^impression que lui laissa ce sombre tableau ne s'effaça point au milieu des désastres dont il fut le témoin en Espagne. Il revint à Rome, déterminé à chercher un remède aux malheurs
qu'il prévoyait.
Il y avait alors deux routes ouvertes aux Romains qui prétendaient exercer une influence sur le sort de leur patrie. Les uns ambitionnaient le consulat, pour commander des armées, dominer dans le sénat, gouverner des provinces et y amasser de grandes richesses ; d'autres, et surtout ceux qui se sentaient le talent de la parole, briguaient de préférence les charges de tribuns, qui donnaient aux orateurs un immense pouvoir sur les assemblées populaires. Ils faisaient des lois, réformaient des abus, ou en introduisaient de nouveaux. C^étaient encore un moyen de commander aux maîtres du monde, et de laisser un grand souvenir de soi. Rarement un tribun s'enrichissait dans sa charge, à moins de concussions qui eussent exigé une impudence diffidle, même à une époque de corruption si effrénée. Mais, avec un grand pouvoir politique, le tribunat était la seule magistrature où l'on parvînt fort jeune, et sans avoir passé par la longue filière des emplois subalternes. Tib. Gracchus, qui n'aspirait qu'à réformer son pays, choisit le tribunat, et sa réputation de capacité et d'intégrité s'était si bien étabUe dans sa courte campagne devant Numance, qu'il n'eut aucune peine à l'obtenir.
Toutes ses pensées étaient pour rendre à l'Italie cette population libre et énergique qu'il voyait disparaître de jour en jour (2). « Il Tant avant tout, disait-il, que Rome ait des soldats. Nous n'avons plus que des esclaves. Le peuple languit dans la
(1) 700,000 d'infanterie, 70,000 chevaux (Polybe, lib. II, 5). ^ ^
(2) rpâ/.yw 8' 6 p.£v voù; tcù [iouXeyp.aroç ipv cù)C i; eù^rofîatv, aXX iç «Ciav^piav (App., Civ., I, 11).
misère qui l'avilit et le corrompt. Autrefois, lorsque chaque citoyen avait son petit champ, qu'il cultivait lui-même, les mœurs étaient meilleures, nos armées se recrutaient sans peine, nous étions plus grands et plus heureux. »
La dépopulation de l'Italie coïncidait avec l'abrogation tacite des lois de Licinius. Aux yeux du jeune tribun et de tous les hommes honnêtes et désintéressés, ces lois avaient préparé la grandeur de Rome; leur rétablissement pouvait prévenir de terribles calamités. 11 résolut de les remettre en vigueur. Tout entier au noble but qu'il se proposait, Tib. Gracchus ne s'arrêta pas un instant devant les difficultés ou les dangers de son entreprise. Il voyait bien qu'il allait soulever contre lui tous les riches, tous les" hommes influents dans le sénat ; mais il se sentait un courage indomptable, et il comptait sur l'appui de la classe opprimée, dont il voulait soulager la misère.
Encouragé par les discours de ses maîtres, Diophanès de Mitylène, et Blossius de Cumes, il eut bientôt tracé son plan, et d'abord il voulut le soumettre à l'approbation des personnages les plus considérés alors pour leur savoir et leur probité. 11 consulta P. Mucius Scœvola, le plus halnle jurisconsulte de Rome; L. Licinius Crassus, orateur illustre, chéri du peuple ; enfin un de ces fiers Claudius, ces champions inflexibles de l'aristocratie, le vieil Appius, qui venait do lui donner sa fifle, parce qu'il n'avait pu trouver dans sa caste un gendre digne de son alliance (1). Tous approuvèrent ses projets et louèrent son
courage.
Voici les principales dispositions de la loi qu'il proposa, et qui, suivant l'usage romain, fut appelée Sempronia, du nom de son auteur :
La loi Licinia est remise en vigueur, mais avec quelques modifications, ayant pour but d'éviter une perturbation trop considérable dans les fortunes. Licinius ne permettait pas à un citoyen de posséder, ou plutôt de tenir à ferme pins de cinq cents Jugères sur le domaine de la république (2). Gracchus penne»
(i) Plut., Tib. Gracchus, i.
(2) App., Civ., 1,8
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aux lils émancipés du -propriétaire de posséder, de leur chef, deux cent cinquante autres jugères (1).
La loi Licinia n'avait jamais été formellemenit abrogée ; on pouvait donc considérer comme un délit punissable toute extension de possession au delà des limites fixées par le législateur. Pourtant, Tib. Gracchus cioit devoir indemniser les propriétaires dépossédés, lorsqu'ils ont acheté ou reçu par héritage l'excédant qu'on leur retire (2).
Le but de la loi Sempronia étant de créer ou de rétablir en Italie la classe des petits propriétaires, la jouissance des biens faisant partie du domaine public, reste assurée dans les mômes familles ; en conséquence, la vente de ces biens est interdite (3), et la redevance payable au trésor est supprimée. De fermiers il fait des propriétaires (4), et pour parler la langue d'aujourd'hui, il leur constitue des majorais.
Sont renouvelées, sans changement, les dispositions de la loi Licinia qui déterminent le nombre des esclaves cultivateurs, et qui leur adjoignent un tiers d'hommes libres. Ces derniers étant soumis au recrutement, il est évident que pour les maintenir au complet il fallait qu'ils fussent en réalité plus nombreux (5).
Quant aux propriétés qui, par suite de l'évincement de leurs détenteurs, rentrent dans le domaine public, elles doivent être distribuées, ou du moins cédées à bas prix aux pauvres plébéiens (6), par portions égales, et cela parles soins de trois magistrats ou triumvirs, élus par le peuple, et charges en outre de veillcF- à l'exécution de la loi et de statuer en dernier ressort
(0 App., Ctu., 1,9, in fine. •
(2) Id., ibitl., 11. — Plut., Tib. Gracchus f 9.
(3) IJ., ibid., 10. à77y.*^df£je (ayi 7;wXeîv.
(4) 1(3., ibid., 11. Tt.v È^a-petov aveu Tiax; jct^oiv èç aiVt psSaiov
iXOCOTW.
(5) ils servaient encore à contenir les esclaves pasteurs, les plus dangereux de tous. Ces hommes vivant à cheval, accouiumés aux plus dures fatigues, se livraient souvent au brigandage. Phisiours fois les généraux romnins les jecrutèrent et en formèrent, dans des cas pressants, une cavaltîfie excellente : « Poinpeius servos pastures armât; ex bis cquiit'S circitcr ccc conlicit. » (Ca;s., Civ., I, 24.)
(C) App., Civ., I, 8.
sur toutes les contestations qu'elle devait nécessairement occasionner (1).
Les mesures d'exécution paraîtront étranges, car le législateur n'hésite point à tout bouleverser pour arriver à son but. 11 paraît que Tib. Gracchus prévoyant d'interminables discussions dans le retranchement partiel à opérer contre chacun des détenteurs du domaine public jouissant d'un bien de plus de cinq cents jugères, préféra les exproprier tous intégralement, puis faire entre eux, par un tirage au sort, suivant la pratique romaine, une nouvelle répartition de Vager publicus redevenu complètement libre (2). Que d'intérêts allaient être violemment lésés par ce nouveau partage ! Quelle perturbation de toutes les existences! Quelle indifférence pour les droits d'une longue possession! Tib. Gracchus était un homme de théorie, non de pratique. Il n'avait que vingt-neuf ans. Devant le but qu'il se proposait, s'effaçaient toutes les considérations de détail. Celui qui croit fermement assurer le bonheur des générations futures, ferme ses oreilles aux plaintes de ses contemporains, et l'amour des masses rend fort insensible aux malheurs des individus. D'ailleurs Gracchus partait d'une idée vraie. Le domaine de la république étant inaliénable, elle pouvait toujours en retirer la jouissance concédée ; ce droit n'avait jamais été contesté (juand il s'agissait des travaux d'utilité publique. Bien plus, les détenteurs actuels ne possédaient qu'au mépris des lois, et souvent par le fait d'une usurpation coupable. Ils devaient donc s'estimer heiu'eux de n'être point punis, de recevoir même une indemnité pour la perte de biens acquis illégalement. Au reste, il est permis de supposer que Tibérius ne demandait un nouveau partage intégral, que parce qu'il lui fournissait le moyen de détruire la cause qui rendait illusoires pour le peu-
(1) Ce fut par une loi supplémentaire que Gracchus attribua aux triumvirs le pouvoir de juger toutes les affaires relatives au domaine public (App., Civ., I, 13; Plut., Tib. Gracchus, 10; Liv., Epit.j LVIll).
(2) App., Civ. y I, 18. Âvaa£Tpcup.îV/i; re aÙT^;, d aîv èx 7r£9'jTe'jf^.£vy;ç xal £-aû>cû)v, èç (J/tXr.v {JiStstÎOcvto* ot «5'' i'^ evep-^'wv, eî; àppv, vi Xîpa;,
pie la plupart des distributions de terres. J'ai déjà fait remarquer rimpossibilité où se trouvaient les pauvres plébéiens de cultiver leurs lots, lorsqu'ils étaient trop éloignés de Rome. Suivant toute apparence, Tintention du tribun était de leur donner les portions du domaine public les plus rapprochées de la ville ; autrement il se serait mis en contradiction avec l'article de sa loi qui rendait ces propriétés inaliénables. Or, si elles n'eussent pas été cultivées, il en serait résulté un état de choses pire que celui auquel il prétendait porter remède. 11 est bien difficile aujourd^iui de découvrir d'après quelles bases se réglaient les indemnités dues aux détenteurs du domaine expropriés. La terre étant la propriété de la république, il est évident qu'il n'y avait pas lieu de leur en payer le prix ; ils ne pouvaient prétendre qu'à être remboursés de leurs frais de culture et d'amélioration (1); mais il était toujours difficile, quelquefois même impossible de les constater. Ainsi, dans tous les cas, l'indemnité devait dépendre de l'estimation plus ou moins arbitraire des triumvirs.
A cette époque (A. de R. 621), la république n'avait point à soutenir de guerre onéreuse, et son trésor national pouvait probablement suffire à cette immense opération, qui d'ailleurs, suivant toute probabilité, ne devait avoir lieu que graduellement et à des termes plus ou moins éloignés.
Il est tout aussi difficile de comprendre quels effets devait avoir la loi Sempronia sur les propriétés concédées aux Italiotes, au même titre qu'aux citoyens romains, c'est-à-dire, moyennant une redevance annuelle. On voit seulement qu'elle fut encore plus mal accueillie dans les villes italiennes que dans le sénat de Rome (2). A Rome elle avait pour partisans tous les pauvres plébéiens, pour adversaires tous les riches. 11 semble qu'en Italie les opinions dussent se partager de la même manière, ou du '
(1) Mto6bv txtf.a -y;; rercvruivu,; eÇep-yaoîa; (App., Cir., I, 11). Les plaintes des détenteurs du domaine menacés d'expropriation, telles qu'elles sont rapportées par Appien (cap. 18), semblent indiquer que les indemnités étaient à peu près illusoires.
(2) App., Civ., I, 19. Taùra... où (pspcvre; cl I-ra/.twrai... Id., ibid.,21. 01 o6u.aa/.ci,.. r.i^i 7f.; •^'y;; (i-àXiora àvréXe'Yûv...
moins que le peuple dût rester assez indifférent (1), et cependant la réprobation fut, dit-on, générale. On ne peut admettre qu'il fut question de revenir sur les concessions anciennement faites aux peuples vaincus, concessions qui, à vrai dtre, s'étaient bornées à ne pas confisquer en totalité le territoire qu'ils n'avaient pu défendre. Les propriétés communales des villes italiennes, respectées jusqu'alors par les Romains, ne pouvaient pas plus faire partie du domaine de la république, que celles des particuliers habitants de ces villes. Ce n'était pas là, du moins pour les Romains, Vager publicus, et ce n'était que l'amer publicus que la loi Sempronia avait en vue.
Une seule considération pourrait expliquer l'unanimité des Italiens dans cette circonstance. Par la loi Sempronia, un nouveau partage intégral du domaine de la république allait avoir lieu. Quiconque connaissait les pratiques romaines ne pouvait douter que les triumvirs ne favorisassent grandement leurs compatriotes au préjudice des alliés. Assurément ces derniers ne pouvaient espérer que les plus mauvais lots, ceux qui auraient été refusés par le plus pauvre plébéien de Rome. Mais c'était surtout dans les enquêtes sur l'origine des propriétés, que les Italiotes redoutaient la partialité des magistrats de la métropole. La perte ou l'ambiguïté des contrats et des traités qui fixaient les limites des propriétés de la république, allait donner aux triumvirs mille occasions d'odieuses avanies. Il suffisait qu'on possédât une terre dans le voisinage du domaine public, pour craindre qu'elle ne fût englobée dans une délimitation nouvelle.
(1) J'ai déjà fait remarquer la consiilulion oligarchique de la plupart des villes alliées, dont les gouvernements, immobiles sous la tutelle de Rome, ne s'étaient que faiblement ressentis de la révolution populaire opérée dans la métropole. On sait que dans la seconde guerre punique les sénats italiens se montrèrent attachés à Rome, tandis que le peuple accueillit souvent les Carthaginois en libérateurs. L'influence des sénats ne put que s'acc oîire après le départ d'Annibal, et il y a lieu de présumer qu'à partit- de cette époque les classes inférieures furent à peu près exclues des concessions de terres publiques. Espérer que les triumvirs distribueraient aux plébéiens Italiotes TexcédarK des terres possédées par leurs patriciens, éteit chose impossible, car une longue oopression avait liabilué les crémiers à n'attendre de Uorae Qu'exactions et violences.
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Quoi qu'il en soit, il demeure certain que Tib. Gracchus ne s'était point assez préoccupa des intérêts ilaliotes. La misère des alliés avait fait naître dans son esprit, il est \rai, Tidée d'une réforme, mais il n'avait songé qu'au soulagement de ses concitoyens. La philanthropie est une vertu nouvelle; les anciens n'avaient que du patriotisme.
La loi Sempronia ne fut point adoptée sans de vifs débats, et les possesseurs de Yager publicus ne manquèrent ni d'orateurs habiles ni d'arguments spécieux ; mais les masses soulevées à la voix deTibérius rendaient toute résistance inutile. Dans cette extrémité, le sénat usa de sa dernière ressource; c'était d'opposer à son adversaire un tribun comme lui, dont le veto pouvait arrêter la discussion et l'ajourner à un temps plus favorable. Dans le collège des tribuns, M. Octavius, jeune homme riche, mais de mœurs austères, passait pour désapprouver la loi Sempronia , et s'il s'abstenait de la combattre, c'était uniquement en considération de l'amitié qui l'unissait à son auteur. Octavius tenait à ferme une grande étendue de terres sur les domaines de la république, et cependant sa réputation d'intégrité le rendait l'objet de l'estime générale. Flatteries, piomesses, excitations de tout genre furent mises en œuvre. Octavius se laissa persuader, et, flatté peut-être de jouer un rôle important, il prononça le terrible veto. En vain Gracchus essaya d'ébranler sa résolution; en vain il lui offrit de l'indemniser sur sa fortune particulière des pertes que sa loi pourrait lui faire éprouver. Octavius fut inflexible.
Irrité par cette opposition inattendue, Tib. Gracchus oublia en un moment la modération qu'il avait montrée d'abord. Pour restaurer des lois tombées en oubli, il ne craignit pas de violer des lois existantes, et, tribun du peuple, il attenta aux privilèges les plus sacrés du corps dont il était membre. 11 osa proposer aux comices et il obtint la déposition de son collègue. On remarqua qu^m milieu de l'exaspération fiuieuse des partis, il poursuivit cette mesure de violence avec un calme et un sangfroid plus effrayants que sa colère, et qui prouvaient son immuable résolution de tout sacrifier à son but. Aucun mot injurieux contre Octavius ne sortit de sa bouche ; ce n'é-
tait pas l'homme, mais l'obstacle qu'il voulait renverser (1).
Le peuple romain s'assembla donc au Forum pour détruire cette inviolabilité du tribunal, qu'il avait jadis demandée les armes à la main, et qu'il avait obtenue du sénat effrayé, comme une victoire décisive. Si l'esprit de parti ne négligeait pas toujours l'avenir pour la question du moment, le sénat eût vu avecplaisir cette lutte intestine entre ses constants adversaires. Consterné maintenant, il assistait à la défaite de son champion sans essayer de lui porter secours. Octavius seul montra un rare courage. Jusqu'au dernier moment, il protesta contre rillégalité de sa déposition, et il fallut Tarrachcr de la tribune. Dans le tumulte qui s'ensuivit, un de ses esclaves eut un œil crevé, et cet accident causa alors une sensation profonde. Quelques années plus tard, il n'y eut guère de comices qui ne coûtassent la vie à plusieurs citoyens.
L'adoption de la loi Sempronia ne fut plus retardée ;' Tibérîus, son frère Caïus (2), entin Appius Claudius, son beau-père, furent nommés triumvirs.
On peut se figurer l'agitation qui suivit la promulgation de la loi agraire. Si les riches fonctionnaires romains, usurpateurs au mépris de leurs propres décrets, déploraient la consécration de ce qu'ils appelaient une injustice, les Latins et les autres afliés ne faisaient point éclater des plaintes moins vives et moins bruyantes. Pas une ville qui ne se crût menacée de perdre une partie de son territoire déjà morcelé. Dans leur anxiété, tous les Ualiotes se voyaient atteints par une nouvelle conliscation, sans que les malheurs d'une guerre l'eussent rendue une extrémité inévitable. L'intention de Tib. Gracchus fùt-elle de les ménager, ses successeurs ne manqueraient pas de les traiter avec la partialité odieuse qui marquait tous les actes des magistrats romains. Contre les alliés, la loi Sempronia serait exécutée avec la dernière rigueur, tandis que les grands et les riches de Rome trouveraient toujours mille moyens de se soustraire à ses effets-
Dans les premiers temps de la république, le sénat avait sou-
(1) Plat., Tib. Gracchus, 12.
(2) Il servait alors dans l'armée qui assiégeait Numancc.
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vent cnerché à contenir les plébéiens en leur opposant les allic's, dont les troupes entre les mains des consuls pouvaient être un instrument docile de sa tyrannie (1). Opprimé cette fois par le peuple, et à bout de ressources pour ressaisir son autorité, le sénat cherchait partout un appui pour sa cause, et il n'est pas impossible qu il ait montré en ce moment une attention inusitée aux plaintes des Italiotes ; que pour la première fois^U leur ait laissé entrevoir l'espérance d'une amélioration à leur sort. Quelques sénateurs même confièrent sans doute à leurs clients italiens, que si la république était délivrée du tribun factieux qui ragitait, elle pourrait se souvenir de ses alliés et leur accorder enfin la récompense de leur dévouement. Très-probal)lement on les engagea à résister aux triumvirs, à leur susciter mille obstacles, à entraver leurs enquêtes, à les étourdir de leurs réclamations. 11 est certain qu'à cette époque surgit tout à coup ridée ^'accorder aux alliés le droit de cité romaine. Fut-iUe le résultat de vagues promesses faites par des patrons à leurs clients? promesses bientôt oubliées ou même rétractées. Futelle inspirée par la crainte d'un soulèvement ou par le désir d'arracher aux Italiotes quelque nouveau sacrifice? Enfin Tib. Gracchus lui-même ne l'offril-il pas aux alliés comme un dédommagement?... Le silence des historiens nous laisse dans un doute complet à cet égard. On sait seulement qu'aussitôt après radoption de la loi agraire, l'espoir d'un affranchissement complet fermenta dans toutes les têtes, et dès ce moment il ne parut pas un personnage nouveau sur la scène politique, que l'émancipation de l'Italie ne devînt l'objet de ses méditations et que les alliés ne vissent en lui soit un tvran, soit un libérateur.
Sur ces entrefaites on annonça qu'Attale, roi de Tergame, était mort instituant le peuple romain son héritier (2). C'était peut-être une condition secrète de son alliance avec Rome, car on a peine à concevoir une flatterie qui se prolonge après la mort de l'esclave. Quoi qu'il en soit, Tib. Gracchus saisit avec
(1) Nobilitas iioxia atque eo perculsa, modo per soclos ac nomeii latinuni, iiuerdiim pur équités... Gracchorum aciionibus obviam ierat
(Sall.,Ju^M 42).
(2) A. deR. 621.A.J.C. 133.
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cmi ressèment l'occasion d'accroître sa popularité. Au sujet de cet événement, il présenta un nouveau projet de décret, ou une rogation, qui complétait en quelque sorte sa loi agraire, et dont l'effet devait être plus immédiat. Il demandait que les trésors d'Attale fussent distribués aux citoyens pauvres, qui allaient recevoir des terres par le partage du domaine public. Cet argent devait pourvoir à leurs frais d'installation, et subvenir à leurs besoins en attendant l'exécution de la loi Sempronia- Une autre disposition de son projet n'avait pour but que d'abaisser l'autorité du sénat. Tibérius voulait que le peuple, dans ses comices par tribus, statuât sur les mesures à prendre pour l'ad^ ministration du royaume de Pergame. Cela n'allait à rien moins qu'à retirer au sénat son pouvoir exécutif.
Gracchus se trouvait jeté en quelque sorte malgré lui à la tête d'une faction. Entre elle et le sénat, c'était une guerre à mort, et n'ayant désormais rien à ménager, il ne songeait qu'à obtenir la victoire. Chaque jour donc il proposait de nouvelles mesures pour réduire l'influence du sénat et augmenter le pouvoir du peuple. C'est ainsi qu'il annonçait hautement l'intention de modifier l'organisation du corps judiciaire, alors exclusivement composé de sénateurs, par l'adjonction d'un nombre égal de juges tirés de l'ordre des chevaliers (1); enfin il promettait à ses partisans le rétablissement ou plutôt l'extension d'une ancienne disposition qui autorisait l'appel devant le peuple de tous les jugements (2).
Mais le temps lui manquait pour l'exécution de ses plans :
(1) Lors de la discussion de la loi Sempronia, les chevaliers avaient fait cause commune avec les sénateurs. Gracchus espérait les gagner à son parti en leur conférant Tadminislralion de la justice, et en effet ses successeurs parvinrent, en suivant la môme politique, à diviser les deux ordres.
(2) Lj droic d'appel au peuple , provocatio, est une des plus anciennes institutions de Rome ; on en trouve des traces dès le temps des rois. Jamais ce droit ne fut positivement aboli ; cependant, a voir le nombre de lois et de rogations présentées successivement pour assurer l'exercice de la provocation, il faut croire que les factions qui dominaient la république parvenaient facilement à rendre illuscire celte sauvegarde de la liberté.
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déjà sa magistrature touchait à sa fin, et il n'ignorait pas que, lors(iuUl serait rentré dans la vie privée, ses adversaires nonseulement attaqueraient ses lois, mais le poursuivraient luimême avec tout racharnement d'une haine longtemps contenue. Il songea donc à se faire proroger le tribunal, contre l'usage établi, qui ne permettait pas d'occuper deux années de suite^ même charge. Lorsqu'il en fallut venir à l'épreuve des comices, on de ses collègues éleva des doutes sur la légalité de sa candidature, et soit par un scrupule honorable, soit qu'il fût gagné par le sénat, il ajourna l'élection, jusqu'à ce que le collège des tribuns eût statué sur l'incident.
Le lendemain Gracchus parut dans le Forum, suivi d'un cortège nombreux; mais les campagnards, qui formaient la partie énergique du peuple, étaient alors occupés aux travaux de la moisson (1). La populace urbaine n'avait qu'une audace criarde qui s^évanouissait à l'apparence d'une lutte sérieuse. Tels étaient les soutiens de Gracchus. Contre cette multitude plus nombreuse que redoutable, le sénat disposait de toute la jeunesse riche, accoutumée aux armes, et de la foule docile de
ses clients.
D'abord Tibérius essaya de se faire entendre; mais les clameurs confuses des deux partis rendaient toute harangue impossible. On n'entendait que des menaces, des cris confus. En vain les licteurs essayèrent de rétablir l'ordre ; on les repoussa, on brisa leurs faisceaux; on s'arma de pierres et de bâtons.
Tandis qu'une inexprimable confusion régnait dans le Forum, le sénat délibérait sur les circonstances présentes, dans le temple de la Foi, gardé par un gros de clients et d'esclaves, cortège ordinaire des sénateurs. Quelques-uns proposaient de proclamer la patrie en danger, de créer un dictateur, de proscrire Gracchus. Presque seul, le consul Mucius Scœvola, le même que Tibéi ius avait consulté au sujet de sa loi agraire, conservait une attitude caluie et s'opposait à toute résolution violente. Il avait hautement blâmé la conduite de Tibérius, depuis que son ressentiment l'avait emporté jusqu'à faire déposer son 'oUègue
(1) App., Civ.y I, 14. 0ipo; 5' -^v tM,
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et à violer les lois de la candidature ; mais la fureur de ses adversaires ne lui paraissait pas moins coupable, et, au milieu du désordre, il ne faisait entendre que des paroles de conciliation et de légalité. L'assemblée ne prenait aucun parti, lorsque le grand pontife P. Scipion Nasica s'écria impétueusement : « Le consul se préoccupe de questions de procédure lorsqu'il s'agit du salut de la république. Me suive qui voudra la sauver ! v Alors se couvran» la tête de sa toge (1), et brandissant un bâton, il courut au Forum, suivi des plus jeunes sénateurs et d'un gros de clients et d'esclaves. Armée de leviers et de pieds de bancs rompus, cette troupe forcenée se jeta dans le Forum, frappant et abattant devant soi tout ce qui s'opposait à son passage. Devant eux s'enfuyait en désordre la populace urbaine. Cette multitude, tout à l'heure si audacieuse, n'osait plus affronter quelques centaines d'hommes armés de bâtons. Abandonné de tous, Gracchus fut atteint par ces furieux, et assommé sur la place. On remarqua que le premier coup lui fut porté par un de ses collègues (2), car la plupart des tribuns étaient jaloux de son autorité; mais, moins courageux qu'Octavius, ils s'étaient bornés à ne prendre aucune part à ses décrets.
Le corps de Tibérius fut jeté dans le Tibre ; les deux philosophes grecs ses amis, emprisonnés et jugés immédiatement, furent, l'un mis à mort, l'autre banni de Rome. Dans cette échauffourée, trois cents personnes avaient perdu la vie, tuées à coups de pierres ou de bâton, et la facilité avec laquelle un petit nombre de sénateuis avaient dispersé la multitude, montrait le peu de fondement qu'il y avait à faire sur une populace lâche et avilie, qui au premier danger abandonnait ses idoles.
§in.
Tibérius mort, la loi Sempronia ne fut pas abrogée. On compléta môme le collège des triumvirs, réduit à un seul membre
(1) Le grand poniife portait ainsi sa toge dans les sacrifices solennels. Peut-être Scipion Nasica voulul-il en imposer au peuple par les insignes de son caractère sacré.
(2) Piut., Tib. Gracchus, 19.
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par la mort d'Appius Claudius, qui ne survécut pas longtemps à son gendre. A Caïus Gracchus furent adjoints M. Fulvius Flaccus et C. Papirius Carbon. Ces choix prouvaient que le peuple, remis de son épouvante, voulait l'exécution de la loi Sempronia selon l'esprit qui l'avait dictée, et il n'était douteux pour personne que les nouveaux triumvirs ne fussent les exécuteurs du testament politique de Tibérius. Sans doute, le sénat avait craint de pousser à bout le peuple, plutôt étonné que vaincu. U s'était efforcé de donner le change à l'opinion publique sur le véritable motif de la mort du jeune tiibun, en calomniant sa mémoire et en lui supposant le crime absurde d'avoir aspiré à la royauté (i). D'ailleurs, la force d'inertie était le meilleur moyen qu'il pût employer contre la loi agraire. Il comptait avec raison sur les difficultés matérielles qu'allaient rencontrer les triumvirs. En effet, malgré l'étendue de leurs pouvoirs, ils eurent bientôt sur les bras une si lourde charge, que leurs efforts pour réaliser les promesses de Gracchus demeurèrent sans résultat. De toutes parts surgirent d'interminables procès. Tantôt les triumvirs étaient assaillis par les réclamations des détenteurs du domaine, qui en appelaient aux tribuns, pour ne pas subir les chances d'un partage nouveau et se voir privés de terres à leur convenance, améliorées par eux, couvertes de maisons, quelquefois d'édifices sacrés. Tantôt, des villes alliées contestaient à la république la propriété d'un territoire qu'elle revendiquait comme faisant partie de son domaine. Nulle part les anciennes déhmitations n'avaient été conservées avec exactitude. Les titres de possession, les contrats de vente , les traités même , faits avec les cités italiennes, avaient disparu ou étaient devenus inintelligibles (2). En un mot, il était à peu près impossible de déterminer la circonscription du domaine public. Les triumvirs, mal secondés par les tribuns, contrariés par le sénat, chicanés par tons les riches, étourdis par l'^s réclamations de vingt peuples différents, n'o-
1) La même accusation avait été portée contre Sp. Malins, sans doute avec aussi peu de fondemeat. ^ ,
(2) 0Û7B rà duaSoXa-.a, cutê tt; xXyi?ouxtaÇ eti èxovTOv aTravTOV. A ^6 xai Êu:(a>ceTo, àu/f ("Ao^y. r.v (App., Civ., 18).
saient rien décider, ti de leurs travaux ne résultait qu'une inquiétude générale et la suspension de toutes les affaires. De toutes les dispositions de la loi Sempronia, une seule fut exécutée, celle qui interdisait la transmission par vente des biens du domaine (i).
Dans ces conjonctures, P. ScipionÉmilien revint à Rome après avoir détruit Numance. Ses exploits et l'éclat d'un nom qui réunissait les gloires de deux grandes familles (2), sa haute renommée de vertu, le rendaient l'homme le plus propre à servir d'arbitre entre les factions qui venaient d'ensanglanter le Forum. Le sénat paraissait disposé à suivre les conseils du plus illustre de ses membres, et sa gi-ande réputation militaire faisait espérer la soumission des plébéiens. Enfin il était le beau-frère de Tib. Gracchus et le cousin de Scipion Nasica. Ce fut donc d'abord de l'aveu des deux partis qu'il intervint dans le débat. Sans attaquer la loi agraire, il jeta adroitement quelques soupçons sur l'impartialité des triumvirs. Quant à l'insuffisance de leur autorité, c'était un fait reconnu. Scipion obtint que la décision de toutes les affaires relatives à la loi Sempronia fût remise à l'un des consuls. U annonçait que la haute position de ce magistrat allait aplanir toutes les difficultés. En réalité, il portait le dernier coup à la loi agraire. C. Sempronius Tuditanus, consul en 625, reçut les pouvoirs des triumvirs ,• et, soit qu'il apportât dans ses fonctions un mauvais vouloir, soit qu'il rencontrât les mêmes obstacles que ses prédécesseurs, il saisit avec empressement le prétexte d'une guerre en Illyrie pour se rendre dans cette province, et dès lors la loi Sempronia fut abandonnée sans protecteurs, sans moyens d'exécution.
Les alliés cependant ne cessaient point leurs plaintes ; mais désormais la question des partages les occupait moins que celle de leur émancipation : un grand nombre de villes se concertaient pour que leur accord ajoutât une nouvelle force à leurs demandes. Elles donnèrent alors une preuve remarquable de leur unanimité, en choisissant pour leur patron commun Sci-
(1) App., Civ., I, 27.
(2) Il çîait fils de Paul Emile, êi était entré par adoption dans la famille des Scipions.
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pion Émilien, qui devant Carthage et ,d^>^^f .f "^^ apprécier la valeur des alliés, et qui s^en était f a t aimci pai la douceur et la justice de son commandement. Mais depuis que le séna[ se voyait délivré de Gracchus, il n'accueiUaa plus les nlaTnte des alliés. Maintenant elles étaient devenues presque £u:es, et leur prêter son appui, c'était de ^V^^^ un crime qui faisait oublier tous ses services. Ti ste exemple de nnconstance des hommes î le grand Scipion, qm avait délivre Rome Ï son ennemie la plus redoutable, qui avait re eve la gloire de ses armes, un moment ternie sous les murs de Numance, Scipion était devenu sur la fin de sa vie également odieux Tpeuple et au sénat. Accusé par Vun d'avoir frauduleusement détruit la loi agraire, par l'autre d'avoir conspii^ avec les Itanotes, il mourut sans exciter un regret. Sa mor , qui eut lieu peu de temps après la déposition des triumvirs, fut soudaine et accompagnée de circonstances assez étranges pour nécessiter une enquête. Appliqués à la torture, ses esclaves declarereut que des inconnus, entrés la nuit dans sa maison par une porte de derrière l'avaient étouffé dans son lit. La déposition de ces misérable.^ peint l'esclavage à Rome et les mœurs de 1 époque. On leur demanda pourquoi ils ne s'étaient pas empresses de dénoncer rattentat. Ils répondirent qu'ils ne Favaient pas ose. sachant combien leur maître était haï dans Rome. Pour ces gens cet assassinat était une affaire d'hommes libres, un mcident'politique dont ils n'avaient point à se mêler.
Un soupçon terrible plana sur les triumvirs déposes, particulièrement sur C. Gracchus et Fulvius Flaccus, qui, avant de resiener leur charges, avaient eu de vives altercations avec Sci- Pion Mais Venquête n'alla pas plus loin, car, dit Plutarque, le peuple craignait, en approfondissant l'affaire, de trouver les coupables dans une famille qu'il adorait (1). ^
Quant à Fulvius, ces rumeurs n'empêchèrent point les allies de le prendre pour leur patron après la mort du grand homme dont il était l'ennemi. Fulvius passait pour ambitieux ; et ses mœurs rudes et grossières l'avaient rendu cher aux soldats. 1 parvint au consulat en 629, et montra du courage et du talent
(1) Plut., C. GracchuSf 11.
dans une campagne que, le premier des Romains, il fit au delà des Alpes contre les Ligures-Saliens, ennemis des Massaliotes. La même année il présenta une rogation que Ton ne connaît que très-imparfaitement, mais qui paraît avoir eu pour but d'assimiler les Italiotes aux Latins, en leur accordant le droit qu'avaient ces derniers d'obtenir à certaines conditions leur inscription dans une tribu romaine (1) ; il n'était pas encore question d'étendre le droit de cité à des nations entières. Fulvius ne le donnait qu'à ceux qui avaient transporté leur domicile à Rome, et probablement aux mêmes conditions qui restreignaient cette faculté pour les Latins (2). Peut-être que si le s6iat eût admis alors le projet de Fulvius, les Italiotes s'en fussent contentés pour longtemps. En voyant sa rogation repoussée, le consul éclata en menaces, et la violence de son langage excita les alliés à renouveler leurs demandes, et à les présenter dans une forme qui devenait plus impérieuse après chaque refus.
Comme ces averses légères qui précèdent de loin un grand orage, un événement imprévu vint révéler la tempête qui s'amoncelait contre Rome. Sous le consulat de Fulvius (620), une révolte échta dans Frégelles, colonie latine, mais dont la population était mêlée de Samnites et de Péligniens (3). Au premier bruit des menées qui se tramaient dans cette ville, le préteur L. Opimius cita devant son tribunal le principal magistrat des Frégellans, Q. Numitorius Pullus. Cet homme, intimidé par le préteur, avoua tout et nomma ses complices. Il obtint sa grâce; mais l'épithète de traître resta pour les Romains eux-mêmes
(1) Val. Max., 1. IX, 5 i. Cum lege introduceret de civitate danda et de provocatione ad populum eorum qui civilalem mutare voluissent...
(2) C'esl-à-dire, en justifiant qu'ils avaient laissé des enfants dans leur ville natale. Les Romains, dans rinlérêl du recrutement, voulaient que les villes alliées conservassent toujours, à peu près, la même population.
(3) 11 y avait à Frégelles, en 577, 4,000 familles samnites ou péligniennes (Liv. XLI, 8). Le consul C. Claudius fit rendre à cette occasion une loi qui interdisait aux alliés d'émigrer dans des colonies, ou de changer de nationalité, mais on veria que cette loi oe fut jamais rigoureusemi-ut obseivéc.
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chef, les FrégcUans ne perdirent P^; "'^^ j'i ;\. .me et la défendre ;Opiraius après «ns^^ge en rege^^^^^^^
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preuve de la désunion d^' "^l'e. T'/^^'^J^^ ^ i„t
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SKl'i;"5.Svlse.e où i> se renfermait,^nnom seul lui assurait une grande faveur auprès du peupU, qu. igno
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(Cic..P'''-''PP-' ^^'' ''' '^'' . 1 o. il ivait lué assez d'iionitnes ^^,) Opi-mus demanda |e tnompb^. ^^^^.^^ cepenaant il ne pour le moiiicr, d après la eilre ""^ ™ ; ^ ^elte maxim?, « que Lt l'obtenir du sénat, qu> lu. fi ^Pf''^ l'einpire. non à ceux qui le triomphe »PP»«i«"' »•*"?. ''"°"''n"n" eïaU, une insurrection
on, recottvré ^^ '''«*'^""«f '''"'^, j/ „?; qXn n chercltàt pas à le
d'alliés était un événement iiop triste pour qu u
?ate oublier (Val. Max., II. 8, V.t'I-^fr'jufomme Asc.iU.m comme (3) Aurélius Victor est le seul h'*'°7"J'r'7",,ctio,,is invidiau.
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rait cDCore et son génie et son audace. En Vobligeant à se défendre ses ennemis révélèrent son éloquence, et l'impression Mu'euJ produisit lui montra que le temps était venu pour lui de jouer un grand rôle. Plus ambitieux que son frère, il était enrore moins scrupuleux dans le choix de ses mo^fens. Tibcrius avait attaqué le .sénat avant de s^être assuré du peuple; Caïus résolut, avant tout, de se créer un pouvoir assez redoutable pour accabler ses adversaii-es.
Son premier soin fut de se lier intimement avec Fulvius, quii détermina à solliciter avec lui le tiibunat, magistrature que la plupart des consulaires regardaient comme au-dessous d'eux. Lui-Kjême, en 630, demanda le tiibunat comme un héritage de famille, et tous ks eflbrts du sénat n^aboutirent qu'à le fau^e nommer le quatrième du collège (1), rang d'ailleurs fort inditTerent dans la réalité, car son éloquence et son audace Im assurèrent en peu de temps une supériorité décidée sm' tous ses collègues. A peine entré en charge, il se fit adorer du peuple en disant passer un décret pour taxer le blé à un prix tellement bas, que les pauvres plébéiens fussent désormais assures de leur subsistance (2). Au reste, la misère de la populace romaine faisait presque une nécessité de cette mesure, car la faim pouvait à tout moment la jeter dans Tinsurrection. Sans doute personne ne se trompa sur le but véritable de Gracchus; mais il ne se trouva point d'adversaire pour le combattre, et il consacra ce principe déplorable, que le citoyen romain devaU vivre sans travailler, aux dépens des provinces tributaires.
C'était en quelque sorte un devoir de famille pour C. Gracchus de reproduire la loi agraire de Tibérius. On ignore queUes mesures nouvelles furent proposées par lui, à celte occasion. Je ne suppose pas qu'il ait obtenu autre chose que des enquêtes, ou, tout au plus, quelques décisions générales sans importance; Une paraît même pas qu'il en ait pressé l'exécution avec beaucoup de vigueur, soit qu'il craignît de se faire des ennemis parmi les chevaliers ou les Italiotcs, soit que les difficultés qui avaient
(1) Il y avait dix tribuns.
(2) Trienle et seinisse (Liv., Epit., LX),