‹ Études sur l'histoire romaineChapitre 6 sur 26 · VL · texte numérisé non relu

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A la nouvelle de la mort de Drusus et de l'exil de ses amis, un cri de fureur s'éleva dans toute l'Italie, et les plus timorés cessèrent de parler de soumission et de patience. Désormais ce n'était qu'à la pointe del'épée que les alliés devaient réclamer leur affranchissement. Naguère ils demandaient à partager les droits des citoyens romains ; maintenant ils voulaient les abaisser à leur niveau. Les principaux des conjurés cherchèrent seulement à contenir la fureur de leurs compatriotes assez de temps pour en rendre l'explosion plus terrible. La plupart des peuples de race sabellique, les plus belliqueux de l'Italie , s'étaient unis en secret par des serments et des sacrifices solennels, et n'attendaient, pour courir aux armes , que le signal de leurs chefs. A cette époque, le matériel nécessaire pour une campagne n'était point aussi coûteux, aussi long à préparer qu'il l'est devenu depuis l'usage des armes à feu. Presque tous les hommes libres possédaient un bouclier, une épée, des javelots. D'ailleurs, les villes alliées étant obligées d'équiper leuys contingents, devaient avoir

(les arsenaux sous la garde de leurs magistrats municipaux. D'autres magasins militaires beaucoup plus vastes étaient conservés dans des villes fortifiées, probablement colonies romaines, sous la protection de garnisons permanentes , composées quelquefois d'auxiliaires que, depuis quelque temps, la politique du sénat appelait en grand nombre en Italie'. On pouvait espérer qu'une surprise réussirait contre ces garnisons disséminées , dont la vigilance s'était endormie par suite d'une longue soumission; l'important, c'était que le complot éclatant sur tous les points à la fois , la république ne sût de quel côté diriger ses redoutables légions.

Les conjurés s'occupèrent en même temps de constituer leur confédération, et pour le cas d'une réussite immédiate , et pour celui d'une longue résistance; en un mot, ils songèrent à se donner un gouvernement central. On ne sera pas surpris de leur voir adopter les formes de l'administration romaine; car, de tout temps, la première action d'esclaves révoltés fut d'imiter leurs maitres. D'aiJIeurs, tout en détestant la tyrannie de Rome, leurs chefs voyaient fort bien que l'Italie devait sa prépondérance dans le monde à la direction unique que lui avait imprimée son orgueilleuse métropole. Loin de

' On se rappelle les archers crétois d'Opiinius.

détruire le gouvernement romain, ils voulurent l'établir sur des bases plus fermes, le rajeunir, si l'on peut s'exprimer ainsi. Dans leurs discordes intestines, leurs adversaires leur avaient donné un exemple qu'ils surent mettre à profit. Les plébéiens n'avaient pas aboli les droits des patriciens, ils en avaient exigé le partage. Semblablement les Italie tes ne voulurent pas supprimer les privilèges exclusifs de la nation romaine; mais ils prétendirent faire partie de cette nation; conserver l'empire du monde, mais l'exploiter au profit de toute l'Italie au lieu de Rome seule, tel fut le but qu'ils se proposèrent.

L'administration des affaires générales fut remise à un sénat composé de cinq cents membres ', choisis, suivant toute vraisemblance, parmi les plus actifs d'entre les conjurés. On ignore d'après quelles bases chaque nation italienne devait être représentée dans cette diète générale ; mais il y a beaucoup d'apparence que l'on n'y eut égard ni à la population ni aux richesses, à l'importance politique en un mot, mais seulement au fait d'une ancienne existence comme peuple libre et indépendant. Tel était autrefois le principe qui régissait les ligues italiennes avant leur destruction par les Romains^. En outre,

» Diod. Sic. XXXVII , eccl. I , p. 538.

on observe dans tous les mouvements insurrectionnels que le plus petit peuple , du moment qu'il a reconquis sa liberté, a tellement grandi à ses propres yeux, qu'il croirait reprendre un nouveau joug, s'il reconnaissait la supériorité, même très-réelle, d'un autre peuple ; à plus forte raison si ce peuple a été son compagnon d'esclavage. Dans la première exaltation des esprits qui suit un grand mouvement politique, l'indépendance la plus complète est un besoin pour les faiblgs, un devoir pour les puissants; et un sentiment commun donne aux premiers une susceptibilité inquiète, aux autres une noble générosité. On a donc lieu de croire que dans ce sénat italien chaque nation obtint un suffrage égal.

Il est difficile d'indiquer exactement les peuples qui durent y envoyer leurs mandataires. La plupart des historiens désignent nominativement tous les peuples autrefois confédérés des Marses , comme les plus ardents à se soulever contre Rome. Cinq petites nations, les Marses, les Péligniens, les Vestins, les Frentaniens, les Marrucins, habitants d'âpres montagnes, à l'est du Latium, pauvres, mais braves et aguerris, étaient entrés les premiers dans la ligue et l'avaient fondée, pour ainsi dire. Au nord, leurs voi-

y.. T. ).. Dionys. V, 61.

sins les Picentes ; au midi, les Samnites et les Lucaniens, s'y joignirent avec empressement. Une même origine et des mœurs semblables rendaient facile l'union de ces huit peuples '. Pourtant, on doit faire entre eux une distinction importante. Les Marses et

' Quelques médailles de la guerre sociale présentent huit guerriers divisés en deux groupes égaux étendant leurs épées vers une truie que tient un jeune homme agenouillé au pied d'une enseigne militaire. Le nombre des guerriers qui prêtent le serment d'alliance correspond, suivant Eckhel et M. Millingen, à celui des nations confédérées contre Rome. Je ne partage pas cette opinion, et j'ignore pourquoi ces deux savants ont fixé à huit le nombre des peuples italiotes. Sur ce point les auteurs ne nous offrent que les renseignements les plus vagues : Tite Live cite neuf peuples coalisés contre Rome ; Velleius nomme sept chefs; Appien, douze peuples et autant de chefs. En réunissant tous les auteurs qui ont traité de la guerre sociale, on trouve quatorze chefs, peut-être quinze; mais pour une nation il y a souvent plusieurs chefs , et , en revanche, on ignore les noms des généraux ou des magistrats qui ont gouverné quelques-unes des petites républiques connues pour avoir pris part à la guerre. Ainsi, par exemple, qui pourrait nommer les chefs des Vestins ou des Péligniens ? I! faut ajouter que d'autres médailles montrent quatre guerriers ou même deux seulement. Si l'on observe que dans toutes ces compositions les groupes sont partagés également, on pensera peut-être qu'il ne faut pas attacher un sens trop précis au nombre des personnages , et que l'artiste ne s'est occupé que de l'arrangement pittoresque.

letrs confédérés, ainsi que les Picentes, avaient reconnu de bonne heure la suprématie de Rome, plutôt par entraînement moral que par la force des armes. Satisfaits longtemps du poste d'honneur qu'ils avaient dans les armées de la république, ils s'étaient montrés alliés fidèles dans les temps les plus difficiles. Après la bataille de Cannes, ils avaient repoussé les séductions d ' Annibal . Les peuples du Samnium etdelaLucanie, au contraire, avaient toujours été les irréconciliables ennemis des Romains. Vingt défaites n'avaient pu lasser leur courage opiniâtre, et jamais ils n'avaient perdu une occasion de secouer le joug. Entre eux et les Romains, c'était une haine à mort. Les Marses étaient entraînés à la guerre par l'ambition de leurs chefs; mais depuis le préteur jusqu'au berger montagnard, il n'y avait pas un Samnite qui n'aspirât à laver dans le sang des oppresseurs de sa patrie la honte d'un long esclavage*.

* 11 faut encore tenir compte de la différence de langage qui existait à cette époque entre les peuples alliés, différence qui complétait les deux grandes divisions que je viens d'établir. Les Marses paraissent avoir adopté de bonne heure les caractères romains et la langue latine, ou du moins un dialecte qui s'en rapprochait beaucoup , tandis que les Samnites conservèrent jusque sous les empereurs l'idiome osque. On peut noter les surnoms purementlatins des deux chefs marses :

Outre ces huit peuples qui formaient, pour aiii^i dire, la tête de la ligue, beaucoup de cités italiotes y avaient donné leur adhésion, ou n'attendaient, pour s'y affilier, que le moment où se lèverait un drapeau d'indépendance. Un premier succès, les confédérés l'espéraient du moins, déterminerait la coopération des Étrusques et des Ombriens, qu'ils avaient jusqu'alors sollicités inutilement de faire cause commune avec eux. Quant à la Campanie, à FApulie et au Bruttium, il paraissait facile d'y déterminer un soulèvement , ces provinces étant en quelque sorte soumises à l'influence du Samnium.

On ne sait si elles eurent des représentants à la diète générale, mais il est vraisemblable qu'ayant mis sur pied des troupes considérables , elles obtinrent une place distinguée dans les conseils de la ligue.

Diodore de Sicile et Strabon rapportent qu'en imitation des institutions de Rome , on nomma dans le sénat italiote deux consuls annuels, ayant chacun une province déterminée', avec six lieutenants ou

Q. Pompaedius Silo et P. Vettius Seato, et la légende Italia sur les médailles attribuées aux Marses, tandis que les deniers samnites portent pour légende le motViTELiu (Italie), en caractères osques, ouïe nom d'un deleurs principaux chefs, PapiusMutilus, smYiàumotEmbratur, c'est-à-dire Imperator. * Strab. V, 369. — Diod. XXXVII, 538-41 : o^roi §è svo-

préteurs sous ses ordres'. Il est certain que deux

f*o6£T»i(7«v S-jo uiv OTTaTO-J? x.(/.T ' IvjauTov u'.pïï'jOoi.i... \jna.7iy.«s STup^ia; ru-'jraç v.vX iispiSu; ùtré^îi^uv y.v\ t&j p.iv nw|XTrae5tw npoiTÙptaav /wp«v «tto twv K£|0/.w},wv xa^ovotsv&jv, f*i%,ot t^^ç Aiî^fKTtxrj? 6a.l</.<j(7Yiç, TK TT^ô; Sv(Tiiàç y.ui Tviv AjOztov vîtjovtk f*îj&>î To Si ïoi.—i-j TYiS Izuïiuç zfiç ■nphç Ê'w "/«t pt.t(TviiJL§pia.v

vsjojc-av, 7Tpo(7wp£(7Kv Taiw MoT-j/w. Cercoli est absolument inconnu. Je pense qu'il faut y substituer Circeii. Il résulte d'ailleurs de l'ensemble des faits, que Pompaedius avait dans son gouvernement le Picenum, le pays des] Marses, celui des Vestins, des Péligniens, des Frentaniens, des Marrucins , enfin l'Ombrie et l'Étrurie. Papius Mutilus commandait aux Samnites, aux Lucaniens, aux peuples de la Carapanie, de l'Apulie, de la Calabre et du Bruttium. Il semble que ces deux chefs se soient partagé le Latium.

* On trouve en effet au moins quatorze chefs italiotes , mais en tenant compte de ceux qui ne jouèrent un rôle important que dans la seconde époque de cette guerre. Voici leurs noms, avec les variantes qu'ils présentent dans les dififérents auteurs :

Q. SILO (médaille de la guerre sociale.) |Q. Pompaedius Silo (Liv. App. Strab.

Diod. Oros.) , Poppaedius ( Yell . ) ) Marse .

no7735/.o? (Plut. )

Pompeius Sylo ( J. Obsequens. )

no'jTTïiSto? lÛMit (Dion Cass *.)

* Le Pupidius Silon mentionné par DionCassius, liv. XL VIII, ch. .\u> est probablcmenl un fils ou un neveu du fameux chef des Jlarses.

chefs suprêmes furent élus, l'un le Marse Q. Poin- P. Vettius Scato * (Cic.)

loOiTTtoç Kktwv (App.)

Jnsteius Cato (Yell.) ^Marse.

[T. Vettius (Eutrop.) iC. Vettius (Senec. ) C. PAAPI. — MVTIL. (Médailles samnites de la guerre sociale.) 3^C. Papius Mutilus. (App. Oros.) )Samnite.

fr. Arrwvtoj MÔ7u).oj (Diod.)

.Mutilius (Vell.)

jMarius Egnatius (Liv. Vell.) )Samnite ou

jiyvàrtoj** (App.) ) Campaiiien.

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