AVANT-PROPOS
Ceci esl la première partie d'un ouvrage d'ensemble où je voudrais étudier Guillaume Budé et, à l'occasion, l'humanisme de celle époque. Au temps où j'ai commencé ce travail, j'espérais pouvoir donner <ln même coup l'ouvrage entier. Des nécessités que connaissenl tous les universitaires m'ont contraint de publier ce premier volume sans attendre que le second fui prêt. Je m'en excuse d'avance auprès (les rares lecteurs sur lesquels j 'ose compter ; je puis les assurer qu'ils ne, perdront rien à ce retard et, n'étant plus aussi pressé d'arriver au but, je pourrai donner plus de temps aux recherches préliminaires, si minutieuses, que demande la seconde par-lie de mon travail. Pour le momenl , ma thèse
complémentaire donnera une idée so mire de ce qu'a élé,
dans s,i deuxième période, la carrière de Guillaume Budé.
Avani l'intention de donner uni' suite à ce travail, je n'avais pas ;'i me préoccuper d'en faire un ouvrage <|ui lui complel en lui-même. Il m'a semblé que je ne pouvais hésiter sur le plan ;'i suivre. Dans un pareil sujet, l'ordre chronologique s'imposait : au momenl de son apparition, chaque œuvre de Budé a eu la valeur d'un acte donl l'influence s'exerçail chaque fois sur un public un peu différent. Que de choses onl changé, el un peu grâce à Budé,
w w r-PROPOS.
entre l'apparition des « Annotations aux Pandectes » (i5o8) el celle des Commentarii linguae graecae (1529)! Il me fallait, pour rendre sensible celle évolution, confondre I étude de la \ie avec celle de l'œuvre et, des lors, la difficulté n'étail que savoir où m'arrêter dans celle première partie de ma tâche. Sans vouloir établir ici des divisions artificielles, on peul dire cependanl qu'après le recueil d'Apophtegmes, une période nouvelle commence dans la vie de notre humaniste. Il va désormais faire partie de la cour; il aura sur le roi lui-même une influence — intermittente sans doute — mais suffisante pour assurer les progrès de l'humanisme français*. Il n'a pas encore donné la grande œuvre scientifique que sonl les Commentarii linguae graecae, mais ce livre même, si Ton mel à pari la célèbre préface à François Ier, n'a pas celle valeur de manifeste que prennent par endroits les trois ouvrages étudiés dans ce volume. Nous apprenons, en les étudiant, i\ connaître les idées essentielles dont Budé s'inspire dans sa propagande en faveur de l'humanisme. Elles s'ébauchenl dans les Annotations qui sont, avanl tout, un réquisitoire contre la « barbarie accursienne » : elles s'affirmenl dans le de Asse; enfin, le recueil d'Apophtegmes a pour nous cel intérêt que nous y retrouvons, repris en français, les théines prhn ipaux de l'ouvrage précédent ; et c'est ce qui m'a décidé à l'étudier dans celle partie de mon travail.
Ce n'esl pas à moi de préjuger l'accueil qu'on fera à mon livre. En loul cas, il esl un mérite que je puis revendiquer: celui d'avoir /// mon auteur el d'avoir cherché à le comprendre. Tous ceux qui ont feuilleté le de Asse ou bien les Epistolae savenl que ce n'étail pas une chose si aisée. Le
1. Voir là-dessus nuire thèse complémentaire, ;'< l'article Collège royal de ['index.
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style de Budé est si tourmenté, sa prolixité si fatigante! Il faul du courage — quand on d'y esl pas obligé par métier, — pour aller jusqu'au boul de la page commencée; l'efforl esl trop pénible, si Ton veul percer la triple enveloppe de métaphores sons lesquelles se dérobe souvent la pensée de l'auteur. El Ton s'arrête à mi-chemin, négligeanl souvenl les passages qui auraienl été le plus instructifs; ou bien on passe sans la soupçonner à côté de l'allusion précise que recélail une figure de style compliquée. J'ai été plus persévérant, c'étail mon premier devoir; je me suis rendu familier avec le style de Budé; j'ai entretenu avec ses œuvres un commerce assidu el le plus souvent, pour le peindre, je n'ai eu qu'à le laisser parler, .l'ai doue beaucoup emprunté à ses divers ouvrages, et j'ai l'ail en sorte qu'on pùl toujours me contrôler el vérifier aisénienl l'exactitude de mes analyses ou de mes citations. Tour les passages faciles à comprendre que je traduisais, je me suis contenté de renvoyer au texte original. Ailleurs, j'ai cité intégralement, dans les notes, le passage que je voulais ou traduire ou résumer*. Dans chaque cas particulier, je me suis d'abord demandé ce qu'exigeail la commodité du lecteur.
Ce travail fui resté bien incomplet si, pour le préparer, j'avais vécu en tête à tête avec mon auteur sans me soucier d'étudier aussi son époque. Tour déterminer l'originalité de Budé, il fallait le considérer par rapport à ses prédécesseurs et à ses contemporains. C'est bien ce que j'ai voulu faire, mais ce n'a pas été la partie la moins difficile de ma tâche. Aujourd'hui eneore. nous manquons des iiislriiinrnls de
i. Je n'ai pas cru nécessaire, dans les citations latines, de reproduire fidèlemenl l'orthographe qui esl celle de Budé. Sur certains points, elle esl proprcmenl Fautive ri, en m'y attachant trop scrupuleusement, je risquais de déconcerter \f- lecteurs. Aussi tous les textes de latin moderne qui sonl cités dans c-<volume sonl transcrits suivant l'orthographe qu'on emploie d'ordinaire pour lis textes anciens,