Lucubr., p. 35 B
2. Guillaume Budé <lii lui-même qu'il s'est mis ;'i étudier toul seul .. clam studere mecum ipse institui... excitante me tantura patris exemplo doctrinae laudatoris, ut eral hominis ingenium, ci librorum emacissimi •>. [Lucubr., p. 362 C).
3. Cf., dans les Lucubr., |>. 4o3 en bas, la première des lettres grecques (à son frère Louis Budé).
4- Voir dans le Bulletin <li- lu Suc <l<- l'hist. de Paris, 1. XII, |>|». 45-5o, l'article déjà cité de II. Omont, Notes sur la famille de Guillaume Budé. M. II. Omonl y a publié les unies que Jean Budé avait consignées sur son livre d'Heures relativement ;'i h naissance de chacun de ses enfants. Le livre d'Heures a disparu, mais la copie île ces unies se retrouve en tête d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale, de la main de Jean Budé (i463-i522), l'un .les frères de Guillaume.
5. La date fournie ci-après par Jean Budé le père est donnée d'après l'ancien style : il suffit, pour s'en convaincre, île remarquer que la note précédente est relative à Marion Budé, née le 16 novembre t466l Cf. d'ailleurs l'article intitulé Quelques dates nouvelles de lu vie de Guillaume Budé dans la Correspondance histor. <■/ archéolog. de janvier-février 1905, |>. 28.
Paris Guillaume Budé, et fui tenus sur ions de maistre Guillaume de Corbie, de maistre Mathieu Beauvarlet et de ma sœur Marie, femme de maistre Jehan Picart. »
Nous ne savons de son éducation que ce qu'il lui a plu de mais en apprendre l . L'usage n'était pas encore venu, parmi les gens riches, de donner un précepteur à leurs enfants2. Guillaume Budé alla d'abord à l'école de la paroisse avec les autres enfants de son quartier3. Les mœurs scolaires dont il til l'expérience avaient gardé toute la rudesse du moyen âge. Il songeait, sans doute, à ce qu'avait été sa jeunesse quand, vers la fin de sa vie, il écrivait ces lignes émues : « De mon temps, la grossièreté des maîtres allait de pair avec leur sévérité, ne faudrait-il pas dire avec leur cruauté? C'étaient de terribles bourreaux : ce qu'ils enseignaient le mieux aux enfants, ce n'étaient pas les belleslettres, c'était la patience à supporter les coups et le silence sous la férule; il semblait qu'ils eussent à instruire des brigands de grand chemin, du gibier de potence et non qu'ils dussent former des orateurs ou des hommes propres à enseigner les diverses sciences4. » L'enseignement de ces écoles s'inspirait de principes aussi surannés; d'abord, Budé dut savoir par cœur son Donat et son Colon; il lui fallut peiner ensuite sur l'insipide Doctrinal d'Alexandre de Villedieu5. Tant bien que mal, il apprit à parler
i. Les principales indications se trouvent dans la grande lettre à C. Tunstall qui est la première du 1. V; à voir surtout depuis le passage qui va être cité à la note 3.
2. t'n peu plus tard, il arrivait souvent qu'on mit les entants au collège, dans un internat, mais sous la direction d'un pédagogue particulier; les élèves île ce genre étaient les carriéristes (J. Quicherat, Histoire de Sainte-Barbe, t. I. p. 74). Budé, lui, Ht instruire ses entants à la maison, par un précepteur : cela ne l'empêchait pas de regretter (voir la note 3) la simplicité du vieux temps.
3. Lacubr.y p. 3Ô2 C : Dixeram me aÙToaaOf) -i %%\ oJnaaOT) fuisse...: nunc eo amplius dico, literarum me rudimenta et grammatices principia, ut tum ferebant mores simplicitatis nunc obsoletae, in hac urbe didicisse triuiali sub magistro huit literarii. <> Les derniers mots de ce passage désignent assez clairement le maître d'école du quartier; sur l'organisation des écoles de paroisse et l'enseignement qui s'y donnait, voir Gh. Thurot, De l'organisation de l'enseignement, etc., pp. o3-g4.
4. Voir dans le Je Studio literarum recte instituendo (Lucubr., p. 6 IM tout le passage qui débute par JVec honoratior Lacedaemone senectus... Ma citation
correspond à la phrase A ni lu cl idimii'i; nul 'isq 11c .. .
."). Cf. ('.h. Thurot, dans le passage cité à la n. 3. Sur la popularité don! jouissaient encore ces divers ouvrages, cf. sapra, p. Vi-
et à écrire le latin barbare qui était alors en usage; c'est à cela, pour L'instant, que devaienl se borner ses études littéraires.
Elles semblent avoir duré trois ou quatre années1. Quand son père l'envoya à Orléans pour y étudier le droit2, Guillaume devait avoir environ quinze ans3, ("était l'usage de faire commencer d'aussi hoiiiu' heure les études juridiques des jeunes gens. Ces études servaient seulemenl à l'apprentissage d'un métier;
nue instruction élémentaire était seule requise de ceux qui voulaient s'y livrer. A Paris, on devenait étudiant es lois sans même avoir passé- par la Faculté des arts'. Plus tard, Budé signalera les conséquences funestes de celle hâte excessive. On veut, dit-il, faire gagner du temps aux jeunes gens; en réalité, on
i. Dans les Annotât, in Pandectas (édit. de Lyon, i.V|i">. p. y3), Budé, parlant des jurisconsultes de son temps, écrit cette plirase : « ut triennio aut summum quadriennio quolibet sub praeceptore rudimenta grammaticae posuerunt, continuo ad studium iuris non tam transeunt quam prosiliunt. a Cela dous donne sans doute la moyenne du temps que l'on passait dans les écoles de grammaire.
•. Lucubr., p. 36a C : « Cumque hiscere latine uix coepissem, [dico me] ad iuris studium transiuisse ul assolet, aut transiluisse potius dispendioso utique temporis compendio. a Budé ne nous dit pas ici où il avait étudié le droit. Louis Le Roy esl plus explicite et nous dit (tout au début de la Vita G. B.) : a Aureli.iin celebrem urbem, ut ibi ius ciuile disceret, est missus. >• Enfin — ce qui est décisif — Pyrrhus d'Angleberme, professeur es luis d'Orléans, dans un opuscule imprimé en i r> i -y , nomme Budé parmi les étudiants illustres de l'Université iK. Jovy, François Tissard et Jérôme Aléandre, ■>.?■ fascicule, p. 8o). Il eût été intéressant de retrouver aux archives du Loiret les traces du passage de Budé à Orléans : les recherches qui, à ma demande, ont été laites par l'archiviste dans le hmds de l'Université n'uni donné aucun résultat. Ce séjour de Budé à Orléans s'explique d'ailleurs fort bien. A Paris la Faculté de droit riait une» Faculté de Décret a, c'est-à-dire de droit canon; on n\ donnait pas l'enseignement du droit civil (Ch. Thurot, De l'organisation de l'enseignement, pp. 166-167). Evidemment « l'Université a d'Orléans avait d'abord pour clientèle des étudiants parisiens. A la lin <\u quinzième siècle sa renommée dépassai! même les bornes de la France (M. Fournier, Histoire de lu science <ln droit en France, 1. III, pp. i32-i33).
.'!. Voici comment l'on arrive à cette précision. La vie d'étude de Budé a commencé, à ce qu'il semble, en 1491. Elle a succédé à une période d'oisiveté qui avait duré 0 quelques années a, post aliquot annos, <-i que l'on peut, eu conséquence, évaluer à pies de cinq ans; cela nous met en l'iSii. Budé a passé trois ans à Orléans : donc il dut y arriver vers i483. D'ordinaire, nous dit Ch. Thurot 1 De l'organisation de l'enseignement, p. .''171. on quittait les écoles de grammaire pour l'Université un peu avant l'âge de quinze ans.
\. Ch. Thurot, op. cit., p. iiiti et 170.
leur fii fait perdre : ils manqueront toujours de cette préparation générale que donne l'étude désintéressée de L'antiquité el qui est si nécessaire au juriste1. Il parlait par expérience; à Orléans, il perdit son temps-. Peut-être était-ce bien aussi de sa faute. Son amour de l'étude ne s'étail pas encore éveillé. Il se trouvait au milieu de jeunes yens de lionne famille <jui, dans ce séjour à l'Université, ne voyaient qu'une formalité. De longue date, les écoliers d'Orléans axaient la réputation d'aimer tous les amusements3; du temps de Rabelais, ils excellaient surtout au jeu de paume4. Cette vie, somme toute fort oisive, fut sans doute celle de Budé ; elle dura trois années5. G'esl de ce temps que semble dater son amitié avec François Deloynes qui, d'ailleurs, était son parent6. Deloynes resta plus longtemps que lui à Orléans; même il y enseigna comme docteur régent7. En iôoo, il vint à Paris pour y occuper un poste de conseiller au Parlement8 et dî's lors nous le verrons toujours intimement mêlé à l'existence de son ami, à sa vie domestique comme à sa vie littéraire. De retour chez son père".
i. Voir les passages cités plus haut, p. 65, d. i el 2, el y joindre celui du de Philologia, p. 47 -x'5 dés Lucubr.