‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 39 sur 113 · Cf. infra, en note de la p · texte numérisé non relu

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Go GUILLAUME BUDÉ.

audiencier étail particulièrement importante. Au-dessus des secrétaires loyaux, qui rédigenl et transcrivent les lettres de chancellerie, le grand audiencier a pour fonction essentielle de fixer le coût de chacune de ces lettres'. De plus, il assure le paiement des gages des secrétaires2. Il a Lui-même des appointements fixes, mais qui ne représentent évidemment que le inoindre de ses profits3; il vient s'y ajouter les dons personnels ou les pensions octroyées par le roi et, sans doute aussi, les bénéfices plus (in moins légitimes que lui vaut l'expédition des lettres de chancellerie4. Ces revenus divers faisaient à Jean Budé une situation de fortune fort enviable. Guillaume Budé nous le dit lui-même5 ; le peu que nous savons à ce sujet confirme pleinement son témoignage. A Paris, Jean Budé habite son hôtel"; il possède, dans

i. A. Spont, de Cancellarîae... ofjiciariis..., p. 11. L'officier qui remplissait la fonction de l'audiencier s'était d'abord appelé receptor et custos émolumenti si g Mi magni (Ibid., n. 2).

2. Cela se conclut d'un document publié par A. Spont (voir à la page 36 tout le paragraphe Contigit uero quandoque...).

3. En i44'» Dreux Budé touche 354 livres 1 4 sous parisis pour 383 jours de gages. Comme trésorier des chartes, il avait 4oo livres parisis de images annuels (A. Spont, ojt. cit., p. 54 et 21).

4- Voir le compte publié par A. Spont, op. cit., pp. 5q-6o. Puis l'audiencier pouvait obtenir une pension du roi (A. Spont, op. cit., p. 21). Sur les bénéfices illégitimes des officiers de la chancellerie, cf. la n. 3 de la p. 5g.

5. Lucubr., p. 35 B : « erat enim, ut temporibus illis, satis ample praediatus, et stipendiis munerum publicorum classice constitutas habebat facilitâtes. » Cf. p. 286 I) : " patrem habui sane copiosum. » L'article de L. Mirot, cité un peu plus haut, donnera quelques renseignements précis sur la situation sociale de Dreux Budé, le grand-père de Guillaume : ils confirment pleinement ce (pie nous venons de dire.

0. En l'année i5o5-l5o6 l'Hôtel-Dieu percevait ^5 sous parisis de rente « sur une maison .issisc en la rue .Michel Doret, qui respond en la rue Froger l'Asnier qui fut feu maistre lehan Budé, audiencier de la Chancellerie, et de présent à ses hoirs ■• (Brièle, Collection (le documents pour servir à l'histoire des hôpitaux (le l'uris, t. III, p. io5). La rue Miehel-1 )oret se trouvait dans

l'espace délimité aujourd'hui par la rue de Rivoli el la Seine, entre les églises Saint-Paul et Saint-Gervais. Ce qui t'ait croire que Jean Budé devait habiter là, c'est qu'il fut enterré dans ce même quartier, au couvent des Célestins. A la fin du quinzième siècle, c'était encore un beau quartier. Pour apprécier la fortune du père, on peut se fonder sur ce (pie l'on sait de celle des enfants. Dreux Budé, l'aîné, habite « en son hostel, rue des Deschargeurs > (IL Omont, dans le Bulletin de lu Soc. de l'hist. de Paris, t. -XII, p. 4;, n. 2). Plus tard, il donnera en dot, à sa fille Madeleine, 120,000 livres et la seigneurie de

LES ORIGINES DE GUILLAUME BUDÉ. 6l

les environs de la capitale, les seigneuries de Villiers-sur-Marne, d'Yerres et de Marly-la- Ville ' . Si l'on veut, d'ailleurs, se faire une idée exacte du rang qu'il tient dans la société, il suffit de voir les familles auxquelles il est apparenté. Elles appartiennent toutes à cette haute bourgeoisie qui, de longue date, a lié sa fortune à celle de la royauté el qui accapare les charges les plus lucratives dont le roi puisse disposer. Sa femme, Catherine Le Picart, est la fille d'un maître des comptes. Par elle, il tient à la puissante famille des Poncher2, qui va bientôt compter un trésorier de France et un général des finances3. L'une de ses sœurs a épousé Etienne Chevalier, en dernier lieu trésorier de France, qui fut aussi exécuteur testamentaire du roi Charles VII4. Une

Bois-le-Vicomte (Bibl. nat., vol. 219 des Dossiers bleus, dossier 5586 VIII). Enfin ses sœurs ont fait des mariages qui laissent supposer qu'elles avaient de belles dots (H. Omont, loc. cit., p. 45, »• 4: p- 47> n- 4» " et 7).

1. Villiers-sur-Marne est à quelques kilomètres à l'est de Paris, à la lisière des départements de la Seine et de Seine-et-Oise ; Yerres se trouve sur la rivière du même nom, à l'est de Villeneuve-Saint-Georges (S.-et-O.); le nom de .Marlv a été rendu célèbre, depuis, par le château que Louis XIV y lit construire. Pendant Longtemps, on put voir à Verres une fontaine appelée la fontaine Budé (Abbé Lebeuf, Hist. de la ri Ile el de /nul le diocèse de Paris, t. V, p. 2i4). C'est en \l\bl\, d'après Sauvai (cité par l'abbé. Lebœuf, ibid., t. IV, p. 327), que Dreux Budé aurait acquis la terre de Marly-la-Ville. Les deux autres devaient être dans la famille depuis plus longtemps. Dès i44-rN le droit de haute justice était conféré à Dreux Budé (de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. IV, p. 4'-i>j; cf. t. V, p. 33l). On voit que les Budé étaient nobles; les armes de Jean Budé, qu'on trouve en tète de la plupart de ses manuscrits, étaient les suivantes : d'argent, au chevron de gueules, accompagné de trois grappes de raisin de pourpre, pamprées de si impie (II. Omont, Notice sur les collections de manuscrits île Jean et Guillaume Budé, 1. XII du Bulletin île la Sue. de l'hisl. île Paris, p. ioi). Dans les .unies de Guillaume Budé, le chevron de gueules est chargé d'un fer à cheval d'or (II. Omont, Georges Hermonyms maître d>- grec à Paris, t. XII des Mémoires de la Soc. de

l'Iiis/. de Paris, p. Q] et 0,4).

2. II. Omont, dans le Bulletin de la Sue. de /'/lis/, il i- Paris, t. XII, p. \'.\ ,

n. 2; la nièce de Catherine Le Picart était une Poncher.

3. Voir, pour l'un et l'autre de ees personnages, Louis el Jean l 'onelier.

l'index de la thèse de A. Spont sur- Semblançay. Etienne, le troisiè des frères

Poncher, deviendra évèque de Paris, puis archevêque de Sens et comptera parmi les amis de Budé.

4. Voir les notices biographiques d'Etienne < îhevalier et cf. II. < ) ni., /<»•.

cit., pp. 45-46 (note rédigée par Jean Budé) : t Le 24e jour de juillet i45g fut né à Paris Estienne Budé, et fut tenu sur fous de mon frère maistre Estienne Chevalier, etc. a Fils d'un secrétaire de Charles VII, petit-fils d'un valet de

autre enfin était la femme d'Antoine Raguier, le trésorier des guerres1. Sans doute, il n'eût tenu qu'à Jean Budé de pousser

lui aussi ses fils vers ces offices de finances qui fuient, an seizième siècle, l'occasion de si belles fortunes. S'il ne le fit pas, c'est. s;ms doute, qu'il était dès lors en mesure de leur assurer à tous une aisance des plus honorables.

On voudrait être mieux renseigné sur l'homme que fut le père de Guillaume Budé; nous aurions chance, ainsi, de pénétrer les influences qui ont formé le tempérament de ce dernier. Ce que nous savons de lui est malheureusement fort peu de chose. Pour nous instruire de ses goûts, nous avons encore aujourd'hui la plupart des manuscrits qu'il avait rassemblés2, car il était, nous dit son fils, grand acheteur de livres, librorum emacissimus3. Il semble surtout l'être devenu dans sa vieillesse. Une bonne part de ces manuscrits sont entrés dans sa bibliothèque entre i48i et i488. C'est l'époque où le charme de l'humanisme commence à se révéler aux Français; mais Jean Budé n'est pas de ceux qui s'y montrent sensibles. Ses livres ne renferment pas une seule œuvre classique. Des traités latins de morale composés au moyen âge, diverses œuvres historiques du quinzième siècle, des recueils de prières ou des traités de théologie, voilà ce qui fait le fond de cette bibliothèque4. Les livres de médecine y tiennent aussi une fort belle place. Depuis l'âge de cinquante ans, nous dit

chambre de Charles V, Etienne Chevalier possédait les seigneuries d'Eprunes, de Plessis-le-Comte et de Grigny.

i. H. Oniont, /or. cit., p. 4,r» : « Le premier jour de mars, l'an de qràce i455, fui ne Drouet Budé, et lut tenu sur fons, de mon père l'Audiencier, mon frère maistre Anthoine Raguier, trésorier des guerres, etc. » Au paragraphe suivant, Jean Budé cite comme marraine de son deuxième enfant « sa sœur la Trésorier des guerres ».

2. Voir II. Omont, Notice sur les collections de manuscrits de Jean et Guillaume Budé, dans le Bulletin de la Sur. de l'Hist. de Paris, t. XII, pp. i oo-n 3. A la liste dressée par H. Omont.il faut ajouter : le manuscrit ioq/| di' la bibliothèque de l'Arsenal, qui renferme une note de possession datée du 0 décembre i^No {datai, des manuscrits île l'Arsenal, t. VI, p. 275); le manuscrit 189 de la bibliothèque d'Orléans, qui contient des ouvrages de saint Bernard et de saint Bonaventurc et qui a été commandé par Jean Budé (note de possession du il\ décembre i486; cf. Catal. général îles manuscrits, t. XII,

.'.. Cf. la u. 2 de la page suivante.

\. Voir dans II. Omont, Inc. cit.. p. loi, la proportion des ouvrages de chaque catégorie; rien que pour la médecine on compte neuf manuscrits.

Les origines de Guillaume budé. 63

Guillaume Budé, son père ne cessa pas d'être gravemenl malade. II se mil à étudier seul la médecine et il avait fini par s'y entendre1. Dans la vie de Jean Budé telle que nous la connaissons, voilà le seid irait par où se marque l'influence du père sur son fils. L'opiniâtre ardeur que niellait ce vieillard à s'instruire d'une

science aussi difficile devait être pour le jeune homme un exemple fécond2. Les livres de médecine de son père lurent peut-être parmi les premiers qu'il ait maniés assidûment , et plus tard Galien restera parmi les livres grecs qu'il semble le mieux connaît re.

Au moment où Jean Budé se maria, il restait le seul homme de la famille. Il lui était réservé de multiplier le nom des Budé, dans le même moment qu'il semblait près de s'éteindre ;. De i /j r>f> à i48o, il eut dix-huil enfants, dont trois moururent en bas âge. Dans le nombre des quinze enfants restants, on comptait lmil fils, dont Guillaume fut le quatrième '. Il naquit le 26 janvier, en l'année i468. — et non en 1467, connue on l'a toujours répété5. Voici la note où sou père avait inscrit la mention de sa naissance :

« Le xxvi jour de janvier mil IIIICLXVII [a. st.] fut né à

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