‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 54 sur 113 · LES PREMIÈRES « ANNOTATIONS AUX PANDEGTES ». I · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES « ANNOTATIONS AUX PANDEGTES ». I

employer le langue du temps, c'était une corne d'abondance où les humanistes pouvaient puiser sans cesse pour acquérir des auteurs classiques une intelligence plus complète1. Un nombre incalculable de mots, d'expressions latines s'y trouvaient expliquées pour la premier»' fois; à chaque page on y trouvait des textes importants qui étaient corrigés, interprétés et commentés en détail. Pour parler sans métaphore, c'est un précieux recueil de matériaux lexicographiques, le plus important qu'on eût encore rassemblé, et Robert Estienne a reconnu lui-même que les emprunts par lui faits à Budé constituaient le meilleur de son grand Thésaurus latin 2.

Ce jugement est loin d'exprimer tons les mérites des Annotations aux Pandectes. Par delà les mots, Budé cherche, dans ses notes, à atteindre les réalités delà vie antique. Il semble étudier de préférence, parmi les textes des Pandectes, ceux qui nous font pénétrer dans l'existence journalière des Romains ou connaître

i. Cornucopiae, c'est, au quinzième siècle, le titre d'une œuvre célèbre de Xiccolô Pcrotti.

;'.. Dictionarium, seu Lafinas linguae Thésaurus (1 53 i), f° *iiij.ro : « Ex ipso autem Budaeo, quem aostra aetate praecipuum omnis eruditionis lumen optimus quisque iudicat, tam multa ad uerbum traascripsimus, ut paene omnia et para et exquisita illi ta hoc opère debeantur. » Robert Estienne, en parlant ainsi, faisait aussi allusion aux richesses que contiennent, pour l'étude de la langue latine, 1rs Commenta n i linguae graecae; pour le point de vue qui dous occupe, les Annotationes procèdent de la même méthode que les Commentarii et peuvent être confondues dans les mêmes éloges.

Nous avons, par ailleurs, nue preuve intéressante de l'utilité qu'on trouvait à la partie lexicographique des Annotationes; un éditeur des Elegantiae, Jean Thierry de Beauvais, a lait entrer dans ses annotations à l'ouvrage de \ alla certaines remarques de Budé qui se trouvaient le compléter ou le corriger. l'Ius tard, d'autres éditeurs des Elegantiae se servirent encore des Annotations aux Pandectes pour ajouter, en les réimprimant, aux notes de Jean Thierry. En lâ-jy, l'auteur d'uni' édition de Cologne Fait observer, dans sa lettre de dédicace, qu'il y a inséré les unies de Jean Thierry, et il ajoute : « Ea quoque retulimus in locum suuin atque ordinem, quae apud diuersôs scriptores sparsim in Laurenliiiin adnotata inueniuntur. ■■ Budé est cité parmi ces auteurs a dont les annotations sont venues s'adjoindre aux Elegantiae de Val la ■ (cf.vo du Feuillet de titre et |). ."j/|, i ."j îs , :>.'>;>, etc.).

Il4 GUILLAUME BUDÉ.

leurs institutions, il s'arrête volontiers aux termes qui nous parlent des jeux des anciens, de leurs constructions, de leur mobilier. Il ne lui suffit pas d'en expliquer le sens ; il veut qu'on puisse se représenter exactement les choses dont il parle; chacun de ces termes lui donne l'occasion d'une dissertation, courte ou longue, sur la vie publique et privée des anciens. Ulpien parle-t-il quelque part des musiciens de théâtre et des athlètes: « pour faire mieux entendre ce passage-ci et quelques autres des Pandectes, j'ai jugé bon, écrit Budé, de réunir en une sorte de petit traité l'explication des divers jeux publics qui étaient en usage chez les Grecs et chez les Romains1. » A propos du mot seminarium, il expose, au moyen de nombreux textes, les méthodes d'arboriculture eu usage chez les Romains2; ailleurs, il nous donne des détails sur leurs procédés de construction 3. S'il vient à parler des faisceaux consulaires, il expliquera tout de suite qu' « un faisceau est un assemblage de verges au milieu desquelles une hache était attachée, le fer dépassant l'extrémité du faisceau ; c'est ce qu'on voit, ajoute-t-il, dans des peintures anciennes4 ». Il y a dans son livre toute une dissertation sur le Sénat romain : origine et pouvoir du Sénat, recrutement des sénateurs, usages adoptés pour la tenue des assemblées, toutes ces questions et bien d'autres y sont abordées tour à tour et résolues. — un peu sommairement — à l'aide de textes anciens5. On pourrait multiplier ces exemples; ceux que nous avons cités donneront une idée suffisante de ce goût pour les réalités de la vie antique dont témoignent les Annotations.

A vrai dire, il n'y avait pas là de véritable nouveauté : on avait alors un désir puéril de connaître dans ses plus minces détails l'existence des Grecs et des Romains0. Je ne vois pourtant, dans l'histoire antérieure de l'humanisme, aucun travail que Ton puisse comparer à cette partie de l'œuvre de Budé. Les humanistes

i. Pp. 3/|2-302; cf. Diff., III, 2, 24.

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