‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 53 sur 113 · LES PREMIÈRES « ANNOTATIONS AUX PANDECTES ». III · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES « ANNOTATIONS AUX PANDECTES ». III

de la latinité », entreprise bien chimérique, niais qui devait l'amener à développer, dans son livre, la partie lexicbgraphique '.

Les vrais humanistes ne durenl pas s'en plaindre. Budé leur donnait une œuvre qui dépassait, en importance et en intérêt, toutes les « stylistiques » et tous les recueils d'expressions dus aux Italiens du Quattrocento, une œuvre qui même ajoutait beaucoup aux fameuses Elegantiae de Laurent \ alla. Sou livre avail d'abord un caractère d'utilité plus directe pour la connaissance du latin. Dans leurs ouvrages, les Italiens s'adressaient surtout aux humanistes qui voulaient écrire en cette langue. Ils composaient des Jlosculi, des elegantiae avant qu'on n'eûl «les dictionnaires. Ils poussaient les jeunes gens à l'imitation servile de quelques grands écrivains; on ne prenait dans leurs livres qu'une idée fausse et incomplète des ressources de la langue latine2. Quant à Valla, son œuvre rendait plus de services, mais il n'est encore qu'un grammairien et un amateur de beau langage. Il s'enteud fort bien à distinguer les synonymes, à préciser des règles de grammaire demeurées trop vagues, à déterminer l'emploi légitime de certaines constructions. II sait distinguer à

i. C'est A ce dessein particulier que répondent les notes, <lèj;'i citées, <les pages 92-140. Par exemple, Budé y montre, par une citation, le sens de l'expression perendinus dies. Puis, il continue (|>. 122) : « Perendinus (lies hodie dici potest cum... ». De même, ;> la page 125 : « Mittere in consilium hodie dicere possumus eos qui... »; ou encore, page 127 : a Concertata dixit [Cicero], quod debatuta, quasi depugnata dicimus; adiudicata quod appunctata ; confecta, quod euacuata ». Voici, d'ailleurs, page i4o, la conclusion générale «le toutes ces remarques : « Haec habui nunc obiter quae dicerem ad instaurationem latinii.it is pertinentia, quod ad nostros mores attinet : dicemus et alia nonnulla sparsiin proul locus quisque poposcerit, el in mentem nobis uenerit. » Ailleurs, comme il vient d'appliquer une expression latine à une idée toute moderne, il fait la remarque suivante (p. 494) : " Multae sunl huiusmodi uoees antiquae, quarum usus multiplex hodie esse potest, si ipiis uetustatem interpolare solertia quadam, el in usum aostrum instaurare didicerit. » Cf. encore la digression des pages 479-486 et notamment la conclusion par laquelle elle se termine.

2. Cf. <;. Voigt, Wiederbelebung, II, pages 372-379 el J35-436. Parmi les manuels les plus répandus au temps de Budé, on peut citer, «mire le livre de de Valla :des Elegantiae d'Agostino Dati el le de Eloquentia de Gasparino de Bergame. An seizième siècle, l'un el l'autre onl été réimprimés à Paris, le premier, très fréquemment, .-ivre des commentaires de Josse Clichloue (J.-Al. Clerval, de fudoci Clichtouei uita et operibus, thèse latine de Paris, 1 8g4, pages \mxiv). Cf. supra, pp. 42-43 ■

merveille ce qui est « latin » de ce qui ue l'est pas. Il dut former i des puristes ; il était moins utile à ceux qui, d'abord, se cherchaient un guide à travers les œuvres multiples des divers auteurs latins1. Enfin, dans leurs « lectures », les professeurs d'Université étudiaient surtout les poètes; encore leur exégèse parlaitelle d'une conception fort étroite. Ils expliquaient longuement les moindres allusions mythologiques; ils s'attardaient à faire d'ingénieuses corrections; souvent, trop souvent même, ils saisissaient toutes les occasions de prendre leurs concurrents en flagrant délit d'erreur; ils voulaient briller plutôt qu'instruire2. Tel n'est pas l'esprit de Budé. Il arrive qu'il ait à critiquer l'opinion d'un de ses prédécesseurs; il n'insiste pas sur la critique, il se contente de rétablir la vérité et il a même soin, parfois, de rendre justice, en peu de mots, au mérite de celui qu'il reprend3. Il n'est pas non plus de ceux qui savent tout, qui, d'emblée, résolvent tous les problèmes. Il transcrit quelque part un passage des Pandectes, où se trouve un mot rare et de signification obscure. D'abord il avoue ingénuement qu'après avoir bien cherché il n'est pas sûr d'en avoir trouvé le sens. Puis il propose une hypothèse : il se trouve qu'elle est juste et qu'il a bien compris4. Son œuvre est d'une probité parfaite et donne plus qu'elle ne promet. Elle est, par surcroit, d'une très haute valeur et dut rendre à l'époque des services inestimables. Pour

i. Le titre de l'ouvrage est déjà significatif: de Linguae lalinae elegantia ; ceux des divers chapitres feront encore mieux juger de l'esprit général du livre. On peut voir ;mssi le jugement de (i. Voigt, Wiederbelebung , II. p. 378.

2. A la tin du quinzième siècle, on cite surtout les Commentaires «le Domizio Calderino sur .Martial, sur Juvénâl et sur les Silrcs de Slaee. Politien a dit de cet humaniste qu'il était 0 nimium sui (quod opéra ipsius testantur) admirator, a<- pro sententia cui semel adhaeserat, etiam contra uerum contumax, et refraclarius i) [Opéra, 1. I, f° i32 r"). Ses Commentaires, qui lui valurent d'âpres polémiques avec beaucoup de ses contemporains, peuvent être pris comme types de ce genre. Il faut mettre à part les Castigationes Plinianae d'Ermolao Barbara, qui ont frayé la voieoù Budé devait s'engager avec ledeAsse.

3. A la page 425, il mentionne une opinion d'Ermolao Barbara, et il ajoute : 0 Quod unde acceptum sit nescio. » Cf. p. 336 : 0 Ego uero oe Politiano in totnin assentiar, eo loco Liuii adducor... 0; el p. /|u.'> : 0 Polluctores igitur a pollinctoribus différant, in quo Hermolaus Barbarus uir praestantis doctrinae falsus est, m uidelur, qui duo haec uerba confundil in emendationibus Plinianis. 9 A vrai dire, le mot polluctor n'existe pas, mais Budé a rais m c mire Barbare en distinguant, le premier, les mots poil ingère et poil ucere,

Page 1